Opticiens d’hier et d’aujourd’hui

Opticiens d’hier et d’aujourd’hui

 

Deux commerçants, l’un fictif, l’autre réel.

 

Le premier est un personnage de Proust, évoqué trois fois (in Du côté de chez Swann, À l’ombre des jeunes filles en fleurs, Le Temps retrouvé) :

Installé à Combray, il a un  capucin à sa devanture [capucin : religieux d’un ordre mendiant, singe, lièvre, petit oiseau, pigeon — lequel est-ce ?] ; il est situé plus haut que Mme de Villeparisis pour le Héros enfant ; il vend des verres grossissants.

 

Cet opticien-là n’a pas de nom, à la différence du second, Paul Arviset dont le magasin est au cœur d’Illiers-Combray.

343 Opticien

 

Selon l’actuel, il n’y avait pas d’opticien à Illiers du temps de Proust, plutôt un bijoutier qui aurait eu un rayon lunettes. Lui, c’est l’inverse : il vend de l’optique (lentilles, verres, montures) mais propose de la photo (matériel, tirages, studio).

 

Publicité gratuite — je dirais-même « à l’œil ».

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 

Les extraits :

*Mais d’autres fois se mettait à tomber la pluie dont nous avait menacés le capucin que l’opticien avait à sa devanture ; les gouttes d’eau comme des oiseaux migrateurs qui prennent leur vol tous ensemble, descendaient à rangs pressés du ciel. (I, 106)

*Ainsi s’apparentait, et de tout près, aux Guermantes, cette Mme de Villeparisis, restée si longtemps pour moi la dame qui m’avait donné une boîte de chocolat tenue par un canard, quand j’étais petit, plus éloignée alors du côté de Guermantes que si elle avait été enfermée dans le côté de Méséglise, moins brillante, moins haut située par moi que l’opticien de Combray, et qui maintenant subissait brusquement une de ces hausses fantastiques, parallèles aux dépréciations non moins imprévues d’autres objets que nous possédons, lesquelles — les unes comme les autres — introduisent dans notre adolescence et dans les parties de notre vie où persiste un peu de notre adolescence, des changements aussi nombreux que les métamorphoses d’Ovide. (II, 232)

*pour en revenir à moi-même, je pensais plus modestement à mon livre, et ce serait même inexact que de dire en pensant à ceux qui le liraient, à mes lecteurs. Car ils ne seraient pas, comme je l’ai déjà montré, mes lecteurs, mais les propres lecteurs d’eux-mêmes, mon livre n’étant qu’une sorte de ces verres grossissants comme ceux que tendait à un acheteur l’opticien de Combray, mon livre grâce auquel je leur fournirais le moyen de lire en eux-mêmes. De sorte que je ne leur demanderais pas de me louer ou de me dénigrer, mais seulement de me dire si c’est bien cela, si les mots qu’ils lisent en eux-mêmes sont bien ceux que j’ai écrits (les divergences possibles à cet égard ne devant pas, du reste, provenir toujours de ce que je me serais trompé, mais quelquefois de ce que les yeux du lecteur ne seraient pas de ceux à qui mon livre conviendrait pour bien lire en soi-même). (VII, 243)

 

 


CATEGORIES : Chronique, Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

3 comments to “Opticiens d’hier et d’aujourd’hui”

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  1. Dites, Patrice Louis, quand j’étais petite fille, il y avait à la maison un petit baromètre avec des personnages : quand il faisait beau, c’était « Frimousse », la petite fille, qui sortait, avec une ombrelle. Quand il allait pleuvoir, c’était un petit garçon, « Capucin » qui sortait, avec son imper et sa capuche… Je me demande si le « capucin » de l’opticien d’Illiers, dans la vitrine, n’était pas lui aussi issu de ce genre d’objets, qui était un peu comme un coucou suisse – et du coup on comprendrait mieux la menace qu’il brandissait ?

    (d’autant que le baromètre a toujours eu une forte importance, dans la Recherche, voir le père interloqué devant Bloch !)

  2. Quel « capucin », Chère Clopine ?

  3. Eh bien, c’était une sorte de Chalet « suisse », ce baromètre, et c’était ma mère qui appelait la petite fille « frimousse », et le petit garçon « capucin », à cause de sa capuche. Etait-ce spécifié ainsi sur la boîte ? Je pense que oui ?

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