Proust, le Chaix, les cannibales et Lady Gaga (bis)

Proust, le Chaix, les cannibales et Lady Gaga

 

Quelle improbable compagnie ! Et pourtant…

 

Il y aurait un ouvrage à écrire sur tous ceux qui ont été publiés sur des thèmes proustiens. Et la moisson ne s’arrête jamais. Proust est omniprésent et suscite des recherches tous azimuts – des évidentes aux tordues.

 

Au passage, mon ami François Busnel, l’attachant animateur de la Grande Librairie sur France 5, le talentueux patron de Lire (je connais moins bien ses autres activités) — magazine qui a réédité un parfait hors-série Proust actualisé       —, a salué la naissance de ce blog par une invitation à « recenser tous les livres contemporains qui évoquent Proust : pas une semaine sans que je ne découvre une citation de Proust dans un roman ou un essai. Ainsi ce soir [28 novembre 2013] à La Grande Librairie, François Cheng, de l’Académie française pour ses Cinq méditations sur la mort, autrement dit sur la vie, qui commente admirablement la mort de Bergotte à la lumière du Tao. »

 

Mais revenons à notre surprenant attelage du titre, en ajoutant des thèmes à d’utiles recherches sur la Recherche.

 

Pourquoi le Chaix, premier livret indicateur des horaires des trains, du nom de son éditeur, Napoléon Chaix (1807-1865), patron de l’Imprimerie Centrale des Chemins de Fer, et publié dès 1846 ?

Réponse : parce que, sans être nommé précisément, il apparaît dans six des sept tomes de l’œuvre. Qui peut en dire autant ? Habitué des voyages ferroviaires — à commencer par ceux qui l’ont conduit enfant à Illiers — Proust voue à l’indicateur un authentique culte.

 

Il l’évoque avec ferveur, dans son article Journées de lecture, dans  Le Figaro du 20 mars 1907 : « La sagesse serait de replacer toutes les relations modernes et beaucoup de voyages par la lecture de l’Almanach de Gotha et de l’indicateur des chemins de fer ».

Il insiste plus fort, dans une lettre à Gaston Gallimard qui le complimente après une récitation de Loti, chez Louisa de Mornand, à Bénerville, en 1908 : « Lisez l’indicateur Chaix, c’est bien mieux. » Là, l’ouvrage est donc cité.

Dans À la Recherche du temps perdu, il souligne dès Du côté de chez Swann son utilité : Car enfin l’indicateur et les trains eux-mêmes n’étaient pas faits pour des chiens.

C’est l’évidence même !

Et qu’est-ce qui exalte le Héros dans son « désir de jouissances artistiques » ? Des « livres d’esthétiques ». Mais plus encore ? Des « guides ». Mais plus toujours ? « L’indicateur des chemins de fer ».

Dans Sodome et Gomorrhe l’Indicateur (avec un I majuscule) provoque chez lui de l’« émotion » et lui est « familier ».

D’autres passages évoquent le Chaix (voir les extraits ci-dessous). La SNCF se grandirait et gagnerait en estime en finançant généreusement une étude savante sur Proust, les trains et le Chaix.

 

Passons aux cannibales en restant dans les voyages.

Là, c’est d’anthropophagie qu’il s’agit. Le mot est cité deux fois : dans Sodome et Gomorrhe, il est question « d’anciens récits d’explorations, de voyages » passionnant le Héros, et de « tel voyageur jeté sur la grève, empoisonné par des herbes malsaines, grelottant de fièvre dans ses vêtements trempés par l’eau de la mer, et qui pourtant se sentait mieux au bout de deux jours, reprenait au hasard sa route, à la recherche d’habitants quelconques, qui seraient peut-être des anthropophages. »

Plus loin, le petit noyau Verdurin est comparé à « une bande d’anthropophages chez qui une blessure faite à un blanc a réveillé le goût du sang », à propos de tourments infligés à Saniette.

Mais, et c’est maintenant que cela devient signifiant, Proust envisage deux fois des scènes de cannibalisme en France même et de son temps.

Dans Du côté de chez Swann, c’est ce bon Charles (qui ne ferait pas de mal à une mouche) qui est pointé du doigt : « As-tu vu les façons que Swann se permet maintenant avec nous ? dit Mme Verdurin à son mari quand ils furent rentrés. J’ai cru qu’il allait me manger »… Et dans À l’ombre des jeunes filles en fleurs, c’est la foule populaire écrasée devant les vitrages du restaurant du Grand-Hôtel de Balbec qui est en cause : « (une grande question sociale de savoir si la paroi de verre protègera toujours le festin des bêtes merveilleuses et si les gens obscurs qui regardent avidement dans la nuit ne viendront pas les cueillir dans leur aquarium et les manger). »

 

