Adrien Proust, père de la Recherche

Adrien Proust, père de la Recherche

 

Vous avez bien lu père, pas auteur… Quoique !

On ne feuillette pas assez les catalogues spécialisés. Prenez la Librairie Alain Brieux, sise au 48 de la rue Jacob, dans le VIe arrondissement de Paris. Elle propose des livres anciens de sciences et de médecine, des gravures et des objets de collection scientifiques et médicaux. C’est une référence.

Au milieu des ouvrages présentés (et à vendre), mon jeune frère Olivier a trouvé Hygiène du neurasthénique, d’Adrien Achille Proust et Gilbert Ballet. Le premier est médecin et hygiéniste ; le second, neurologue, aliéniste, et historien de la médecine, formé par Charcot. L’exemplaire, publié par Masson & Cie, est de 1900, la première édition datant de 1887.

Lisons la présentation :

*Cet ouvrage est publié dans une décennie qui a vu une véritable vague de livres sur les affections nerveuses. La « neurasthénie » est un concept aujourd’hui passé de mode, qui se définissait comme un état d’épuisement durable d’origine nerveuse, accompagné d’un long catalogue de symptômes physiques. Selon le docteur Proust, père de Marcel « La neurasthénie est souvent la légitime mais regrettable rançon de l’inutilité, de la paresse, ou de la vanité » ; il semble alors faire un portrait sévère de son fils, qu’il croyait atteint de cette maladie des nerfs. Portrait peu reluisant, que Marcel aurait peut-être eu envie de contredire ou nuancer à travers son œuvre. Dix ans après la publication de son père, Marcel Proust se lance dans la rédaction de la Recherche, roman qui mettra en scène un narrateur nerveux qui lutte contre un manque de volonté inné qui l’empêche d’écrire. Le texte du père peut prendre l’allure d’un avant texte de la Recherche, car certains thèmes se font échos, comme celui de la mémoire, qui est selon Adrien amoindrie chez les neurasthéniques : « L’évocation des souvenirs est défectueuse parce qu’ils sont impuissants à soutenir l’effort d’attention nécessité par la recherche du souvenir perdu » ou encore, lorsqu’il décrit les sommeils hypnotiques que l’on impose aux neurasthéniques, il écrit : « Ce sont des dormeurs éveillés » (p. 192), phrase qui semble annoncer le début de la Recherche… «

Conclusion du libraire : « Bon exemplaire, 300 € ».

 

Récapitulons :

Sans Adrien, Marcel ne serait pas né.

Sans l’Hygiène, pas de Recherche.

Sans le père, pas de neurasthénie du fils qui, du coup, aurait été un hyperactif, se serait lancé dans la compétition — éperdu à la recherche du chrono.

 

À quoi tient un destin !

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 

 

 

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

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  1. J’ai lu quelque part que Proust père avait co-écrit cet ouvrage en partie comme un dernier recours pour persuader son fils de renoncer à sa vie mondaine. Il doit y avoir un chapitre qui décrit justement l’influence néfaste de cette vie sur la santé et l’état nerveux. Si Marcel a lu ce livre, il n’a pas eu d’effet immédiat.

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