Surnoms et sobriquets

Surnoms et sobriquets

 

Tout le monde a un nom, un prénom (familièrement « petit nom »), un surnom n’est pas universel…

Si certains sont dits hypocoristiques, réduisant le nom, d’autres le rallongent.

Dans la Recherche, ils sont quatre avec plusieurs mots, voire une phrase entière.

Mme Poussin : « Tu m’en diras des nouvelles », avertissement à ses filles d’une menace d’un mal ;

Octave (le gommeux de Balbec) : « Dans les choux » ou «  je suis dans les choux », formule d’après défaite au golf ;

Un cousin du Héros : « Ni fleurs ni couronnes », car assidu au chevets des mourants ;

Rachel, pour le Héros : « Quand du Seigneur », extrait de La Juive, opéra (1835) de Jacques-Fromentin Halévy, livret d’Eugène Scribe. Dans l’acte IV, Éléazar chante :

Rachel, quand du Seigneur

La grâce tutélaire

À mes tremblantes mains confia ton berceau,

J’avais à ton bonheur

Voué ma vie entière

Et c’est moi qui te livre au bourreau !

 

Les diminutifs, eux, sont légion.

Marie-Hedwige de Guermantes-Bavière, princesse de Guermantes, appelée Marie-Gilbert : Gnangnan, pour la duchesse de Guermantes ; Palamède de Guermantes : Mémé ; Robert de Saint-Loup : Bobette, pour Morel, Bobbey, pour Rachel, appelée Zézette ; le prince d’Agrigente : Gri-Gri ; Mme d’Arpajon : Phili ; le marquis Hannibal de Bréauté-Consalvi : Babal ; le marquis de Cambremer : Cancan : Montesquiou : Quiou-Quiou ; le marquis Amanien d’Osmond : Mama ; la marquise de la Pommelière : La Pomme ; un La Rochefoucauld : Edouard Coco, pour le duc de Guermantes ; un membre d’une coterie qui doit épouser Mlle d’Ambresac : Bibi.

Le roi d’Espagne est Fonfonse et celui de Grèce Tino pour le maître d’hôtel du Héros ; l’épouse de l’empereur Guillaume est la Guillaumesse pour Françoise.

Le prince de Faffenheim-Munsterburg-Weinigen est raccourci en prince Von. Il est vrai que son patronyme est long comme un jour sans pain ! Pour la même raison, le sculpteur Viradobetski est réduit en Ski par le clan Verdurin.

 

Albertine : Titine pour Andrée ; Brichot : Chochotte pour le milieu Verdurin ; Le Héros : Ploumissou, pour Céleste Albaret ; M. Paléologue, ambassadeur à Pétersbourg : « Paléo pour le monde diplomatique qui a ses abréviations prétendues spirituelles comme l’autre ».

 

D’autres surnoms : le baron de Charlus : Taquin le Superbe, selon un mot d’Oriane, la Couturière, vers la fin, Frau Bosch, Frau von den Bosch, pendant la guerre ; Mme d’Hunolstein : Petite, parce qu’elle est « énorme » ; la comtesse de Montpeyroux, Petite aussi, parce qu’elle est « d’une énorme grosseur » : Petite ; la vicomtesse de Vélude : Mignonne ; Mme de l’Éclin : Ventre affamé ; Mme de Gallardon : Gallardonette ; Elstir, Biche ou Tiche, pour le petit noyau.

 

Swann, qui est surnommé « le Cousin Bête » par des cousines appelle la fille de cuisine de Françoise La Charité de Giotto, et son cocher Rémi, Lorédan pour sa ressemblance avec un personnage de Rizzo.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 

