Un hymne, mais pas de Marseillaise

Un hymne, mais pas de Marseillaise

Il y a bien un  « hymne national » dans À la recherche du temps perdu, mais ce n’est pas l’œuvre de Rouget de Lisle. Son auteur s’appelle Vinteuil et les patriotes qui se réunissent autour de la « petite phrase » de sa Sonate ne sont que deux : Charles et Odette !

*Les phrases de Vinteuil me firent penser à la petite phrase et je dis à Albertine qu’elle avait été comme l’hymne national de l’amour de Swann et d’Odette, « les parents de Gilberte que vous connaissez. V

C’est un  hapax.

Nulle trace de Marseillaise. Le seul chant réunissant un peuple est la Garde au Rhin qui n’a toutefois pas le statut officiel d’hymne. Il est écrit en 1840 par Max Schneckenburger, après la « crise du Rhin » provoquée par le second ministère Thiers, et mis en musique par Karl Wilhelm. Il est chanté pendant le Reich jusqu’en 1922. Le baron de Chalus en relève l’aspect martial :  

*Et ces sirènes, était-ce assez wagnérien, ce qui du reste était bien naturel pour saluer l’arrivée des Allemands, ça faisait très hymne national, avec le Kronprinz et les princesses dans la loge impériale, Wacht am Rhein ; VII

Puisque j’en suis aux symboles et emblèmes, qu’en est-il du drapeau bleu-blanc-rouge ? Une seule évocation où le même Guermantes affiche sa détestation si l’on en croit Saint-Loup, son neveu :

*Mon oncle est au fond un monarchiste impénitent à qui on ferait avaler des carpes comme Mme Molé ou des escarpes comme Arthur Meyer, pourvu que carpes et escarpes fussent à la Chambord. Par haine du drapeau tricolore, je crois qu’il se rangerait plutôt sous le torchon du Bonnet rouge qu’il prendrait de bonne foi pour le Drapeau blanc. » VII

Pas de « Liberté-Égalité-Fraternité. Les « devises » citées sont « Per viam rectam , sur le papier à lettres de Gilberte (deux fois) ; « zut pour le ministère ! », que Mme Bontemps voudrait mettre sur le sien ; « Je suis au Baron de Charlus » sur les livres de Palamède (deux fois) ; « C’est mon plaisir. », des cousins La Rochefoucauld de Charlus (encore lui) ; « Ne sçais l’heure. », de Saylor, patronyme de M. de Crécy ; « Inculcabis super leonem et aspidem » de « Notre-Seigneur » et sur les armes de Charlus (toujours lui), dixit ou plutôt scribit l’intéressé. 

Des références à la République, point de Marianne mais deux citations de la fête nationale :

*Nous avancions entre une double haie d’invités, lesquels, sachant qu’ils ne connaîtraient jamais « Oriane », voulaient au moins, comme une curiosité, la montrer à leur femme : « Ursule, vite, vite, venez voir Madame de Guermantes qui cause avec ce jeune homme. » Et on sentait qu’il ne s’en fallait pas de beaucoup pour qu’ils fussent montés sur des chaises, pour mieux voir, comme à la revue du 14 juillet ou au Grand Prix. IV

*Mais j’avais peur que, dans le premier, certaines poses lascives ne donnassent à Albertine un désir, une nostalgie de réjouissances populaires, la faisant se dire que peut-être une certaine vie qu’elle n’avait pas menée, une vie de feux d’artifice et de guinguettes, avait du bon. Déjà d’avance, je craignais que, le 14 juillet, elle me demandât d’aller à un bal populaire, et je rêvais d’un événement impossible qui eût supprimé cette fête. V

Ça ne fait pas lourd. Vive la République et Vive la France quand même !

Parole de proustiste…

Patrice Louis


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

Write a Reply or Comment

Your email address will not be published.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.