Georges Perec a une petite sœur

Georges Perec a une petite sœur

 

Certes, l’oulipien verbicruciste était fils unique, titi de Belleville, et la cadette, chirurgien-dentiste de Rennes, ne revendique cette parenté que par le cœur et les lettres. D’ailleurs, elle ne réclame rien et c’est le blogueur qui l’estime ainsi en découvrant son ode à la lecture.

 

Rien de plus touchant que le livre de Catherine Totel, Je me souviens de Marcel et de quelques autres… (10 €, Collection le parc, http//collectionleparc.123).

 

En une centaine de pages, la dame, croisée et recroisée lors d’événements proustiens, clame son amour des livres, des auteurs mais aussi des peintres, y joignant au passage sa reconnaissance envers les enseignants.

 

Dans son avant-propos, Catherine Totel explique sa démarche : « Souvent je me suis demandé à quoi ressemblerait mon existence si je n’avais pas les livres comme compagnons de voyage. Et, c’est alors toujours la même solitude qui m’étreint ; une route vide, terrible et résignée s’ouvre devant moi. Ainsi, comme l’a dit Fernando Pessoa, la vie ne suffit pas, il faut les livres. »

 

Sur le modèle des « Je me souviens » de Perec — procédé qui peut être agaçant mais se révèle attachant ici —, l’auteure, chirurgien-dentiste en Bretagne livre des centaines et des centaines de brèves réminiscences, en commençant par Proust, le plus nommé :

« Je me souviens que j’ai lu pour la première fois La Recherche relativement tard, après avoir engrangé les œuvres de tous ceux qui m’ont préparée à la recevoir. C’était sur l’île de Ré. Depuis Marcel ne m’a plus jamais quittée. Ma maladie proustienne « n’est plus opérable ».

 

Voici, grappillées au fil des pages, ce que l’on pourrait aussi nommer les Madeleines de Catherine :

« Je me souviens du silence feutré, du silence respectueux, du silence plein d’intelligence qui me ravissait dans les librairies ou les bibliothèques.

Je me souviens du grand galop pour lire certains livres, puis du trot, puis du pas pour ne pas les finir trop vite.

Je me souviens du délice de la première page, comme d’un nouveau voyage.

Je me souviens qu’il doit être bien triste de mourir avant la fin d’un livre. »

 

Et cette dernière, choisie elle aussi hors des nombreuses évocations d’auteurs précis :

« Je ne me souviens pas de m’être un jour endormie sans avoir lu. »

Ce recueil personnel a sa part d’universel et c’est un régal de le lire. Sincèrement.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

PS : Je ne me souviens pas de la page où Catherine Totel parle de moi, mais je me souviens que c’est très gentil.

 

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

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