Mort du Pays de Combray

Mort du Pays de Combray

 

Hélas, je ne blague pas… Dans moins de trois mois, le Pays de Combray aura vécu. Il n’y aura ni faire-part ni cérémonie. C’est sans fleurs ni couronnes que les élus l’ont décidé. Ce décès annoncé mérite d’être conté.

 

Au commencement, deux textes administratifs aux noms bien peu poétiques : le Schéma départemental de coopération intercommunale et la Nouvelle organisation territoriale de la République (qui se voudrait sympathique avec son acronyme NOTRe — que n’inventent pas les communicants !).

L’objectif est sans doute légitime : une cure d’amaigrissement du mille-feuille du découpage français (commune, communauté de communes ou d’agglomérations, canton, département, région, État).

Dix-sept des trente-six mille communes françaises composent le Pays de Combray, Illiers-Combray en tête, avec près de dix mille habitants. Seulement, les futures communautés de communes doivent en abriter quinze mille minimum. Il a donc fallu se grouper et le choix des élus s’est porté vers les voisins du nord, le Pays courvillois, mené par Courville, qui, avec seize communes, compte près de treize mille habitants.

Il y aura donc fusion, il y aura donc mariage.

792 Logos Pays

 

Le choix semble pertinent. Les arguments avancés, lors d’une récente réunion d’information à la salle des fêtes communale devant un public étique, par le président du Pays de Combray, également maire et conseiller départemental d’Illiers-Combray, paraissent convaincants.

 

Seulement la naissance passe par une mort. C’est la vie ! Pour qu’existe la nouvelle organisation, il faut faire périr l’ancienne. Exit donc, le 1er janvier 2016, le Pays de Combray. Introït la Communauté de communes d’entre Beauce et Perche.

Vous ne cauchemardez pas : « Communauté de communes d’entre Beauce et Perche » !

C’est tout ce qu’ils ont trouvé ? C’est tout. Ils n’ont rien trouvé de mieux. Ils n’ont rien trouvé de pire.

 

Lors de la réunion publique, j’ai interpelé l’édile : « En enterrant « Combray », vous vous privez du seul nom des environs mondialement connu. En choisissant « D’entre Beauce et Perche », vous faites le choix de l’indécision — comme entre chien et loup, entre la peste et le choléra, entre les deux mon cœur balance.

Voilà ce que ça donnera dans une conversation : — J’habite entre Beauce et Perche — Ah oui, et où ça ?

N’avez-vous pas envisagé de consulter les habitants ? »

 

Non, ils n’y ont pas pensé. Dans sa réponse, le président de ma communauté de communes a avancé les rigueurs d’un « compromis » — nécessaire, sûrement, mais ça ne fait pas une ambition —, reconnaissant une « appellation relativement pauvre ». Je n’aurais pas mieux dit !

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

11 comments to “Mort du Pays de Combray”

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  1. Comme disait Desproges:
    « ÉTONNANT,NON? »

  2. Encore hors sujet du jour, mais pas du sujet de ce blogue.
    En cherchant dans Google des citations de la Recherche, je tombe sur le site du Point, édition d’hier je crois, qui annonce la parution aux Editions des Saints Pères d’un coffret intitulé: « Les manuscrits de la madeleine^, qui reproduit trois cahiers de Marcel Proust. Mille exemplaires seulement.249 euros.

    • Je l’ai déjà commandé. Je vous raconterai quand je l’aurai reçu. Je n’ai pas compris s’il fallait lire « mille exemplaires seulement » ou « seulement 249 euros ».

      • Reading the sad news about le Pays de Combray jolts me into remembering those joyful months, when your sticker traveled around the world. 😉

        If I read French…
        http://lessaintsperes.fr/manuscrits/manuscrits/24-a-la-recherche-du-temps-perdu-manuscrit-brouillon-madeleine-proust-9791095457008.html

        English:

        « Many years had elapsed during which nothing of Combray, save what was comprised in the theatre and the drama of my going to bed there, had any existence for me, when one day in winter, on my return home, my mother, seeing that I was cold, offered me some tea, a thing I did not ordinarily take. I declined at first, and then, for no particular reason, changed my mind. She sent for one of those squat, plump little cakes called « petites madeleines, » which look as though they had been moulded in the fluted valve of a scallop shell. And soon, mechanically, dispirited after a dreary day with the prospect of a depressing morrow, … » MProust

        I love the idea of placing his mother in this passage. She was continually concerned that he was chilled…thought of the tea and to send out for the « petites madeleines. »

        Bill Carter’s dear friend, James Connelly, wrote to me describing Proust’s madeleines « so rich and sensual under its severe religious folds. »

        « …filled with sustenance for the pilgrim to aid him in making the next stage and station of his journey on the route to Campostella (with the unstated but underlying fact that Illiers is a station on that route). Plus, the pilgirmage
        overtones support the Eucharisitic/transubstantiation connotations of
        tea and madeleine as transformed and transformative. » J. Connelly

        I think of ‘his mother’ sending down another rope…to pull him out of his depression. Once her real suggestion was of Ruskin and now this ‘imaginary trigger’ in the Overture.

        And this phrase, « for no particular reason, » resonates powerfully with me, because I have « listened unconsciously » to my unconscious many times…and those seemingly random decisions have given me the life I now have.
        (Almost a predestined feeling….)

        I am pleased you will have the three-evolutions of this most Proustian of passages.

  3. Seulement 249 euros. Mais ils disent qu’il y aura un deuxième tirage non numéroté, donc moins cher? Je vais attendre un peu…

  4. ce nouveau nom m’attriste beaucoup, j’ai l’impression de perdre mon identité…

  5. J’aime la Communauté de communes d’entre Beauce et Perche!

  6. C’était de l’ironie.

  7. Si j’en crois mes récentes informations, les communes « fondues » dans un ensemble de communes ne perdent par leur nom (et gardent leurs responsabilités de proximité), comme les hameaux, les quartiers, gardent leur identité dans la commune, les arrondissements dans les grandes villes.

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