Gerbes du 11-Novembre

Gerbes du 11-Novembre

 

Il n’y a que deux gerbes dans À la recherche du temps perdu, mais j’en ai trouvé quatre ce matin à Illiers-Combray…

C’était le traditionnel défilé de commémoration de la fin de la Grande Guerre. Fanfare des pompiers en tête et derrière leur maire, les habitants ont marché jusqu’au monument au mort.

Là, l’édile et le représentant des anciens combattants ont déposé chacun une gerbe en hommage aux militaires défunts.

1-monument-aux-morts

 

Auparavant, le cortège s’est rendu au cimetière où une gerbe a été déposée devant la plaque-souvenir d’un lieutenant tué en 1870.

2-cimetiere

 

2 + 1 = 3. Et la quatrième gerbe ? Je l’ai vue, commençant à se faner devant la tombe de Juliette Joinville, l’habitante pensive du Montjouvain de Proust. J’en avais remarqué une au 11-Novembre 2014, qui était anonyme (voir la chronique L’armistice et la poétesse). Aujourd’hui, le geste est signé :

3-juliette

 

Bel hommage des Amis de Vinteuil — il y a deux ans, c’était donc eux, mais le ruban avait disparu.

 

En quittant ce lieu de mémoire, la plaque apposée à l’entrée m’a troublé

(Photos PL)

(Photos PL)

 

Éprouver le besoin de noter deux fois le même horaire, c’est bizarre (pas de quoi mourir de rire, mais esquisser au moins un sourire).

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 

Les deux gerbes de la Recherche :

*Le matin, ennuyé de penser que mon grand-père était prêt et qu’on m’attendait pour partir du côté de Méséglise, je fus éveillé par la fanfare d’un régiment qui tous les jours passa sous mes fenêtres. Mais deux ou trois fois — et je le dis, car on ne peut bien décrire la vie des hommes si on ne la fait baigner dans le sommeil où elle plonge et qui, nuit après nuit, la contourne comme une presqu’île est cernée par la mer — le sommeil interposé fut en moi assez résistant pour soutenir le choc de la musique, et je n’entendis rien. Les autres jours il céda un instant ; mais encore veloutée d’avoir dormi, ma conscience, comme ces organes préalablement anesthésiés, par qui une cautérisation, restée d’abord insensible, n’est perçue que tout à fait à sa fin et comme une légère brûlure, n’était touchée qu’avec douceur par les pointes aiguës des fifres qui la caressaient d’un vague et frais gazouillis matinal ; et après cette étroite interruption où le silence s’était fait musique, il reprenait avec mon sommeil avant même que les dragons eussent fini de passer, me dérobant les dernières gerbes épanouies du bouquet jaillissant et sonore. III

 

*Pour me consoler de son silence, je relus la lettre de Mme Goupil ; mais elle était sans chaleur, car si l’aristocratie a certaines formules qui font palissades entre elles, entre le « Monsieur » du début et les « sentiments distingués » de la fin, des cris de joie, d’admiration, peuvent jaillir comme des fleurs, et des gerbes pencher par-dessus la palissade leur parfum odorant. VI

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

Write a Reply or Comment

Your email address will not be published.

Articles populaires

Abonnez-vous

Un flux RSS proustien pour recevoir tous les articles du Fou de Proust
Et également sur et