Le fou de Proust n’est pas une référence

Le fou de Proust n’est pas une référence

 

Une petite mise au point…

 

Un proustien belge, enseignant à la retraite et passionné par l’Égypte antique, m’a contacté récemment. Dans un de ses courriels, il m’interpellait ainsi :

 

« Je constate sans étonnement aucun que vous disposez de La Recherche en « Pléiade » à laquelle, que ce soit dans la première publication de Clarac et Ferré en 1954 ou dans la dernière en date de Tadié en 1987, tous les érudits écrivant à propos de Marcel Proust font peu ou  prou référence.

 

D’après la réponse que vous m’aviez précédemment fournie, ce n’est en fonction d’aucune de ces éditions-là que vous apposez un chiffre romain à la fin des extraits que vous proposez sur votre blog.

 

D’où ma question, triple en vérité : à quelle édition vous référez-vous exactement et pour quelle raison vous démarquez-vous de l’ensemble de vos collègues se penchant sur l’œuvre proustienne ?

Et pourquoi, aux fins de faciliter les recherches de vos lecteurs, n’y ajoutez-vous pas une numérotation de page ainsi que cela se fait régulièrement ?

 

À bientôt vous lire. »

 

Voici ma réponse :

 

Je ne lis Proust que dans la Pléiade en trois tomes de 1954.

Quant à mes lecteurs, j’espère qu’ils ne se limitent pas à cette édition d’« érudits », qu’il y en a davantage possédant des éditions populaires.

 

Si je me contente d’indiquer à la fin des extraits et citations que je présente dans mes chroniques un seul chiffre romain (de I à VII, correspondants aux parties de la Recherche), c’est parce que, précisément, je suis un « irrégulier ». Je trouve même que c’est déjà méritoire ! Dans mes écrits, je ne suis tenu par aucune obligation. Je suis dispensé de tout cahier des charges m’imposant de citer mes sources avec minutie.

(Exemples : jouer comme Chopin était loin d’être une référence pour la sœur de Legrandin, laquelle ne méprisait personne autant que le musicien polonais. Sodome et Gomorrhe, À la recherche du temps perdu, Bibliothèque de la Pléiade, Éditions Gallimard, dépôt légal : novembre 1982, premier dépôt légal : 1954), édition établie et présentée par Pierre Clarac et André Ferré, tome II, p. 814 ; Et comme si ces références ne suffisaient pas, il tâchait d’ajouter quelques « citations ». Le Temps retrouvé, op. cité., tome III, p. 817)

 

Au sein de mon Internationale proustienne, je n’ai aucun préféré, je n’éprouve aucune fascination pour les proustologues patentés, je me moque des chercheurs et me garde bien de revendiquer la moindre légitimité. Je ne prétends détenir aucun docte savoir et n’aspire à aucune récompense. Je veux bien me reconnaître amateur éclairé — ni plus ni moins. Tout ce que je propose ici est purement gratuit.

 

Donc, je n’ai pas de « collègues » et ne cherche pas à être une référence — ce qui explique l’absence de références du genre numérotation et note de bas de page. Cela ne m’empêche pas au demeurant de saluer telle ou tel à qui je suis redevable d’une connaissance particulière.

 

Un blogue n’est jamais qu’un blogue. Si j’avais voulu être sérieux et soucieux d’obéir aux règles, j’aurais cherché à publier dans des revues savantes, j’aurais postulé dans des instances reconnues, j’aurais réclamé de la reconnaissance. Mon abstention générale me sied d’autant plus que je n’ai jamais été convié dans aucune officielle prousterie. Je me tiens hors des écoles, églises ou boutiques.

 

Et cette liberté me va parfaitement.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

6 comments to “Le fou de Proust n’est pas une référence”

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  1. Oui, cher Patrice, avec ce complément apaisant, que j’ai déjà esquissé ici : les lecteurs amateurs et les exégètes spécialisés ne forment pas deux clans en vis-à-vis, ils ne sont qu’à des places différentes sur une même palette des lecteurs de Proust. La plupart du temps, les spécialistes sont devenus spécialistes parce qu’ils aiment (affectivement) l’oeuvre de Proust pour les mêmes raisons que vous et que tous vos lecteurs quotidiens, et en retour, même si ce n’est pas toujours apparent, l’image de Proust dans le grand public est largement redevable aux travaux des spécialistes. Lesdits spécialistes parlent souvent de votre site, élogieusement, et j’y apprends souvent des choses. Il n’y a, entre l’amateur et le spécialiste, qu’une différence de degré dans la façon d’aborder l’oeuvre, mais les deux « catégories » ne sont pas des catégories en fait, puisqu’elles lisent Proust au départ pour les mêmes raisons.

