Simple et insoluble : « le n° 100 »

Simple et insoluble : « le n° 100 »

 

C’est un comble…

La plus élémentaire des indications d’À la Recherche du temps perdu est un mystère total.

On peut buter sur agrypnie, flavescent, rogommeux ou vicariant. Mais les recherches sont aisées pour apprendre que la première signifie « insomnie », le deuxième « qui tire sur le blond », le troisième  « d’ivrogne » à propos d’une voix, et le dernier « qui remplace ».

On peut aussi s’arracher les cheveux sur sportulaire. Le mot est absent de tous les dictionnaires Robert, mais sportule signifie pot-de-vin dans l’antiquité romaine. Seul Wiktionnaire donne la clé : « (Rare) Client au sens latin du mot, obligé, qui bénéficie d’une sportule. » Utilisé dans La Fugitive à propos de journalistes, il signifie donc qu’ils sont à vendre (ou à acheter).

La solution arrive toujours.

Enfin, presque !

Coincer sur « le n° 100 » est incroyable… mais vrai.

 

Il se présente tranquillement dans Sodome et Gomorrhe :

*Cottard arriva enfin, quoique mis très en retard, car, ravi de servir de témoin mais plus ému encore, il avait été obligé de s’arrêter à tous les cafés ou fermes de la route, en demandant qu’on voulût bien lui indiquer « le n° 100 » ou le « petit endroit ».

 

La phrase est intelligible, le symbole typographique lumineux et le nombre élémentaire. Le sens n’est pas moins évident puisqu’il est même explicité par une comparaison. Le numéro cent est comme le petit endroit, « le petit cabinet sentant l’iris » chez tante Léonie (in Du côté de chez Swann), « qu’on appelle en Angleterre un lavabo, et en France, par une anglomanie mal informée, des water-closets » (in À l’ombre des jeunes filles en fleurs).

 

Mais diantre et fichtre, pourquoi ce nom ? À l’issue d’investigations poussées, je ne trouve nulle part la moindre explication. Ce ne sont pas les synonymes qui manquent pour « toilettes », mais celui-là n’est dans aucune liste. S’y cacherait-il un jeu de mots (mais si oui, lequel ?), une allusion quelconque (mais si oui, à quoi ?), une référence (mais si oui, dans quel domaine ?)

 

C’est d’autant plus agaçant que, sur le même sujet, Proust peut se montrer fort abscons. À propos du « petit pavillon treillissé de vert » des Champs-Élysées, et dont la « tenancière » ne peut être qu’une aristocrate — elle serait une Saint-Ferréol —, il offre une description que, dans ma jeunesse on qualifiait de capillo-tractée :

*En tout cas, si la marquise avait du goût pour les jeunes garçons, en leur ouvrant la porte hypogéenne de ces cubes de pierre où les hommes sont accroupis comme des sphinx, elle devait chercher dans ses générosités moins l’espérance de les corrompre que le plaisir que l’on éprouve à se montrer vraiment prodigue envers ce qu’on aime, car je n’ai jamais vu auprès d’elle d’autre visiteur qu’un vieux garde forestier du jardin.

 

En clair, il nous parle de cabinets à la turque en sous-sol.

 

Mais « le n° 100 » ?

 

Quiconque apportera un éclaircissement à ce mystère aura droit à ma gratitude éternelle.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

5 comments to “Simple et insoluble : « le n° 100 »”

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  1. I am not sure what you are writing about, but I thought you may find this ancient Italian website interesting, proust.it. I found it in the cemetery.

    Translated from Italian to French, there are bound to be errors.
    The point? Proust, as you know, made up words….many words.

    https://translate.google.com/translate?sl=it&tl=fr&js=y&prev=_t&hl=en&ie=UTF-8&u=http%3A%2F%2Fweb.archive.org%2Fweb%2F20060118003323%2Fhttp%3A%2F%2Fwww.proust.it%2Fdocumenti%2Fnumeri_recherche%2Funo.htm&edit-text=

  2. Cher Patrice,

    Je crois que vous pourrez satisfaire votre curiosité en prenant contact avec le site « reverso » (ils ont un formulaire de contact) ; ainsi, vous pourrez joindre le rédacteur du texte suivant, qui parle de l’expression « un sacré numéro » en renvoyant, en note, à l’expression « numéro 100 ».

    je vous copie-colle le texte de l’article (trouvé donc, je le répète, sur le site « reverso » à l’article « un sacré numéro ») :

     »
    C’est un (sacré) numéro !
    C’est quelqu’un qui se fait remarquer.
    C’est une personne bizarre, originale.
    Origine

    Lorsqu’on joue à un jeu de hasard (mais encore faut-il y jouer), c’est dans l’espoir de tirer le numéro gagnant, celui qui va nous permettre de mettre définitivement les doigts de pieds en éventail, en position du guetteur d’avions, dans un endroit de rêve. Ce numéro-là serait incontestablement un sacré numéro.

    Mais le numéro de notre expression ne nous fera rien gagner[1].
    C’est à partir de 1879 que le mot ‘numéro’ désigne une partie d’un spectacle de cirque ou de music-hall. Et c’est de là que, par extension et à partir de 1901, une personne qui veut se faire remarquer est devenue un ‘numéro’.

    Par contre, le sens de « personne bizarre ou originale », probablement influencé par le sens précédent, semble remonter à une locution du milieu du XIXe siècle, « être un bon numéro », qui voulait dire « être ridicule » et dont l’origine n’est pas précisée.

    [1] Pas plus que le « numéro 100″ qui, autrefois et en argot, désignait les toilettes, par calembour entre ‘cent’ et ‘sent’. »

    Donc, cher Patrice, vous aviez bien reniflé le calembour… et c’est une expression argotique parisienne.

  3. Voici l’adresse internet du site reverso en question :

    « http://www.expressio.fr/expressions/c-est-un-sacre-numero.php »

    très bonne journée à vous !

  4. Comme Clopine et selon mes recherches je suis allée
    sur http://www.cnrtl.fr/lexicographie/num%C3%A9ro
    et dans la lexicographie du mot « numéro », se trouve

    « 3. Loc. arg., pop.
    ♦ Numéro 100. Cabinets d’aisance. Aller au numéro 100: Se rendre aux lieux d’aisance (Larch.1858, p.615). »

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