Les extraits

Mme Poussin

*[Ma mère] eut la mauvaise chance, dans un de ces pèlerinages où elle ne voulait pas être troublée, de rencontrer sur la plage une dame de Combray, suivie de ses filles. Je crois que son nom était Mme Poussin. Mais nous ne l’appelions jamais entre nous que « Tu m’en diras des nouvelles », car c’est par cette phrase perpétuellement répétée qu’elle avertissait ses filles des maux qu’elles se préparaient, par exemple en disant à l’une qui se frottait les yeux : « Quand tu auras une bonne ophtalmie, tu m’en diras des nouvelles. » Elle adressa de loin à maman de longs saluts éplorés, non en signe de condoléance, mais par genre d’éducation. Elle eût fait de même si nous n’eussions pas perdu ma grand’mère et n’eussions eu que des raisons d’être heureux. Vivant assez retirée à Combray, dans un immense jardin, elle ne trouvait jamais rien assez doux et faisait subir des adoucissements aux mots et aux noms mêmes de la langue française. Elle trouvait trop dur d’appeler « cuiller » la pièce d’argenterie qui versait ses sirops, et disait en conséquence « cueiller » ; elle eût eu peur de brusquer le doux chantre de Télémaque en l’appelant rudement Fénelon — comme je faisais moi-même en connaissance de cause, ayant pour ami le plus cher l’être le plus intelligent, bon et brave, inoubliable à tous ceux qui l’ont connu, Bertrand de Fénelon — et elle ne disait jamais que « Fénélon » trouvant que l’accent aigu ajoutait quelque mollesse. Le gendre, moins doux, de cette Mme Poussin, et duquel j’ai oublié le nom, étant notaire à Combray, emporta la caisse et fit perdre à mon oncle, notamment, une assez forte somme. Mais la plupart des gens de Combray étaient si bien avec les autres membres de la famille qu’il n’en résulta aucun froid et qu’on se contenta de plaindre Mme Poussin. Elle ne recevait pas, mais chaque fois qu’on passait devant sa grille on s’arrêtait à admirer ses ombrages, sans pouvoir distinguer autre chose. Elle ne nous gêna guère à Balbec où je ne la rencontrai qu’une fois, à un moment où elle disait à sa fille en train de se ronger les ongles : « Quand tu auras un bon panaris, tu m’en diras des nouvelles. » IV

 

Octave

* Un jeune homme aux traits réguliers, qui tenait à la main des raquettes, s’approcha de nous. C’était le joueur de baccara dont les folies indignaient tant la femme du premier président. D’un air froid, impassible, en lequel il se figurait évidemment que consistait la distinction suprême, il dit bonjour à Albertine. « Vous venez du golf, Octave ? lui demanda-t-elle. Ça a-t-il bien marché ? étiez-vous en forme ? — Oh ! ça me dégoûte, je suis dans les choux, répondit-il. —Est-ce qu’Andrée y était ? — Oui, elle a fait soixante-dix-sept. — Oh ! mais c’est un record. — J’avais fait quatre-vingt-deux hier. » Il était le fils d’un très riche industriel qui devait jouer un rôle assez important dans l’organisation de la prochaine Exposition Universelle. Je fus frappé à quel point chez ce jeune homme et les autres très rares amis masculins de ces jeunes filles la connaissance de tout ce qui était vêtements, manière de les porter, cigares, boissons anglaises, chevaux, — et qu’il possédait jusque dans ses moindres détails avec une infaillibilité orgueilleuse qui atteignait à la silencieuse modestie du savant — s’était développée isolément sans être accompagnée de la moindre culture intellectuelle. Il n’avait aucune hésitation sur l’opportunité du smoking ou du pyjama, mais ne se doutait pas du cas où on peut ou non employer tel mot, même des règles les plus simples du français. Cette disparité entre les deux cultures devait être la même chez son père, président du Syndicat des propriétaires de Balbec, car dans une lettre ouverte aux électeurs, qu’il venait de faire afficher sur tous les murs, il disait : « J’ai voulu voir le maire pour lui en causer, il n’a pas voulu écouter mes justes griefs. » Octave obtenait, au Casino, des prix dans tous les concours de boston, de tango, etc., ce qui lui ferait faire s’il le voulait un joli mariage dans ce milieu des « bains de mer » où ce n’est pas au figuré mais au propre que les jeunes filles épousent leur « danseur ». Il alluma un cigare en disant à Albertine : « Vous permettez », comme on demande l’autorisation de terminer tout en causant un travail pressé. Car il ne pouvait jamais « rester sans rien faire », quoique il ne fît d’ailleurs jamais rien. Et comme l’inactivité complète finit par avoir les mêmes effets que le travail exagéré, aussi bien dans le domaine moral que dans la vie du corps et des muscles, la constante nullité intellectuelle qui habitait sous le front songeur d’Octave avait fini par lui donner malgré son air calme, d’inefficaces démangeaisons de penser qui la nuit l’empêchaient de dormir, comme il aurait pu arriver à un métaphysicien surmené.