  2. Puisque vous évoquez ce matin nos échanges, cher Patrice, souffrez que moi aussi j’ajoute ici la réponse que je vous ai adressée une heure plus tard.
    C’était le 12 janvier dernier :

    Cher Patrice

    Merci pour vos mises au point avec certaines desquelles vous me permettrez de ne pas être en parfait accord.

    D’un point de vue méthodologique, tout d’abord : quand comme vous l’on publie des articles sur un blog tel que le vôtre, qui, notamment, recense tous les personnages présents dans la Recherche, c’est évidemment pour être lu ! Et dans ce cas de figure, premier principe de déontologie en la matière que m’enseigna feu le Professeur Michel Malaise, à l’Université de Liège : toujours citer ses sources au sein d’une référence correcte et, surtout, complète.
    Raison pour laquelle je vous ai questionné tout à l’heure à ce sujet.

    Il est bien évident que c’est en toute amitié que j’énonce ceci … vous êtes évidemment libre de rédiger vos articles comme il vous sied ! Mais tous vos lecteurs, soyez en persuadé, vous seront reconnaissants d’obtenir plus de précisions pour retrouver dans leurs volumes de la Recherche le passage que vous citez.

    Un deuxième point avec lequel je ne suis pas vraiment d’accord avec vous, c’est votre modestie : soyez conscient, Patrice, que si des érudits proustiens tels que Mireille Naturel, Luc Fraisse et d’autres probablement vous lisent et vous laissent des commentaires, c’est qu’ils reconnaissent en vous une personne de référence !
    Cela ne s’invente pas, cela se constate et s’apprécie à sa juste valeur.

    Pour ce qui me concerne, à vos questions je répondrai en vous suggérant de cliquer sur « ÉgyptoMusée » (…)

  3. Je voudrais dire à Monsieur Lejeune qu’à mon sens tout du moins, il n’est pas question d’absence de références, ou de références partielles, ou incomplètes, ou simplement ne correspondant pas à la norme universitaire : Le fou de Proust nous fait lire, à chaque fois, les extraits dont il parle, que voulez-vous de plus ? Et franchement, il est bien plus accessible et bien plus plaisant que n’importe quelle thèse universitaire sur le sujet (sans nier la valeur ou l’importance de ces dernières). Il ouvre plus largement les portes vers l’oeuvre, voilà tout…

  4. Merci, Patrice, de nous faire partager votre liberté. Profitez-en bien, elle ne durera peut-être pas… Vous savez que je vous ai déjà retrouvé dans une thèse soutenue récemment, précisément en tant que référence. Certes, le sujet en était l’éruption du volcan à Saint-Pierre de la Martinique. Rien à voir avec Proust, va-t-on dire, Mais si ! la deuxième référence était André Ferré que les proustiens connaissent comme éditeur de La Pléiade que vous avez sous votre suggestif binocle mais qui fut aussi l’auteur d’une « Géographie littéraire ». Alors il ne faut jamais jurer de rien. Et d’ailleurs je vous ai entièrement fait confiance en tant que référence. Mais il me reste à lire votre livre.
    A bientôt.
    Votre voisine. Mireille Naturel.

  5. Pour répondre à Clopine, je souhaiterais préciser qu’il me siérait de trouver au bas des extraits proustiens que Patrice Louis nous donne à lire , – puisqu’il dispose aussi de la première édition de la « Recherche » en Pléiade -, le numéro de la page dans le tome qui contient le passage proposé aux fins d’aisément le retrouver et d’ainsi en découvrir ce qui précède ou ce qui suit immédiatement, de manière à le replacer dans son contexte. Tout simplement. Ni plus ni moins.

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