15 août

15 août

 

C’est ma fête… Comme mes sept frères et sœurs, je me prénomme Marie – notamment. Classiquement, j’ai trois prénom : Patrice, celui de mon grand-père et celui de mon parrain. Mes parents y ont ajouté, comme pour tous les autres : Marie, Joseph. Vous savez tout.

 

Le 15 août célèbre l’Assomption de Marie, croyance selon laquelle la Vierge Marie, mère de Jésus, au terme de sa vie terrestre, est entrée directement dans la gloire du ciel, âme et corps, sans connaitre la mort et la corruption physique qui s’ensuit. Et ce jour est férié en France.

Le 15 août inspire Proust. Il le cite sous ses deux noms dans À l’ombre des jeunes filles en fleurs :

*D’ailleurs, des égards particuliers étaient dus à la petite femme de chambre qui était orpheline et avait été élevée chez des étrangers auprès desquels elle allait passer parfois quelques jours. Cette situation excitait la pitié de Françoise et aussi son dédain bienveillant. Elle qui avait de la famille, une petite maison qui lui venait de ses parents et où son frère élevait quelques vaches, elle ne pouvait pas considérer comme son égale une déracinée. Et comme cette petite espérait pour le 15 août aller voir ses bienfaiteurs, Françoise ne pouvait se tenir de répéter : « Elle me fait rire. Elle dit : j’espère d’aller chez moi pour le 15 août. Chez moi, qu’elle dit ! C’est seulement pas son pays, c’est des gens qui l’ont recueillie, et ça dit chez moi comme si c’était vraiment chez elle. Pauvre petite ! quelle misère qu’elle peut bien avoir pour qu’elle ne connaisse pas ce que c’est que d’avoir un chez soi. » (II, 188)

*[Elstir sur l’église de Balbec :] Le type qui a sculpté cette façade-là, croyez bien qu’il était aussi fort, qu’il avait des idées aussi profondes que les gens de maintenant que vous admirez le plus. Je vous montrerais cela, si nous y allions ensemble. Il y a certaines paroles de l’office de l’Assomption qui ont été traduites avec une subtilité qu’un Redon n’a pas égalée. (II, 293)

 

On retrouve cette fête religieuse dans Sodome et Gomorrhe et dans La Prisonnière, mais dépourvue de toute dimension biblique. La première fois, sans majuscule, c’est à propos de l’élévation d’un avion ; la seconde, c’est le nom de la rue où habite une amie d’Albertine.

 

*[À la Raspelière] On chercha en vain le philosophe norvégien. Une colique l’avait-elle saisi ? Avait-il eu peur de manquer le train ? Un aéroplane était-il venu le chercher ? Avait-il été emporté dans une assomption ? Toujours est-il qu’il avait disparu sans qu’on eût eu le temps de s’en apercevoir, comme un dieu. (IV, 266)

*À peine avais-je prononcé ces mots : « Votre voyage de trois jours à Balbec, je le dis en passant », Albertine, me coupant la parole, me déclara comme une chose toute naturelle : « Vous voulez dire que ce voyage à Balbec n’a jamais eu lieu ? Bien sûr ! Et je me suis toujours demandé pourquoi vous avez fait celui qui y croyait. C’était pourtant bien inoffensif. Le mécanicien avait à faire pour lui pendant trois jours. Il n’osait pas vous le dire. Alors, par bonté pour lui (c’est bien moi! et puis, c’est toujours sur moi que ça retombe ces histoires-là), j’ai inventé un prétendu voyage à Balbec. Il m’a tout simplement déposée à Auteuil, chez mon amie de la rue de l’Assomption, où j’ai passé les trois jours à me raser à cent sous l’heure. (V, 230)

 

Souhaitez-moi bonne fête !

 

Parole de proustiste…

Patrice « Marie » Louis


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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  1. Bonne fête Patrice, Marie.

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