Philosophie élective

Philosophie élective

Pays de Descartes et Pascal, la France est merveilleuse —j’assume la banalité du propos et l’illustre avec la place des philosophes  à l’élection européenne…

Pour le scrutin de mai prochain, deux formations ont installé en N° 1 deux penseurs qui se piquent de philosophie ou pour le moins l’enseignent : Les Républicains et Urgence Écologie.

Ajoutons que la liste Parti Socialiste-Place publique a mis à sa tête un essayiste fils de philosophe et que La France Insoumise a placé en 12e un agrégé de philo qui officie comme… garde du corps du leader de la formation — l’union de Kant et du karaté !

Fignolons en précisant que la signature de ces contestataires de salon, LFI, est le phi grec —φ —, première lettre de φιλοσοφία , philosophie dans la langue de Socrate et Platon, composée de φιλεῖνphilein : aimer ; et de σοφίαsophia : sagesse ou savoir). 

Dans À la recherche du temps perdu, il n’y a qu’une poignée de philosophes (43 occurrences du nom) explicitement cités — dans l’ordre : Proudhon, Épicure, Leibniz, Kant — sans oublier un personnage, certes fictif, compatriote de Ludvig Holberg (1684-1754), Anatol Aal (1867-1943) et Arne Næss (1912-2009), éminents philosophes norvégiens.

Celui de Proust n’a pas de nom, est métaphysicien, fréquente MM. Boutroux et Bergson et dîne chez les Verdurin.

Quant au Héros, ado, il se prépare à entrer au collège « dans la classe appelée Philosophie » (I). Lui et Brichot savent « parler » de philosophie (II et I) ; Elstir est « ce philosophe à la conversation magnifique » (II) ; la grand’mère du Héros a acheté « de nombreuses lettres autographes de ce philosophe », Proudhon, et les donne à Saint-Loup qui en est un « grand admirateur » (II).

L’ambassadrice de Turquie est un vrai Pic de la Mirandole qui ne peu être mise en faute « sur les plus récents travaux allemands, qu’ils traitassent d’économie politique, des vésanies, des diverses formes de l’onanisme, ou de la philosophie d’Épicure. » (III)

Mme de Cambremer trouve que le philosophe Leibniz n’est « pas assez moderne » à son  goût ; (IV)

*[Brichot :] Moi-même qui, sans nulle vantardise, ai commenté pour mes élèves, en toute innocence, la philosophie du prénommé Emmanuel Kant, je ne vois aucune indication précise, pour le cas de casuistique mondaine devant lequel je suis placé, dans cette Critique de la Raison pratique où le grand défroqué du protestantisme platonisa, à la mode de Germanie, pour une Allemagne préhistoriquement sentimentale et aulique, à toutes fins utiles d’un mysticisme poméranien. C’est encore le Banquet, mais donné cette fois à Koenigsberg, à la façon de là-bas, indigeste et chaste, avec choucroute, et sans gigolos. (V)

Le penseur des fjords, enfin, apparaît dans Sodome et Gomorrhe.

*À ce moment le repas fut interrompu par un convive que j’ai oublié de citer, un illustre philosophe norvégien, qui parlait le français très bien mais très lentement, pour la double raison, d’abord que, l’ayant appris depuis peu et ne voulant pas faire de fautes (il en faisait pourtant quelques-unes), il se reportait pour chaque mot à une sorte de dictionnaire intérieur ; ensuite parce qu’en tant que métaphysicien, il pensait toujours ce qu’il voulait dire pendant qu’il le disait, ce qui, même chez un Français, est une cause de lenteur. (IV)

Longue vie aux philosophes !

Parole de proustiste…

Patrice Louis


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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