Une croustade nommée Proust

Une croustade nommée Proust

 

J’ai deux raisons de me désoler au Pays de Combray où je vis et me nourris : il y a peu de restaurants et ceux qui existent boudent Proust. À leur carte, aucun plat ne lui rend hommage, n’est baptisé en son honneur, ne reprend une recette qu’il a immortalisée.

Pour goûter la salade d’ananas aux truffes ou le bœuf en gelée aux carottes, j’ai dû les composer moi-même chez moi (voir Pour des papilles proustiennes et Mon bœuf en gelée).

Mais ça, c’était avant… ma découverte de l’Auberge de Sandarville. Elle propose un mets (un seul, mais c’est plus que partout ailleurs), une entrée qui se réfère à l’écrivain chéri :

01 Croustade

Pour mon premier repas, je l’ai naturellement choisie :

Avant...

Avant…

 

... et après dégustation

… et après dégustation

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pâte feuilletée, champignons, œuf mollet, sauce hollandaise : cette proustade —pardon —, cette croustade Marcel Proust est d’un grand classicisme, emblématique d’une cuisine que le restaurant sert depuis un bon demi siècle. Il est situé rue de la Sente aux Prêtres, logiquement près d’une église du XVe siècle, Saint-Jovin et Saint-Martin, seul patrimoine culturel et touristique revendiqué par  la commune peuplée par un peu plus de trois cents Sandarvillois.

 

L’Auberge est traditionnelle et provinciale. Son décor pèse son poids de poutres apparentes, d’abat-jours en brigade, de casseroles, poêles et marmites en cuivre accrochées en bande, de tableaux ruraux bien-pensants.

04 Auberge

05 Auberge

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La jeune serveuse, forcément vêtue d’un chemisier blanc sur une jupe noire, parait bien fluette sur ses souliers plats.

La cuisine n’est ni nouvelle ni bourrative, tirant toutefois vers le roboratif : terrine et foie gras, turbot et homard, rognons et magret.

La clientèle fleure bon l’aisance. Entre les entrepreneurs venus en BMW ne parlant pas que business et maniant avec art les finesses œnologiques (« Vous avez pris de la viande… Vous êtes plutôt rouge, n’est-ce pas… ») et une grande tablée de parents mixant les générations et faisant d’un événement familiale une fête pour le palais, on n’est pas RMistes mais pas encore assujettis à l’ISF.

06 Auberge

 

L’addition a trempé dans la même sauce, suave et salée.

07 Addition

 

L’Auberge de Sandarville, seul restaurant à vocation gastronomique du Pays de Combray, une adresse courue et cossue.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

2 comments to “Une croustade nommée Proust”

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  1. On aimerait que le petit restaurant, en face de la maison de Tante Léonie, en fasse autant ; mais c’est un bon point, c’est sûr !

  2. Et la tasse de café est de Villeroy et Boch dont la maison date de 1748. On peut imaginer que Marcel Proust, s’il ne connut pas ce modèle, eut le plaisir de boire dans une de ces porcelaines. C’est pour avoir cherché une soucoupe pouvant recevoir tartine ou croissant qu’aujourd’hui je connais bien le modèle (petit déjeuner un peu plus grand que la tasse sur la photo). Proust a-t-il parlé de petit-déjeuner ?

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