La preuve par le portrait

La preuve par le portrait

 

L’affaire dite « Proust n’est pas mort, il bouge encore » réveille et révèle des talents…

Prenez Marcelita Swann. Auteure et propriétaire du plus fantastique portail proustien sur Pinterest, notre New Yorkaise préférée. Elle s’est naturellement passionné pour le film dit « du mariage de 1904 » qui montre pendant trois secondes un inconnu pressé de descendre l’escalier de la Madeleine et dans lequel des apôtres ont voulu reconnaître le futur auteur de la Recherche.

Je suis d’un avis différent. Il se trouve que Marcelita aussi. Moi, j’ai bâti ma conviction en décortiquant la scène saisie par une caméra sans a priori ; avec le même souci d’objectivité, elle a tout bonnement fouillé dans son inestimable banque de données proustienne.

 

Que dit Jean-Pierre Sirois-Trahan dans la Revue d’études proustiennes qui fait ressurgir le film ? « Est-ce bien Marcel Proust ? […] On reconnaît sa silhouette svelte, sa moustache noire, petite à l’époque, l’ovale parfait de son visage. »

 

Hier, sur Facebook, notre proustienne passionnée a répondu sans mots inutiles, avec le seul souci de distinguer les « real news «  et les « fake news », par des photos de Marcel :

A 20 ans…

 

… à 25 ans…

 

… à 29 ans…

 

… à 33 ans…

 

… et à 34 ans.

 

Comparons avec l’inconnu de l’escalier, censé avoir 33 ans :

 

Alors, Proust ressuscité ? Je respecte les croyances religieuses. Mais là, c’est la photo qui fait foi !

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

22 comments to “La preuve par le portrait”

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  1. Marcellita,
    Je vous tire mon chapeau bien bas.
    En tout cas je n’aurai pas à le manger (il n’est pas melon), grâce à vous.
    Et je suis jaloux de Patrice, qui sait mobiliser des dames telles que vous.
    L’Amérique peut s’enorgueillir de ses citoyennes qui savent déconstruire les « faits alternatifs ».
    Respectueusement

  2. Attention, le problème technique de ce site ovalise plus la prise d’image du moustachu tirée du film, que ce qui apparaît au visionnage dudit : rétrécissement des images dans la largeur. Il faut cliquer sur l’image, et là le moustachu apparaît un peu plus rond : cela mérite d’être signalé car on pourrait évoquer une manœuvre tendant à rajeunir encore plus le moustachu du film. Ceci dit et fait, la mise en relation avec les images de Proust reste tout à fait probante.

  3. Peut-être en forçant une largeur adaptée à celle de vos colonnes dans un logiciel d’imagerie, puis en réimportant.

    Pour voir la deuxième photo de Proust face à la grosse moustache sur le Yacht, en août 1904 d’après Jacques Bienvenu sur le site Image Sociale : http://www.marcelproust.it/gallery/proust/proust_yacht.htm

  4. La présentation chronologique des photos par Patrice Louis sur cette page montre bien le processus de vieillissement et d’épaississement de l’écrivain et de sa moustache.
    Celle de la page Face Book de Marcelita Swann met en exergue la forte (et trompeuse) ressemblance de notre écrivain avec le moustachu filmé… à 12 ans d’intervalle.
    Ces deux présentations se complètent pour forger notre conviction visuelle, mais ne doivent pas nous donner quelque vague à l’âme sur le passage du temps : l’œuvre reste.

