Si j’étais l’Intermarché d’Illiers-Combray…

Si j’étais l’Intermarché d’Illiers-Combray…

 

Oui, si…

Le temps du Printemps Proustien, je modifierais l’enseigne du magasin pour en faire un « Intermarcel » ;

 

Je mettrais en valeur le buste de Marcel Proust en le faisant inaugurer officiellement ;

 

Je distribuerais gratuitement des sacs avec la photo de l’écrivain et l’offrirais avec un sachet de madeleines aux personnalités annoncées ;

 

J’aménagerais le coin lecture autour d’À la recherche du temps perdu ;

 

J’afficherais des panneaux de produits du magasin associés à des repas à Combray :

*Madeleines — Et tout d’un coup le souvenir m’est apparu. Ce goût celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l’heure de la messe), quand j’allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m’offrait après l’avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul.

 

Œufs à la crème — « Vous n’oublierez pas au moins de me donner mes œufs à la crème dans une assiette plate ? »

 

*Tarte — J’ai vu le petit de chez Galopin qui passait avec une tarte ! Vous verrez que la tarte allait chez Mme Goupil.

 

*Brioche — Quand après la messe, on entrait dire à Théodore d’apporter une brioche plus grosse que d’habitude parce que nos cousins avaient profité du beau temps pour venir de Thiberzy déjeuner avec nous, on avait devant soi le clocher

*Pain au chocolat — C’était l’heure du goûter. Avant de repartir nous restions longtemps à manger des fruits, du pain et du chocolat, sur l’herbe

 

*Asperges — Comment, Françoise, encore des asperges ! mais c’est une vraie maladie d’asperges que vous avez cette année, vous allez en fatiguer nos Parisiens !

— Mais non, madame Octave, ils aiment bien ça. Ils rentreront de l’église avec de l’appétit et vous verrez qu’ils ne les mangeront pas avec le dos de la cuiller.

 

*Poulet rôti — Françoise tournait à la broche un de ces poulets, comme elle seule savait en rôtir, qui avaient porté loin dans Combray l’odeur de ses mérites, et qui pendant qu’elle nous les servait à table, faisaient prédominer la douceur dans ma conception spéciale de son caractère, l’arôme de cette chair qu’elle savait rendre si onctueuse et si tendre n’étant pour moi que le propre parfum d’une de ses vertus.

 

*Veau — « Si vous leur faisiez un beau morceau de veau, comme c’est samedi. »

 

*Langouste — Maman demandait à mon père s’il avait trouvé la langouste bonne

 

*Cognac — Quand ces tours de jardin de ma grand’mère avaient lieu après dîner, une chose avait le pouvoir de la faire rentrer : c’était, à un des moments où la révolution de sa promenade la ramenait périodiquement, comme un insecte, en face des lumières du petit salon où les liqueurs étaient servies sur la table à jeu, — si ma grand’tante lui criait : « Bathilde ! viens donc empêcher ton mari de boire du cognac ! »

 

*Asti — Elles furent plus intéressées quand la veille du jour où Swann devait venir dîner, et leur avait personnellement envoyé une caisse de vin d’Asti, ma tante, tenant un numéro du Figaro où à côté du nom d’un tableau qui était à une Exposition de Corot, il y avait ces mots : « de la collection de M. Charles Swann », nous dit : «Vous avez vu que Swann a « les honneurs » du Figaro ?

 

Je mettrais en avant mon adresse en l’exhibant fièrement sur un panneau indicateur : 48, avenue Marcel-Proust.

 

Ah, si… Mais de l’Intermarché d’Illiers-Combray, je ne suis qu’un client.

(Photos PL)

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

3 comments to “Si j’étais l’Intermarché d’Illiers-Combray…”

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  1. … Et puis, franchement, les nourritures évoquées par Proust, de la langouste en passant par le poulet et les asperges, devaient avoir une saveur et une qualité bien supérieures aux produits industriels vendus aujourd’hui par la grande distribution. Je me suis souvent fait la réflexion, à propos de la scène où Françoise poursuit sa volaille et l’insulte post-mortem, qu’on attribue à la vieille servante un sadisme revanchard. Mais que dire du sadisme contemporain qui, pour aligner de la « volaille française » (vous remarquerez qu’elle est étiquetée « rayon charcuterie »…) à 6 euros 80 dans les tristes rayons, conçoit des systèmes de vie concentrationnaires pour ces animaux ? J’arrête là, parce que votre billet était si léger et aimable que je m’en voudrais de trop l’alourdir sur ce sujet. Mais enfin, en lisant Proust, l’eau vous vient à la bouche. En parcourant les supermarchés derrière nos tristes chariots, par contre…

  2. mais avec ces asperges en bocaux qu’il n’est même pas nécessaire de plumer (et qui sont moins grosses d’ailleurs que celles de chez Monsieur le curé)Françoise ne va même pas avoir le plaisir de contraindre la fille de cuisine à effectuer une tâche qui l’incommode.

  3. Savoureuse suggestion à votre Intermarché…peut-être vous entendra t’il ?

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