Le hold-up parfait

Le hold-up parfait

Avant même de commencer, le match Eure-et-Loir/Calvados dans la catégorie Proust annonce une victoire des Beaucerons par KO.

En 2013, le centenaire du premier tome de la Recherche devait célébrer Combray, décor essentiel de Du côté de chez Swann.

On a déjà oublié ce qui s’est passé alors au pays de Léonie pour fêter l’événement. On ne se souvient que d’une indifférence polie.

2019 devait appartenir à Cabourg, dont Balbec est une transcription, cadre des activités des belles d’À l’ombre des jeunes filles en fleurs, deuxième tome de l’œuvre, couronné par le Goncourt. La station balnéaire dynamique allait sûremnt montrer ce dont, elle, était capable.

Or, de quoi parle-t-on ? Du programme prévu entre Chartres et Illiers-Combray ! Pendant huit jours, les événements culturels vont succéder aux rendez-vous littéraires avec, en prime, une surdose de vedettes télévisuelles. Il faut lire le programme annonçant, gourmand et béat, pour une certaine heure : « Arrivée de M. Stéphane Bern » — verdurinesque en diable ! Ça va être furieusement mondain et gentiment populaire.

La cité normande attend-elle décembre, mois du prix littéraire, pour faire feu de tout bois ? En attendant, c’est chez les rivaux en prousterie que ça flamboie. Et dans ces duels-là, c’est le premier qui dégaine qui gagne.

L’Eure-et-Loir a réussi à faire croire que le Goncourt, c’était son affaire, que les vagues de la Manche couraient jusqu’aux champs de blé, qu’il n’y avait pas d’autre prétendant pour convoler avec ce dandy de Marcel. Tante Léonie a kidnappé Albertine, le clocher domine le Grand-Hôtel et seules les aubépines fleurissent.

Illustration avec les deux hors-séries du magazine Lire, de cent pages chacun :

2013…

Dans ce numéro pauvre en réclame, une page payée par le département 28, zéro par le Calvados.

2019…

Ici, dix pages de publicités euréliennes contre zéro côté normand.

Autre comparaison : 134 occurrences de « Combray » dans Du côté du chez Swann et 33 de « Balbec » (logique) ; 160 occurrences de Balbec dans À l’ombre des jeunes filles en fleurs et 48 de « Combray » (normal).

N’empêche : sans même combattre, Cabourg-Balbec est au tapis face à Illiers-Combray.

C’est sans doute sans malice que la médiathèque entre Beauce et Perche accueille ses visiteurs avec une évocation des bienfaits balnéaires de la Côte Fleurie.

On n’est pas plus vachard !

Parole de proustiste…

Patrice Louis


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

4 comments to “Le hold-up parfait”

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  1. Oui, certes, Patrice, mais tout cela ne nous dit pas ce que vous ferez, vous, pendant ce Printemps Proustien si « parisien », quoique délocalisé à Combray : aura-t-on le plaisir de vous y croiser, peut-être (à moins qu’à votre tour vous ne les snobiez…) dans les allées plus modestes, plus calmes mais néanmoins proustiennes du « OFFx » ?

    A côté de Bern (soupir), il y a des acteurs, écrivains, musiciens, qui me semblent capables de « mouiller la chemise », Patrice… De Darroussin à Véronique Aubouy…

  2. Mais, cher Patrice, vous oubliez Dives-sur-mer, ville si importante pour Proust. Nous (les Spécialistes avec une majuscule, ceux qu’il ne faut surtout pas fréquenter) y serons le 26 juin pour clore le colloque que J’organise en Sorbonne. Le programme arrive dans quelques jours, suivez mon facebook ! Et j’avais choisi hier soir quelques photographies pour rappeler 2013. Vous connaissez Dives ? On y est bien accueillis.

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