Maudit « C’est »

Maudit « C’est »

Une confidence linguistique — j’y ai bien droit depuis le temps que je m’adresse à vous — : J’évite le plus possible deux verbes et un nom que je tiens en piètre estime à cause de leur fadeur : « faire », « dire » et « chose ».

De même, autant que faire se peut (il va sans dire), je fuis les phrases commençant par « C’est » — l’association pronom + auxiliaire est sans doute le début le plus fréquent chez les journalistes. Sa banalité me désole.

Qu’en est-il dans À la recherche du temps perdu ?

Il est 584 phrases commençant ainsi. C’est relativement peu, sachant qu’au total Proust en a écrit plus de trente mille dans cette œuvre.

Le premier de ces « C’est », dès la première page : C’est l’instant où le malade, qui a été obligé de partir en voyage et a dû coucher dans un hôtel inconnu, réveillé par une crise, se réjouit en apercevant sous la porte une raie de jour. I

Le dernier : C’est donc que ce tintement y était toujours et aussi, entre lui et l’instant présent, tout ce passé indéfiniment déroulé que je ne savais pas que je portais. VII

Ma recherche m’a conduit à 260 début « C’était »…

N° 1 : C’était la Mare au Diable, François le Champi, la Petite Fadette et les Maîtres Sonneurs. I

… 26 « Ce fut »… :

N° 1 : Ce fut en dormant, dans le crépuscule d’un rêve. I

…. 12 « Ce sera »…

N° 1 : [Ma tante :] Ce sera ça. I

… et 14 « Ce serait ».

N° 1 : [Mon père :] Ce serait ridicule. » I

Maudissez « C’est » !

Parole de proustiste…

Patrice Louis


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

Has one comment to “Maudit « C’est »”

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  1. C’est une excellente idée !!!!

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