  5. Il est un argument parfois invoqué, que je ne partage pas. L’espèce d’amorce populaire accrocheuse (vous allez voir Proust) serait justifiée par l’intérêt littéraire et historique d’une publicité nouvelle donnée au film de mariage aristocratique à la Madeleine, et le justifierait aussi par l’intérêt d’un rebond de la lecture de Proust.
    J’ai moi aussi aimé voir comment cette société se mettait en scène, aimé reconstituer une image mentale sur les personnages de la Recherche du temps perdu, et j’en sais gré à ceux qui m’ont donné ce plaisir. J’ai cependant été disons étonné par l’autre aspect, la légèreté de l’administration de la preuve du scoop, et le corps de la page d’Image sociale https://imagesociale.fr/4121 en décortique professionnellement les ressorts.
    Je me suis focalisé sur le deuxième homme à chapeau melon, photographe qui suit le moustachu, pour montrer que l’on peut bâtir une autre hypothèse, celle du journaliste. On peut aussi en faire d’autres : l’hypothèse que le moustachu était le chevalier servant des quatre bourgeoises (?) descendant juste devant lui les marches en dehors du tapis, ou l’hypothèse d’un quidam quelconque, et même l’hypothèse de Proust « dont la probabilité tend asymptotiquement vers zéro ».
    Il y a quelques semaines toutes les hypothèses se valaient plus ou moins (certaines plus d’autres moins) et aucune n’est prouvée, ce qui ne nuisait en rien à l’intérêt du film. Il me semble qu’il aurait été aisé de présenter ainsi l’état de l’art dans la Revue d’études proustiennes, et plutôt que d’asséner une forme de clôture du débat « Un spectre passa… Proust retrouvé », « Ce texte montre que ce spectre n’est autre que Proust… », on pouvait engager un appel à la recherche de sources complémentaires : c’est peut-être Proust, ou un autre, regardez et participez, la recherche est ouverte et n’est pas achevée (en termes plus universitaires pour la Revue). Je préfère que l’Université forge l’éducation au « doute raisonné » comme l’écrit Patrice Louis dans son blogue Fou de Proust, à l’esprit critique, plutôt que d’impulser un moutonisme médiatique.
    La vision de ce film fera peut-être augmenter les ventes de Proust, ce qui peut constituer un beau sujet d’étude de marketing de l’édition, mais est normalement un peu éloigné de la rigueur méthodologique inhérente à la recherche historique ou littéraire.
    La justification de l’Apparition de Proust par son utilité sociale est un avatar des images pieuses utiles à l’édification religieuse du bon peuple, et constitutives du credo proustolâtre comme je l’ai déjà relaté ici. Adapté au contexte viral des médias à l’heure d’internet, cela a été récemment théorisé outre-Atlantique : Proust descendant la Madeleine, nouveau « fait alternatif » ? Marcelita Swann nous invite d’ailleurs à la lecture du récent article du New-Yorker : Why Facts Don’t Change Our Minds.

  6. La preuve a contrario.

    Dans http://www.proust-ink.com/news/2017/2/24/was-proust-captured-on-film-leaving-a-wedding-in-1904 ,
    Marcelita Swann nous informe que « Someone posted on Facebook, that a photo of (the real) Proust was « fake, » because it didn’t look like « Proust » in the 1904 film. »

  7. J’aime à apprendre la langue grâce à Proust. Ici il s’agit du catalan, dont un locuteur exprime l’évidence du No! dans le site http://www.proust-ink.com/news/2017/2/24/was-proust-captured-on-film-leaving-a-wedding-in-1904 :

    LE MOUSTACHE DE PROUST

    Opino que l’home del film de 1904 no és Proust. Entre d’altres arguments exposats aquí, vull afegir la prova del bigoti.

    Segons SIROIS-TRAHAN (Jean-Pierre), « Un spectre passa…. Marcel Proust retrouvé »: « On reconnaît sa silhouette svelte, sa moustache noire, petite à l’époque » (1904)

    Doncs crec que no és veritat. El bigoti de Proust de l’època no era pas petit. Al contrari, des de les fotos de 1902 fins un any després, el 1905, sempre el veiem amb un bigoti bastant gran.

    Céleste l’anomenaba « Moustache a la chariot », per descriure’l, en comptes de dir-ne « a la Charlot », en un dels girs del llenguatge de la seva asssitenta que tant li agradaven a Proust. Charlie Chaplin (Charlot) va començar a ser conegut a França el 1914.

    Son site accueille les proustiens du monde entier :

    https://www.facebook.com/groups/1038878959537690/permalink/1286239231468327/

  8. Notre ami catalan se nomme Jordi Ballabriga Cases.

  9. André Gunthert, maître de conférence à l’École des hautes études en sciences sociales où il occupe la chaire d’histoire visuelle, nous livre son analyse de l’affaire de l’Apparition de Proust dans sa nouvelle chronique https://imagesociale.fr/4157 « l’effet Blow up ».
    Entre autres, je relève la juxtaposition amusante de la photographie du faux Rimbaud (autre apparition célèbre) avec celle du faux Proust : c’est le même homme ! (belle mise en abîme pour les adeptes des ressemblances).
    M. Gunthert cite les chroniques afférentes du Fou de Proust et conclut par :
    « Revu et corrigé par le portrait des écrivains célèbres, l’effet Blow up apparaît donc constitué de cinq composantes principales: la théorie de la photographie comme empreinte, une image à la fois célèbre et mal connue, la manifestation de l’énigme, la disponibilité de l’archive et le web comme espace de communication interactif, qui métamorphose les fans en détectives. »
    Il est un aspect de l’affaire de l’Apparition que je connais mal, ayant pris le train en marche. C’est son déclenchement. A lire notre cher Fou de Proust, j’ai l’impression d’une orchestration type marketing éditorial sur plusieurs jours : nous allons vous montrer un scoop attendez, le voici voyez le film, enfin vous allez tout lire dans la publication, avec un bon attaché de presse pour assurer la surface médiatique. Quelqu’un pourrait-il m’en dire plus, notamment avec les dates de release ?

