Proust au cinéma, Gigi

Proust au cinéma, Gigi

 

Un film d’amour pour prolonger la Saint-Valentin…

 

C’est entendu : la comédie musicale de Vincente Minnelli (1958) ne fait aucune allusion à Marcel Proust ni à son œuvre. Elle est pourtant sans égale pour donner à voir le Paris de la Belle Époque tel que l’écrivain le décrit. Celle Ville-Lumière-là brille des feux de ses cocottes et des équipages de ses riches messieurs.

 

À elle seule, la scène d’ouverture est étourdissante d’une allée des Acacias dont Du côté de chez Swann nous dit qu’elle est « fréquentée par les Beautés célèbres », à commencer par Mme Swann. On y reconnaît aussi toutes les duchesses de Guermantes dans leurs victorias que Paris peut compter…

 

…. et de futures jeunes filles en fleurs

 

Dans des images déraisonnablement chatoyantes (par Metrocolor), le jeu est trop tentant de rebaptiser les personnages : Gigi (Leslie Caron), n’est-elle pas Odette jeune ?

 

Gaston (Louis Jourdan) n’a-t-il pas les traits de Saint-Loup et Honoré (Maurice Chevalier) ne ressemble-t-il pas à un Charlus qui n’aurait pas fait son coming out ?

 

Les rapports gamine/grand’mère et neveu/oncle font tourner la tête. Et qu’y a-t-il de plus proustien que les noms de Liane d’Exelmans et de prince Berensky ?

Pour ne citer que les lieux présents dans le livre et le film, allons au Pré Catelan, à l’Opéra, aux Réservoirs à Versailles, à Honfleur, à Trouville — la scène de plage a été tournée à Venice Beach à Los Angeles !

Étourdissons-nous au Palais des Glaces (dont j’étais convaincu, à tort, que Proust l’évoque) au bal masqué, dans une calèche en buvant du champagne (j’ai cru reconnaître l’étiquette de la Veuve Clicquot), dans une cabine de bains, au tennis. Regardons, gourmands, les scènes de barbier, téléphonage, partie d’écarté.

Rapprochons les amours de la Recherche de cette histoire (tirée d’une nouvelle que Colette écrit en 1944) où Gilberte (si, si !) — dite Gigi —, ingénue Parisienne de quinze ans est destinée à une vie de courtisane par une grand-mère et une tante, anciennes demi-mondaines férues en galanterie, avec maison avenue du Bois, trois domestiques, une automobile, un chauffeur et des bijoux…

 

… et choisissant un cigare pour son protecteur.

 

Le piège sentimental se refermera sur l’ingénue et le séducteur Gaston dont les sentiments inconstants rappellent ceux du Héros de Proust.

 

Mais gardons-nous de chercher toute profondeur dans Gigi. Minnelli ne vise que le frivole, le futile, le léger. Ses véritables héros sont les décors et costumes signés Cecil Beaton. Ah, ces robes, ces hauts de forme, ces bibelots, ces canapés.

 

Proust à deux faces au cinéma : Gigi de Minnelli et Mort à Venise de Visconti.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

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