C’est à glacer le sang. Quelle organisation pourrait-elle financer des recherches sur ce thème — l’Internationale des végétariens ?…

 

Et, tout naturellement, nous voici conduits à nous intéresser à Stefani Joanne Angelina Germanotta. Cette Américaine née en1986 est plus connue sous son nom de scène de Lady Gaga. Quel rapport entre l’extravagante chanteuse et Proust ? Sa participation aux MTV Video Music Awards de 2010 : ce soir-là, elle fait un effet bœuf en recevant un  prix avec une robe, des bottes, un bibi et un sac à main, tous coupés dans de la viande crue. Explication de l’intéressée : « Il ne s’agit pas d’une provocation envers les végétariens. Comme vous le savez, je suis la dernière personne à porter des jugements sur les autres. J’ai voulu dire que si on ne se bat pas pour faire respecter nos droits, on n’en aura pas plus qu’un morceau de viande accroché sur un os. Et je ne suis pas un morceau de viande. »

 

Mais quid de Proust ? Simple ! Cette robe est purement et simplement un « carpaccio », dans les deux sens du terme : le nom du peintre italien de la Renaissance cher au romancier (il est cité quinze fois dans les sept tomes) et le plat fait de viande crue.

 

Vous trouvez cela tiré par les cheveux ? Observez les manteaux des Compagnons de la Calza (cités dans La Fugitive)…

6 162 (4) Carpaccio, Compagnon de la Calza - copie

 

… ou cette Vénitienne du même Carpaccio…

Carpaccio, Vénitienne

 

… et comparez.

dy

 

 

Robe carpaccio de Lady Gaga

 

Pour trancher,  consultons la Chambre syndicale des bouchers et métiers de la viande qui se fera  (je n’en doute pas) un plaisir et un devoir de financer des recherches proustiennes sur ce thème qui devra y associer les toilettes de Fortuny.

 

Suis-je sérieux ? Allez savoir !

 

Telles étaient, en tous cas (pour l’écrire comme Proust), quelques pistes encore inexplorées. Pour se référer au blason de Nicolas Fouquet portant d’argent à l’écureuil rampant de gueules, [un foucquet est un écureuil] avec la devise « Quo non ascendet ? » (« Jusqu’où ne montera-t-il pas ? »), je n’aurai qu’un mot de conclusion : « Quo non recherchet » !

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 

Les extraits

 

L’indicateur

Mais quand elle [Odette] était partie pour Dreux ou pour Pierrefonds — hélas, sans lui permettre d’y aller, comme par hasard, de son côté, car «cela ferait un effet déplorable», disait-elle — il [Swann] se plongeait dans le plus enivrant des romans d’amour, l’indicateur des chemins de fer, qui lui apprenait les moyens de la rejoindre, l’après-midi, le soir, ce matin même! Le moyen ? presque davantage : l’autorisation. Car enfin l’indicateur et les trains eux-mêmes n’étaient pas faits pour des chiens. Si on faisait savoir au public, par voie d’imprimés, qu’à huit heures du matin partait un train qui arrivait à Pierrefonds à dix heures, c’est donc qu’aller à Pierrefonds était un acte licite, pour lequel la permission d’Odette était superflue; et c’était aussi un acte qui pouvait avoir un tout autre motif que le désir de rencontrer Odette, puisque des gens qui ne la connaissaient pas l’accomplissaient chaque jour, en assez grand nombre pour que cela valût la peine de faire chauffer des locomotives. (I, 208-209)

 

Il [Swann] passait ses journées penché sur une carte de la forêt de Compiègne comme si ç’avait été la carte du Tendre, s’entourait de photographies du château de Pierrefonds. Dès que venait le jour où il était possible qu’elle revînt, il rouvrait l’indicateur, calculait quel train elle avait dû prendre, et si elle s’était attardée, ceux qui lui restaient encore. (I, 210)

Et, bien que mon exaltation eût pour motif un désir de jouissances artistiques, les guides l’entretenaient encore plus que les livres d’esthétiques et, plus que les guides, l’indicateur des chemins de fer. Ce qui m’émouvait c’était de penser que cette Florence que je voyais proche mais inaccessible dans mon imagination, si le trajet qui la séparait de moi, en moi-même, n’était pas viable, je pourrais l’atteindre par un biais, par un détour, en prenant la «voie de terre». (I, 278)

 

Donc nous partirions simplement de Paris par ce train de une heure vingt-deux que je m’étais plu trop longtemps à chercher dans l’indicateur des chemins de fer où il me donnait chaque fois l’émotion, presque la bienheureuse illusion du départ, pour ne pas me figurer que je le connaissais. (II, 155)

 