Pensant que si je connaissais leurs amis j’aurais plus d’occasions de voir ces jeunes filles, j’avais été sur le point de demander à lui être présenté. Je le dis à Albertine, dès qu’il fut parti en répétant : « Je suis dans les choux. » Je pensais lui inculquer ainsi l’idée de le faire la prochaine fois. « Mais voyons, s’écria-t-elle, je ne peux pas vous présenter à un gigolo ! Ici ça pullule de gigolos. Mais ils ne pourraient pas causer avec vous. Celui-ci joue très bien au golf, un point c’est tout. Je m’y connais, il ne serait pas du tout votre genre. II

*« On parle beaucoup des Verdurin depuis quelque temps », disait Mme de Souvré. Odette, avec un dédain souriant de duchesse, répondait : « Mais oui, il me semble en effet qu’on en parle beaucoup. De temps en temps il y a comme cela des gens nouveaux qui arrivent dans la société », sans penser qu’elle était elle-même une des plus nouvelles. « La princesse de Caprarola y a dîné, reprit Mme de Souvré. — Ah ! répondit Odette en accentuant son sourire, cela ne m’étonne pas. C’est toujours par la princesse de Caprarola que ces choses-là commencent, et puis il en vient une autre, par exemple la comtesse Molé. » Odette, en disant cela, avait l’air d’avoir un profond dédain pour les deux grandes dames qui avaient l’habitude d’essuyer les plâtres dans les salons nouvellement ouverts. On sentait à son ton que cela voulait dire qu’elle, Odette, comme Mme de Souvré, on ne réussirait pas à les embarquer dans ces galères-là.

Après l’aveu qu’avait fait Mme Verdurin de l’intelligence de la princesse de Caprarola, le second signe que les Verdurin avaient conscience du destin futur était que (sans l’avoir formellement demandé, bien entendu) ils souhaitaient vivement qu’on vînt maintenant dîner chez eux en habit du soir ; M. Verdurin eût pu maintenant être salué sans honte par son neveu, celui qui était « dans les choux ». IV

*J’écrivis à Andrée de revenir. Elle ne le put qu’une semaine plus tard. Presque dès le début de sa visite, je lui dis : « En somme, puisque vous prétendez qu’Albertine ne faisait plus ce genre de choses quand elle vivait ici, d’après vous, c’est pour les faire plus librement qu’elle m’a quitté, mais pour quelle amie ? — Sûrement pas, ce n’est pas du tout pour cela. — Alors parce que j’étais trop désagréable ? — Non, je ne crois pas. Je crois qu’elle a été forcée de vous quitter par sa tante qui avait des vues pour elle sur cette canaille, vous savez, ce jeune homme que vous appeliez « je suis dans les choux », ce jeune homme qui aimait Albertine et l’avait demandée. Voyant que vous ne l’épousiez pas, ils ont eu peur que la prolongation choquante de son séjour chez vous n’empêchât ce jeune homme de l’épouser. Mme Bontemps, sur qui le jeune homme ne cessait de faire agir, a rappelé Albertine. Albertine, au fond, avait besoin de son oncle et de sa tante et quand elle a su qu’on lui mettait le marché en mains, elle vous a quitté. »

*«Vous savez bien, Andrée, qu’Albertine avait toujours dit que l’amie de Mlle Vinteuil était, en effet, pour elle une mère, une sœur. — Mais vous avez mal compris ce billet. La personne que Mme Verdurin voulait ce jour-là faire rencontrer chez elle avec Albertine, ce n’était pas du tout l’amie de Mlle Vinteuil, c’était le fiancé « je suis dans les choux », et le sentiment familial est celui que Mme Verdurin portait à cette crapule qui est, en effet, son neveu. VI