  10. il doit être possible de faire une restauration du Film de l’Apparition, comme on le fait souvent pour des films anciens. Ca aiderait peut-être à conforter ou à ébranler les croyances.

  11. Relevé sur le site du Pôle Proust, cet appel à contribution sur … Proust et la photographie, à New-York. Qui relèvera le défi ? :
    We are preparing a special session proposal on Proust and photography for the MLA Convention 2018 in New York City.
    We welcome papers on historical, art-historical, theoretical, discursive, literary, and contextual approaches to the place of photography in Proust’s life and work.
    Please send a 300 word abstract and brief bio to both organisers by 15 March 2017.
    Professor Suzanne Guerlac: guerlac@berkeley.edu and Dr Kathrin Yacavone: Kathrin.Yacavone@nottingham.ac.uk
    https://www.liverpool.ac.uk/modern-languages-and-cultures/french/francofil/

  12. Bonjour, j’ai une autre photo à proposer à votre (ou vos) sagacité, voir ici : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Otto_Weneger_Proust_1876.jpg – Après des mois (des années) d’étude, je suis persuadé à 99% que c’est Marcel et son frère. La comparaison avec https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Robert_et_Marcel_01-03-1876.jpg est stupéfiante. Mais les  »connaisseurs officiels » de Proust ne sont pas intéressés. Je profite donc de l’effet  »vidéo » pour interpeler les chercheurs. Merci de vos réponses.

    • patricelouis says: -#2

      Cher Siren,
      Je ne vois pas d’opposition formelle à ce que ce soit les deux frères, même si les photos connues de leur jeunesse les montrent les cheveux plus courts.

      Mais Du coté de chez Swann nous indique bien que le Héros les a eu longs, ou au moins bouclés :
      *Je me rendormais, et parfois je n’avais plus que de courts réveils d’un instant, le temps d’entendre les craquements organiques des boiseries, d’ouvrir les yeux pour fixer le kaléidoscope de l’obscurité, de goûter grâce à une lueur momentanée de conscience le sommeil où étaient plongés les meubles, la chambre, le tout dont je n’étais qu’une petite partie et à l’insensibilité duquel je retournais vite m’unir. Ou bien en dormant j’avais rejoint sans effort un âge à jamais révolu de ma vie primitive, retrouvé telle de mes terreurs enfantines comme celle que mon grand-oncle me tirât par mes boucles et qu’avait dissipée le jour, — date pour moi d’une ère nouvelle, — où on les avait coupées. J’avais oublié cet événement pendant mon sommeil, j’en retrouvais le souvenir aussitôt que j’avais réussi à m’éveiller pour échapper aux mains de mon grand-oncle, mais par mesure de précaution j’entourais complètement ma tête de mon oreiller avant de retourner dans le monde des rêves.

      • Merci de votre réponse, je ne sais pas si vous seriez intéressé par une étude plus complète de cette photo que je possède. Je vous envoie sur votre Email un agrandissement des deux visages et suis à votre disposition pour creuser une identification car je me sens bien seul devant les fins de non recevoir que j’ai eues jusqu’ici. Bien cordialement.

  13. Merci, et bienvenue sur ce blogue à une signature prestigieuse..
    (Cette phrase est en réponse à un commentaire qui, bizarrement ne s’affiche pas, signé Evelyne Bloch-Dano, la biographe de Mme Proust) :
    « C’est l’événement de la semaine, du mois, que dis-je ! de l’année. J’avoue pour ma part être très réservée quant à l’identification de ce personnage en chapeau melon et redingote grise. Pour un ensemble de raisons (que je ne développerai pas ici), je ne suis pas du tout certaine qu’il s’agisse de Marcel Proust même s’il figura, nous le savons, parmi les très nombreux invités… Et à l’appui de mes doutes , cette démonstration impeccable:
    La preuve par le portrait »
    [Et de renvoyer à ma chronique].

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