Moitié Marcel, moitié Léonie : Emily

Moitié Marcel, moitié Léonie : Emily

 

Emily Dickinson (1830-1886) est une poétesse américaine. Elle a vécu une vie introvertie et recluse. Après ses études, elle vit un moment au séminaire féminin du mont Holyoke avant de retourner dans la maison familiale à Amherst, dans le Massachusetts. Considérée comme une excentrique par le voisinage, on la connaît pour son penchant pour les vêtements blancs et pour sa répugnance à recevoir des visiteurs, voire plus tard à sortir de sa chambre. La plupart de ses amitiés seront donc entretenues par correspondance. Après avoir suscité le scepticisme, elle est considérée de nos jours comme une écrivaine majeure. (Wikipédia)

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Sa vie enfermée chez elle m’a fait penser à tante Léonie autant qu’à Marcel Proust et si je vous parle d’elle c’est que Mayank Austen Soofi lui a rendu hommage sur son site The Delhi Walla, alors qu’il vient d’arriver en Normandie.

 

Il s’agit de cet Indien dont je vous ai parlé, passionné par l’auteur d’À la recherche du temps perdu, avec qui j’échange sur internet et qui m’a donc annoncé sa venue en France. Je l’attends aujourd’hui même et aurai le plaisir de le recevoir et de me balader avec lui à Illiers-Combray (où il est déjà venu, je crois).

 

C’est sûr, je vais l’entraîner à Mirougrain et au cimetière. Juliette Joinville, poétesse vivant retirée du monde a vécu dans le premier et elle est enterrée dans le second. Du côté de chez Swann en parle ainsi :

*Une jeune femme dont le visage pensif et les voiles élégants n’étaient pas de ce pays et qui sans doute était venue, selon l’expression populaire «s’enterrer» là, goûter le plaisir amer de sentir que son nom, le nom surtout de celui dont elle n’avait pu garder le cœur, y était inconnu, s’encadrait dans la fenêtre qui ne lui laissait pas regarder plus loin que la barque amarrée près de la porte. Elle levait distraitement les yeux en entendant derrière les arbres de la rive la voix des passants dont avant qu’elle eût aperçu leur visage, elle pouvait être certaine que jamais ils n’avaient connu, ni ne connaîtraient l’infidèle, que rien dans leur passé ne gardait sa marque, que rien dans leur avenir n’aurait l’occasion de la recevoir. On sentait que, dans son renoncement, elle avait volontairement quitté des lieux où elle aurait pu du moins apercevoir celui qu’elle aimait, pour ceux-ci qui ne l’avaient jamais vu. Et je la regardais, revenant de quelque promenade sur un chemin où elle savait qu’il ne passerait pas, ôter de ses mains résignées de longs gants d’une grâce inutile.

 

C’est elle qui est, en réalité, évoque plus près Emily Dickinson dont voici trois citations :

Que vers un cœur brisé

Nul autre ne se dirige

Sans le haut privilège

D’avoir lui-même aussi souffert

 

Pour être hanté, nul besoin de chambre, nul besoin de maison, le cerveau regorge de corridors plus tortueux les uns que les autres.

 

Seul l’Amour peut blesser – / Seul l’Amour soigne la Blessure.

 

« Namasté » — forme du salut en Inde.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

6 comments to “Moitié Marcel, moitié Léonie : Emily”

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  1. Très très balzacienne, l’enterrée-là, non ?

  2. Je suppose que Clopine fait allusion à la vicomtesse de Beauséant, « La femme abandonnée » de Balzac qui, après une déception amoureuse, se cloîtrera dans la campagne normande. Pour ma part, je suis ravi d’avoir fait connaissance de Juliette Joinville (Merci Patrice).

  3. Voyons, Patrice, Madame de Bauséant… Dans « une femme abandonnée », par exemple.

    Grande dame parisienne (= pleine de charme, comme celle qui, chez ici, « ôte de ses mains résignées de longs gants d’une grâce inutile », venue « s’enterrer » à la campagne pour expier un amour illicite et perdu.

  4. Balzac, La Femme abandonnée.

  5. Dear Patrice,
    Please give Mayank Austen Soofi my regards…and tell him that I loved his post about visiting Venice and finding a fellow Proustian! I wish we could have a reunion inside St. Mark’s one day. 😉
    Marcelita

    « It is this Indian I have spoken, passionate author of In Search of Lost Time, with whom I exchange on the internet and thus told me his visit to France. I am waiting for him to-day, and will have the pleasure of receiving him and going with him to Illiers-Combray (where he has already come, I believe).

    « Sure, I’ll drag him to Mirougrain and the cemetery. Juliette Joinville, living poetess retired from the world lived in the first and she is buried in the second.  » PL (Google translated)

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