Pleurer le saule pleureur

Pleurer le saule pleureur

 

Il était si beau !

 

Inconsolable en toutes saisons, cet arbre versait des larmes dans sa prairie longeant le Loir entre le viaduc et le gué Bellerin, à Illiers-Combray.

 

Ses pleurs étaient si abondants qu’ils pouvaient même inonder son domaine.

(Photos PL)

 

Sanglots ! Nous ne verrons plus les longues branches-lianes pendantes de ce Salix babylonica, de la famille des Salicacées. Il vient d’être scié.

(Photos PL)

 

On aura beau m’expliquer qu’il y a des raisons de supprimer des arbres, mais je commence à m’interroger sur cette malédiction qui les fait disparaître à Illiers-Combray sur ordre de scieurs en tous genres et me chagrine.

 

Il ne me reste qu’à relire les cinq passages d’À la recherche du temps perdu où Proust évoque les saules, mais aucun n’est pleureur. L’écrivain était sans doute trop émotif…

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 

Les extraits

*[Mme de Guermantes] Certes déjà, dans l’église de Combray, elle m’était apparue dans l’éclair d’une métamorphose avec des joues irréductibles, impénétrables à la couleur du nom de Guermantes, et des après-midi au bord de la Vivonne, à la place de mon rêve foudroyé, comme un cygne ou un saule en lequel a été changé un Dieu ou une nymphe et qui désormais soumis aux lois de la nature glissera dans l’eau ou sera agité par le vent. III

*[Le pays de la fille de Françoise] Tel était, en dehors de beaucoup d’honnêteté et, quand ils parlaient, d’une sourde obstination à ne pas se laisser interrompre, à reprendre vingt fois là où ils en étaient si on les interrompait, ce qui finissait par donner à leurs propos la solidité inébranlable d’une fugue de Bach, le caractère des habitants dans ce petit pays qui n’en comptait pas cinq cents et que bordaient ses châtaigniers, ses saules, ses champs de pommes de terre et de betteraves. IV

*Le pays de la mère de Françoise, en pente et descendant à un ravin, était fréquenté par les saules. IV

*[Le directeur du Grand-Hôtel au Héros :] on pourrait vous faire frire une petite sole. » Je refusai le tout, mais fus surpris d’entendre le nom du poisson (la sole) être prononcé comme l’arbre le saule, par un homme qui avait dû en commander tant dans sa vie. IV

*[Brichot :] Un de nos pères conscrits s’appelle M. de Saulces de Freycinet, ce qui signifie, sauf erreur, lieu planté de saules et de frênes, salix et fraxinetum ; IV

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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  1. Quelle tristesse en effet ! A quand la disparition des aubepines,déjà commencée d’ailleurs puisque la haie en est dépourvue. Plusieurs espèces végétales du Pré Catelan seraient menacées, d’après les dires de connaisseurs.

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