En arrivant auprès de Robert et de ses amis, je ne leur avouai pas que mon cœur n’était plus avec eux, que mon départ était déjà irrévocablement décidé. Saint-Loup parut me croire, mais j’ai su depuis qu’il avait, dès la première minute, compris que mon incertitude était simulée, et que le lendemain il ne me retrouverait pas. Tandis que, laissant les plats refroidir auprès d’eux, ses amis cherchaient avec lui dans l’indicateur le train que je pourrais prendre pour rentrer à Paris, et qu’on entendait dans la nuit étoilée et froide les sifflements des locomotives, je n’éprouvais certes plus la même paix que m’avaient donnée ici tant de soirs l’amitié des uns, le passage lointain des autres. (III, 92)

 

C’était, en effet, la dégradante influence, comme le charme aussi, qu’avait eue ce pays de Balbec de devenir pour moi un vrai pays de connaissances; si sa répartition territoriale, son ensemencement extensif, tout le long de la côte, en cultures diverses, donnaient forcément aux visites que je faisais à ces différents amis la forme du voyage, ils restreignaient aussi le voyage à n’avoir plus que l’agrément social d’une suite de visites. Les mêmes noms de lieux, si troublants pour moi jadis que le simple Annuaire des Châteaux, feuilleté au chapitre du département de la Manche, me causait autant d’émotion que l’Indicateur des chemins de fer, m’étaient devenus si familiers que cet indicateur même, j’aurais pu le consulter, à la page Balbec-Douville par Doncières, avec la même heureuse tranquillité qu’un dictionnaire d’adresses. (IV, 356)

 

Je sonnai Françoise pour lui demander de m’acheter un guide et un indicateur, comme j’avais fait enfant, quand j’avais voulu déjà préparer un voyage à Venise, réalisation d’un désir aussi violent que celui que j’avais en ce moment; j’oubliais que, depuis, il en était un que j’avais atteint, sans aucun plaisir, le désir de Balbec, et que Venise, étant aussi un phénomène visible, ne pourrait probablement, pas plus que Balbec, réaliser un rêve ineffable, celui du temps gothique, actualisé d’une mer printanière, et qui venait d’instant en instant frôler mon esprit d’une image enchantée, caressante, insaisissable, mystérieuse et confuse. (V, 285)

 

L’indicateur consulté, il [Saint-Loup] vit qu’il ne pourrait partir que le soir. Françoise me demanda : «Faut-il ôter du cabinet de travail le lit de Mlle Albertine ? — Au contraire, dis-je, il faut le faire.» (VI, 17)

 

 

Cannibales

— As-tu vu les façons que Swann se permet maintenant avec nous ? dit Mme Verdurin à son mari quand ils furent rentrés. J’ai cru qu’il allait me manger, (I, 202)

 

[La grande salle à manger du Grand-Hôtel de Balbec] devenait comme un immense et merveilleux aquarium devant la paroi de verre duquel la population ouvrière de Balbec, les pêcheurs et aussi les familles de petits bourgeois, invisibles dans l’ombre, s’écrasaient au vitrage pour apercevoir, lentement balancée dans des remous d’or la vie luxueuse de ces gens, aussi extraordinaire pour les pauvres que celle de poissons et de mollusques étranges : (une grande question sociale de savoir si la paroi de verre protègera toujours le festin des bêtes merveilleuses et si les gens obscurs qui regardent avidement dans la nuit ne viendront pas les cueillir dans leur aquarium et les manger). (II)

Depuis que pour suivre — et voir se démentir — les principes militaires de Saint-Loup, j’avais suivi avec grand détail la guerre des Boers, j’avais été conduit à relire d’anciens récits d’explorations, de voyages. Ces récits m’avaient passionné et j’en faisais l’application dans la vie courante pour me donner plus de courage. Quand des crises m’avaient forcé à rester plusieurs jours et plusieurs nuits de suite non seulement sans dormir, mais sans m’étendre, sans boire et sans manger, au moment où l’épuisement et la souffrance devenaient tels que je pensais n’en sortir jamais, je pensais à tel voyageur jeté sur la grève, empoisonné par des herbes malsaines, grelottant de fièvre dans ses vêtements trempés par l’eau de la mer, et qui pourtant se sentait mieux au bout de deux jours, reprenait au hasard sa route, à la recherche d’habitants quelconques, qui seraient peut-être des anthropophages. Leur exemple me tonifiait, me rendait l’espoir, et j’avais honte d’avoir eu un moment de découragement. (IV, 6)

 

