Mots d’Oriane (15)

Un mot d’Oriane. Olfactif.

— Si vous voulez me dire que j’ai connu M. de Bornier, naturellement, il est même venu plusieurs fois pour me voir, mais je n’ai jamais pu me résoudre à l’inviter parce que j’aurais été obligée chaque fois de faire désinfecter au formol. Quant à ce dîner, […] c’était à l’ambassade d’Autriche. Le charmant Hoyos avait cru me faire plaisir en flanquant sur une chaise à côté de moi cet académicien empesté. Je croyais avoir pour voisin un escadron de gendarmes. J’ai été obligée de me boucher le nez comme je pouvais pendant tout le dîner, je n’ai osé respirer qu’au gruyère !

[…]J’insinuai que je n’avais aucune admiration pour M. de Bornier.

— Ah! vous avez quelque chose à lui reprocher ? me demanda curieusement le duc qui croyait toujours, quand on disait du mal d’un homme, que cela devait tenir à un ressentiment personnel, et du bien d’une femme que c’était le commencement d’une amourette. Je vois que vous avez une dent contre lui. Qu’est-ce qu’il vous a fait ? Racontez-nous ça! Mais si, vous devez avoir quelque cadavre entre vous, puisque vous le dénigrez. C’est long la Fille de Roland mais c’est assez senti.

— « Senti » est très juste pour un auteur aussi odorant, interrompit ironiquement Mme de Guermantes. Si ce pauvre petit s’est jamais trouvé avec lui, il est assez compréhensible qu’il l’ait dans le nez ! (III)

À demain…

 


CATEGORIES : Divertissement/ AUTHOR : patricelouis

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