Bem vindo…

Bem vindo…

 

Eu me chamo « o louco do Proust », eu moro en
 França, eu gosto
 Em busca do tempo perdido.

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Ce qu’il y a de bien quand on a mis À la Recherche du Temps perdu sur son ordinateur, c’est qu’on peut tout y chercher. Cela ne veut pas dire trouver. Et pourtant…

Après ma chronique d’hier (Proust en short ?), je me suis demandé si Proust évoquait le Brésil. Franchement, je n’y croyais pas trop. Heureusement que je n’ai pas parié avec moi-même.

Je n’espérais pas croiser carioca, favela, feijoada, ni futebol — je m’en serais souvenu s’ils y étaient !

 

Mais il y a bien un citoyen brésilien dans l’œuvre, dans Le Côté de Guermantes précisément. C’est un médecin. Il a visiblement son cabinet à Paris. Il a soigné le Héros qui n’en garde pas un bon souvenir. Il prétendait, se rappelle-t-il, le guérir de ses étouffements en lui faisant inhaler des essences de plantes. Afin qu’il soit aux petits soins à son égard, le Héros lui a dit connaître le professeur Cottard. Le Sud-Américain a répondu, comme une bonté de sa part pour son collègue français, que ce traitement lui permettrait de briller dans une communication sur le sujet à l’Académie de médecine.  Sans insister, toujours dans le souvenir du Héros, le médecin lui a lancé alors un regard interrogateur, timide, intéressé et suppliant.

Ce regard est celui de l’historien de la Fronde posant une question à M. de Norpois, lors de la matinée chez la marquise de Villeparisis. Conclusion du Héros : deux personnes qui ne se connaissent pas, qui vivent à deux bouts du monde, peuvent avoir le même regard, comme les lieux où ils se trouvent le même ciel.

 

C’est tout, mais ce n’est pas rien.

 

Des recherches sur internet m’ont appris que la Recherche a commencé à être traduite au Brésil en 1948 ; qu’un colloque s’est tenu en octobre 2010 à São Paulo sur le thème « Proust écrit un roman » (je regrette de ne pas avoir entendu les contributions de Julie André — Couchage » et « gougnotage » : les jeux de l’amour dans les cahiers de brouillon de Proust — et de Guilherme Ignácio da Silva — Proust et le Brésil ; et qu’un universitaire de Paris III-Sorbonne Nouvelle, Étienne Sauthier a fait une communication en mai 2011 : Réception de Marcel Proust au Brésil : Une lecture spéculaire d’un monde culturel en cours de mutation (1919-1933).

 

Je serais même tenté d’ajouter qu’auteur de novelas, Proust ne pouvait être que choyé au pays des telenovelas.

 

Je m’en voudrais d’oublier que c’est un Comte français, pas un de ces aristocrates chers à Marcel, qui a inspiré la devise du Brésil : « Ordre et progrès » est celle du positivisme fondé par le philosophe Auguste Comte.

149 Globo

 

Obrigado.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

L’extrait :

*— Vous n’avez pas l’intention d’entretenir l’Institut du prix du pain pendant la Fronde ? demanda timidement l’historien de la Fronde à M. de Norpois. Vous pourriez trouver là un succès considérable (ce qui voulait dire me faire une réclame monstre), ajouta-t-il en souriant à l’Ambassadeur avec une pusillanimité mais aussi une tendresse qui lui fit lever les paupières et découvrir ses yeux, grands comme un ciel. Il me semblait avoir vu ce regard, pourtant je ne connaissais que d’aujourd’hui l’historien. Tout d’un coup je me rappelai : ce même regard, je l’avais vu dans les yeux d’un médecin brésilien qui prétendait guérir les étouffements du genre de ceux que j’avais par d’absurdes inhalations d’essences de plantes. Comme, pour qu’il prît plus soin de moi, je lui avais dit que je connaissais le professeur Cottard, il m’avait répondu, comme dans l’intérêt de Cottard : « Voilà un traitement, si vous lui en parliez, qui lui fournirait la matière d’une retentissante communication à l’Académie de médecine ! » Il n’avait osé insister mais m’avait regardé de ce même air d’interrogation timide, intéressée et suppliante que je venais d’admirer chez l’historien de la Fronde. Certes ces deux hommes ne se connaissaient pas et ne se ressemblaient guère, mais les lois psychologiques ont comme les lois physiques une certaine généralité. Et les conditions nécessaires sont les mêmes, un même regard éclaire des animaux humains différents, comme un même ciel matinal des lieux de la terre situés bien loin l’un de l’autre et qui ne se sont jamais vus. Je n’entendis pas la réponse de l’Ambassadeur, car tout le monde, avec un peu de brouhaha, s’était approché de Mme de Villeparisis pour la voir peindre. (III, 156-157)

 

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

2 comments to “Bem vindo…”

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  1. Quelques temps avant la soutenance de ma thèse… je suis visiblement pas passé totalement inaperçu.
    Bien à vous et amitiés.
    E.S.
    🙂

  2. Informez-nous de vos prochaines interventions et faites-moi signe si vous passez à Illiers-Combray…

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