*Une des étoiles du salon était « Dans les choux », qui malgré ses goûts sportifs s’était fait réformer. Il était devenu tellement pour moi l’auteur d’une œuvre admirable à laquelle je pensais constamment que ce n’est que par hasard quand j’établissais un courant transversal entre deux séries de souvenirs que je songeais qu’il était celui qui avait amené le départ d’Albertine de chez moi. Et encore ce courant transversal aboutissait en ce qui concernait ces reliques de souvenirs d’Albertine à une voie s’arrêtant en pleine friche à plusieurs années de distance. Car je ne pensais plus jamais à elle. C’était une voie non fréquentée de souvenirs, une ligne que je n’empruntais plus. Tandis que les œuvres de « Dans les choux » étaient récentes et cette ligne de souvenirs perpétuellement fréquentée et utilisée par mon esprit. VII

 

Rachel

*La patronne de cette maison ne connaissait aucune des femmes qu’on lui demandait et en proposait toujours dont on n’aurait pas voulu. Elle m’en vantait surtout une, une dont, avec un sourire plein de promesses (comme si ç’avait été une rareté et un régal), elle disait : « C’est une Juive! Ça ne vous dit rien ? » (C’est sans doute à cause de cela qu’elle l’appelait Rachel.) Et avec une exaltation niaise et factice qu’elle espérait être communicative, et qui finissait sur un râle presque de jouissance : « Pensez donc mon petit, une juive, il me semble que ça doit être affolant ! Rah ! » Cette Rachel, que j’aperçus sans qu’elle me vît, était brune, pas jolie, mais avait l’air intelligent, et non sans passer un bout de langue sur ses lèvres, souriait d’un air plein d’impertinence aux michés qu’on lui présentait et que j’entendais entamer la conversation avec elle. Son mince et étroit visage était entouré de cheveux noirs et frisés, irréguliers comme s’ils avaient été indiqués par des hachures dans un lavis, à l’encre de Chine. Chaque fois je promettais à la patronne qui me la proposait avec une insistance particulière en vantant sa grande intelligence et son instruction que je ne manquerais pas un jour de venir tout exprès pour faire la connaissance de Rachel surnommée par moi «Rachel quand du Seigneur». Mais le premier soir j’avais entendu celle-ci au moment où elle s’en allait, dire à la patronne :

— Alors c’est entendu, demain je suis libre, si vous avez quelqu’un, vous n’oublierez pas de me faire chercher.

Et ces mots m’avaient empêché de voir en elle une personne parce qu’ils me l’avaient fait classer immédiatement dans une catégorie générale de femmes dont l’habitude commune à toutes était de venir là le soir voir s’il n’y avait pas un louis ou deux à gagner. Elle variait seulement la forme de sa phrase en disant : « si vous avez besoin de moi », ou « si vous avez besoin de quelqu’un ».

La patronne qui ne connaissait pas l’opéra d’Halévy ignorait pourquoi j’avais pris l’habitude de dire : « Rachel quand du Seigneur ». Mais ne pas la comprendre n’a jamais fait trouver une plaisanterie moins drôle et c’est chaque fois en riant de tout son cœur qu’elle me disait :

— Alors, ce n’est pas encore pour ce soir que je vous unis à « Rachel quand du Seigneur » ? Comment dites-vous cela : « Rachel quand du Seigneur ! » Ah ! ça c’est très bien trouvé. II Je vais vous fiancer. Vous verrez que vous ne le regretterez pas.

 

Un cousin

*Depuis plusieurs nuits mon père, mon grand-père, un de nos cousins veillaient et ne sortaient plus de la maison. Leur dévouement continu finissait par prendre un masque d’indifférence, et l’interminable oisiveté autour de cette agonie leur faisait tenir ces mêmes propos qui sont inséparables d’un séjour prolongé dans un wagon de chemin de fer. D’ailleurs, ce cousin (le neveu de ma grand’tante) excitait chez moi autant d’antipathie qu’il méritait et obtenait généralement d’estime.