Saniette, que l’interpellation de Brichot avait effrayé, commençait à respirer, comme quelqu’un qui a peur de l’orage et qui voit que l’éclair n’a été suivi d’aucun bruit de tonnerre, quand il entendit M. Verdurin le questionner, tout en attachant sur lui un regard qui ne lâchait pas le malheureux tant qu’il parlait, de façon à le décontenancer tout de suite et à ne pas lui permettre de reprendre ses esprits. «Mais vous nous aviez toujours caché que vous fréquentiez les matinées de l’Odéon, Saniette ?» Tremblant comme une recrue devant un sergent tourmenteur, Saniette répondit, en donnant à sa phrase les plus petites dimensions qu’il put afin qu’elle eût plus de chance d’échapper aux coups : «Une fois, à la Chercheuse. — Qu’est-ce qu’il dit», hurla M. Verdurin, d’un air à la fois écœuré et furieux, en fronçant les sourcils comme s’il n’avait pas assez de toute son attention pour comprendre quelque chose d’inintelligible. «D’abord on ne comprend pas ce que vous dites, qu’est-ce que vous avez dans la bouche ?» demanda M. Verdurin de plus en plus violent, et faisant allusion au défaut de prononciation de Saniette. «Pauvre Saniette, je ne veux pas que vous le rendiez malheureux», dit Mme Verdurin sur un ton de fausse pitié et pour ne laisser un doute à personne sur l’intention insolente de son mari.» J’étais à la Ch…, Che… — Che, che, tâchez de parler clairement, dit M. Verdurin, je ne vous entends même pas.» Presque aucun des fidèles ne se retenait de s’esclaffer, et ils avaient l’air d’une bande d’anthropophages chez qui une blessure faite à un blanc a réveillé le goût du sang. (IV, 233)

 

Mme de Surgis n’avait pas un sentiment moral le moins du monde développé, et elle eût admis de ses fils n’importe quoi qu’eût avili et expliqué l’intérêt, qui est compréhensible à tous les hommes. Mais elle leur défendit de continuer à fréquenter M. de Charlus quand elle apprit que, par une sorte d’horlogerie à répétition, il était comme fatalement amené, à chaque visite, à leur pincer le menton et à le leur faire pincer l’un l’autre. Elle éprouva ce sentiment inquiet du mystère physique qui fait se demander si le voisin avec qui on avait de bons rapports n’est pas atteint d’anthropophagie et aux questions répétées du baron : «Est-ce que je ne verrai pas bientôt les jeunes gens ?» elle répondit, sachant les foudres qu’elle accumulait sur elle, qu’ils étaient très pris par leurs cours, les préparatifs d’un voyage, etc. (V, 139)

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

3 comments to “Proust, le Chaix, les cannibales et Lady Gaga (bis)”

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  1. Une phrase signée Marcel Proust, écrite en cursive sur le mur, attend le visiteur de l’exposition sur l’Orient-Express, à l’institut du Monde Arabe : « l’indicateur des chemins de fer est le plus enivrant des romans d’amour ». Savez-vous d’où, précisément, cette citation est tirée ?

    Je ne crois pas non plus que Proust ait pris ce train mythique, qui aurait pu, pourtant, le conduire à Venise. Savez-vous d’ailleurs comment il y est allé ? Un autre train que l’Orient-Express ?

  2. patricelouis says: -#1

    La phrase précède l’extrait de Du côté de chez Swann que je cite :
    Mais quand elle [Odette] était partie pour Dreux ou pour Pierrefonds — hélas, sans lui permettre d’y aller, comme par hasard, de son côté, car «cela ferait un effet déplorable», disait-elle — il [Swann] se plongeait dans le plus enivrant des romans d’amour, l’indicateur des chemins de fer, qui lui apprenait les moyens de la rejoindre, l’après-midi, le soir, ce matin même! Le moyen ? presque davantage : l’autorisation. Car enfin l’indicateur et les trains eux-mêmes n’étaient pas faits pour des chiens. Si on faisait savoir au public, par voie d’imprimés, qu’à huit heures du matin partait un train qui arrivait à Pierrefonds à dix heures, c’est donc qu’aller à Pierrefonds était un acte licite, pour lequel la permission d’Odette était superflue; et c’était aussi un acte qui pouvait avoir un tout autre motif que le désir de rencontrer Odette, puisque des gens qui ne la connaissaient pas l’accomplissaient chaque jour, en assez grand nombre pour que cela valût la peine de faire chauffer des locomotives.
    Je devrais (je dois) la réintégrer dans ma chronique. Ce sera fat dès cette réponse postée.
    Concernant le train, je vois assez bie notre cher Marcel dans l’Orient-Express. A Paris, il ne fréquente ni l’hôtel de la Gare ni une pension de famille, mais le Ritz et le Majestic…

  3. patricelouis says: -#1

    Chère Clopine,
    En fait, j’ai oublié que j’avais déjà mis tous les extraits concernant l’indicateur à la fin de ma chronique — que vous n’avez pas vu pensant, sans doute, que la signature concluait mon envoi.
    J’ai donc re-corrigé en ajoutant un renvoi explicite.

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