La grue du clocher

La grue du clocher

 

Marcel Proust n’a que faire d’engins de levage… S’il cite des grues dans À la recherche du temps perdu, ce sont essentiellement des femmes peu farouches.

 

La première des vingt-neuf occurrences concerne la maîtresse de Robert de Saint-Loup fustigée par « des hommes légers du faubourg Saint-Germain » :

*« Les grues font leur métier, disait-on, elles valent autant que d’autres ; mais celle-là, non! Nous ne lui pardonnerons pas! Elle a fait trop de mal à quelqu’un que nous aimons. » II

 

Suivent « des petites grues du peuple », « le pied de grue », « une ancienne grue » (Mme Swann selon Robert), l’insulte « grand pied de grue » proférée par Morel, « de vieilles grues »…

 

Ajoutez une trentième qui désigne l’oiseau échassier dans le pastiche du Journal des Goncourt : « par l’aurore d’un vol de martins-pêcheurs et de grues » ; et « mille coquecigrues » dans une lettre de Mme de Sévigné — mélange dû à Rabelais pour désigner un animal imaginaire et burlesque, une chimère née d’un coq, d’une cigogne et d’une grue.

 

Rien de tout cela illustré dans cette chronique, mais une grue élévatrice avec sa nacelle pour nettoyer le clocher de l’église d’Illiers-Combray.

(Photo PL)

 

Photo prise mardi. Hasard du calendrier, il y a 29 ans et un jour, le 8 février 1990, le clocher de Saint-Jacques (Saint-Hilaire dans la Recherche), était déposé pour travaux. Photos de Jacques Guillard, alors maire, exposées actuellement dans l’église :

 

Le clocher joue-t-il plus sec depuis ? Seule la grand’mère du roman aurait la réponse.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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  1. Pensez-vous, Patrice, qu’encore de nos jours il existe à Illiers-Combray quelqu’un qui, à l’instar de la « grand’mère » du roman, soit à même de sourire « amicalement aux vieilles pierres usées dont le couchant n’éclairait plus que le faîte et qui, à partir du moment où elles entraient dans cette zone ensoleillée, adoucies par la lumière, paraissaient tout d’un coup montées bien plus haut, lointaines, comme un chant repris « en voix de tête » une octave au-dessus » ?

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