On le «trouvait» toujours dans les circonstances graves, et il était si assidu auprès des mourants que les familles, prétendant qu’il était délicat de santé, malgré son apparence robuste, sa voix de basse-taille et sa barbe de sapeur, le conjuraient toujours avec les périphrases d’usage de ne pas venir à l’enterrement. Je savais d’avance que maman, qui pensait aux autres au milieu de la plus immense douleur, lui dirait sous une tout autre forme ce qu’il avait l’habitude de s’entendre toujours dire :

— Promettez-moi que vous ne viendrez pas «demain». Faites-le pour « elle ». Au moins n’allez pas «là-bas». Elle vous avait demandé de ne pas venir.

Rien n’y faisait ; il était toujours le premier à la «maison», à cause de quoi on lui avait donné, dans un autre milieu, le surnom, que nous ignorions, de « ni fleurs ni couronnes ». Et avant d’aller à « tout », il avait toujours « pensé à tout », ce qui lui valait ces mots : « Vous, on ne vous dit pas merci. »

— Quoi ? demanda d’une voix forte mon grand-père qui était devenu un peu sourd et qui n’avait pas entendu quelque chose que mon cousin venait de dire à mon père.

— Rien, répondit le cousin. Je disais seulement que j’avais reçu ce matin une lettre de Combray où il fait un temps épouvantable et ici un soleil trop chaud.

— Et pourtant le baromètre est très bas, dit mon père.

— Où ça dites-vous qu’il fait mauvais temps ? demanda mon grand-père.

— À Combray.

— Ah! cela ne m’étonne pas, chaque fois qu’il fait mauvais ici il fait beau à Combray, et vice versa. Mon Dieu! vous parlez de Combray : a-t-on pensé à prévenir Legrandin ?

— Oui, ne vous tourmentez pas, c’est fait, dit mon cousin dont les joues bronzées par une barbe trop forte sourirent imperceptiblement de la satisfaction d’y avoir pensé. III

 

Sobriquet

*[Saint-Loup] Au Jockey, il avait avec quelques amis désigné deux cents membres qu’ils ne se laisseraient jamais présenter. Et chez le comte de Paris il était connu sous le sobriquet du « Prince » à cause de son élégance et de sa fierté. II

*le duc de Guermantes avait connu aux eaux trois charmantes dames (une princesse italienne et ses deux belles-sœurs). En les entendant dire quelques mots sur les livres qu’elles lisaient, sur une pièce qu’on jouait au Casino, le duc avait tout de suite compris qu’il avait affaire à des femmes d’une intellectualité supérieure et avec lesquelles, comme il le disait, il n’était pas de force. Il n’en avait été que plus heureux d’être invité à jouer au bridge par la princesse. Mais à peine arrivé chez elle, comme il lui disait, dans la ferveur de son antidreyfusisme sans nuances : « Hé bien, on ne nous parle plus de la révision du fameux Dreyfus», sa stupéfaction avait été grande d’entendre la princesse et ses belles-sœurs dire : « On n’en a jamais été si près. On ne peut pas retenir au bagne quelqu’un qui n’a rien fait. — Ah ? Ah ? », avait d’abord balbutié le duc, comme à la découverte d’un sobriquet bizarre qui eût été en usage dans cette maison pour tourner en ridicule quelqu’un qu’il avait cru jusque-là intelligent. Mais au bout de quelques jours, comme, par lâcheté et esprit d’imitation, on crie : « Eh ! là, Jojotte », sans savoir pourquoi, à un grand artiste qu’on entend appeler ainsi, dans cette maison, le duc, encore tout gêné par la coutume nouvelle, disait cependant : « En effet, s’il n’y a rien contre lui ! » Les trois charmantes dames trouvaient qu’il n’allait pas assez vite et le rudoyaient un peu : « Mais, au fond, personne d’intelligent n’a pu croire qu’il y eût rien. » IV

 

 

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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