Illiers-Combray illustré (3)

III L’église

 

01-eglise-saint-jacques                       L’église Saint-Jacques est baptisée

02-eglise-placeSaint-Hilaire dans À la recherche du temps perdu.

Elle est édifiée au XVIe siècle — « plantée et dressée » en 1536, peut-être voulue le siècle précédent par Florent d’Illiers.

 

L’édifice est précédée

03-porched’un porche.

 

*Nous causions un moment avec M. Vinteuil devant le porche en sortant de l’église. I

*nous vîmes sur le seuil brûlant du porche, dominant le tumulte bariolé du marché, Legrandin I

*Que je l’aimais, que je la revois bien, notre Église !

04-eglise-porcheSon vieux porche par lequel nous entrions, noir, grêlé comme une écumoire, était dévié et profondément creusé aux angles (de même que

05-benitierle bénitier où il nous conduisait) comme si le doux effleurement des mantes des paysannes entrant à l’église et de leurs doigts timides prenant de l’eau bénite, pouvait, répété pendant des siècles, acquérir une force destructive, infléchir la pierre et l’entailler de sillons comme en trace la roue des carrioles dans la borne contre laquelle elle bute tous les jours.

06-tombe-egliseSes pierres tombales, sous lesquelles la noble poussière des abbés de Combray, enterrés là, faisait au chœur comme un pavage spirituel, n’étaient plus elles-mêmes de la matière inerte et dure, car le temps les avait rendues douces et fait couler comme du miel hors des limites de leur propre équarrissure qu’ici elles avaient dépassées d’un flot blond, entraînant à la dérive une majuscule gothique en fleurs, noyant les violettes blanches du marbre ; et en deçà desquelles, ailleurs, elles s’étaient résorbées, contractant encore l’elliptique inscription latine, introduisant un caprice de plus dans la disposition de ces caractères abrégés, rapprochant deux lettres d’un mot dont les autres avaient été démesurément distendues.

07-rosace08-vitraux-d09-vitraux-gSes vitraux ne chatoyaient jamais tant que les jours où le soleil se montrait peu, de sorte que fît-il gris dehors,

10-reflets-sur-marches-autel11-lumiere-vitraux-bancson était sûr qu’il ferait beau dans l’église ; l’un était rempli dans toute sa grandeur par un seul personnage pareil à un Roi de jeu de cartes, qui vivait là-haut, sous un dais architectural, entre ciel et terre ; (et dans le reflet oblique et bleu duquel, parfois les jours de semaine, à midi, quand il n’y a pas d’office — à l’un de ces rares moments où l’église aérée, vacante, plus humaine, luxueuse, avec du soleil sur son riche mobilier,

12-reflet-sur-statue-vierge-113-lumiere-vitrail-statue-cureavait l’air presque habitable comme le hall de pierre sculptée et de verre peint, d’un hôtel de style moyen âge — on voyait s’agenouiller un instant Mme Sazerat I

 

14-vitrail-1Derrière l’autel,

15-vitrail-0le vitrail datant de 1867, représente

16-vitrail-2au milieu le Christ, à sa gauche Saint-Jacques et Miles d’Illiers, évêque de Chartres ; à sa droite Saint-Hilaire et Florent d’Illiers, frère de Florent. Dans la fiction, c’est

17-florent-gilbert-vitrailGilbert le Mauvais, fils de Pépin l’Insensé, frère de Charles le Bègue, sire de Guermantes.

 

*c’est justement Monseigneur qui a attaché le grelot à cette malheureuse verrière en prouvant qu’elle représente Gilbert le Mauvais, sire de Guermantes, le descendant direct de Geneviève de Brabant qui était une demoiselle de Guermantes, , recevant l’absolution de Saint-Hilaire.

— Mais je ne vois pas où est Saint-Hilaire ?

— Mais si, dans le coin du vitrail vous n’avez jamais remarqué une dame en robe jaune ? Hé bien !

18-saint-hilairec’est Saint-Hilaire I

 

19-bancs-clos-de-la-chaire20-bancs-clos-den-haut-1Les sièges frappent toujours les visiteurs par leur singularité de bancs clos. Ils portent encore

21-etiquette-banc-closl’étiquette de cuivre où les familles mettaient leur nom a été celui de

22-banc-dit-des-amiot-1la famille Amiot. J’ai eu du mal à croire que celui signalé comme tel soit le bon car,

23-banc-dit-des-amiot-2 certes orné de velours il se trouve tout à gauche (après la statue de sainte Rita), hors la travée centrale, ce qui me paraît peu seyant pour une famille de notables locaux. Mais ce qui me convainc, c’est qu’il a besoin d’être situé là pour que le Héros puisse voir l’aristocrate qui le subjugue.

Deux côtés se font bien face, 24-banc-vue-de-la-chapellele côté bourgeois et

25-chapelle-vue-du-bancle côté aristocrate. Suivez-moi bien.

 

La rencontre initiale entre les deux personnages — le jeune héros bourgeois et l’adulte duchesse — a lieu au mariage de fiction de la fille du docteur Percepied.

(Photos PL)

(Photos PL)

La chapelle, à droite, est celle où la duchesse de Guermantes apparaît — même si Proust parle d’« une » chapelle, sous-entendant qu’il en est d’autres quand il n’en est qu’une seule dans l’église réelle.

 

*Un jour ma mère me dit : « Puisque tu parles toujours de Mme de Guermantes, comme le docteur Percepied l’a très bien soignée il y a quatre ans, elle doit venir à Combray pour assister au mariage de sa fille. Tu pourras l’apercevoir à la cérémonie. » C’était du reste par le docteur Percepied que j’avais le plus entendu parler de Mme de Guermantes, et il nous avait même montré le numéro d’une revue illustrée où elle était représentée dans le costume qu’elle portait à un bal travesti chez la princesse de Léon.

Tout d’un coup pendant la messe de mariage, un mouvement que fit le suisse en se déplaçant me permit de voir assise dans une chapelle une dame blonde avec un grand nez, des yeux bleus et perçants, une cravate bouffante en soie mauve, lisse, neuve et brillante, et un petit bouton au coin du nez. Et parce que dans la surface de son visage rouge, comme si elle eût eu très chaud, je distinguais, diluées et à peine perceptibles, des parcelles d’analogie avec le portrait qu’on m’avait montré, parce que surtout les traits particuliers que je relevais en elle, si j’essayais de les énoncer, se formulaient précisément dans les mêmes termes : un grand nez, des yeux bleus, dont s’était servi le docteur Percepied quand il avait décrit devant moi la duchesse de Guermantes, je me dis : cette dame ressemble à Mme de Guermantes ; or la chapelle où elle suivait la messe était celle de Gilbert le Mauvais, sous les plates tombes de laquelle, dorées et distendues comme des alvéoles de miel, reposaient les anciens comtes de Brabant, et que je me rappelais être à ce qu’on m’avait dit réservée à la famille de Guermantes quand quelqu’un de ses membres venait pour une cérémonie à Combray ; il ne pouvait vraisemblablement y avoir qu’une seule femme ressemblant au portrait de Mme de Guermantes, qui fût ce jour-là, jour où elle devait justement venir, dans cette chapelle : c’était elle ! I

 

Ces deux-là ne se quitteront plus.

 

Demain, le clocher.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

2 comments to “Illiers-Combray illustré (3)”

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  1. Oh Patrice, what a beautiful gift you have given us Proustians! Amazing, truly.

    The sun’s rays were not visiting, when I toured the church. Thank you for capturing the stunning colors…mesmerizing!

  2. This is so precious! Thank you very much. Brings to me such happy memories… From reading la Recherche and being there.

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