Proust 1919, l’affaire Goncourt (7)

Les premiers primés, suite

 

L’auteur du Goncourt 1906 est double. Les frères Tharaud se prénomment Ernest et Charles, mais Charles Péguy, qui les édite les a rebaptisés Jérôme et Jean car, dans sa cité idéale, socialiste et catholique tout à la fois, il les voit dans des rôles analogues à ceux de Jean, l’apôtre, et de Jérôme, le Père de l’Église. Tous deux sont à l’époque secrétaires de Maurice Barrès (Jean, le cadet, remplaçant Jérôme quand il s’absente).

 

Dans Dingley, l’illustre écrivain, le héros, britannique, décide d’écrire le roman d’un cockney transfiguré par son engagement dans l’armée, à l’heure de la guerre contre les Boers. Il est inspiré de Rudyard Kipling.

 

Le roman a paru en 1902 dans les Cahiers de la Quinzaine, donc hors des délais imposés par Edmond de Goncourt. Qu’à cela ne tienne, une réédition quatre ans plus tard autorise le tour de passe-passe.

 

Autre entourloupe en 1907 : les Dix choisissent Jean des Brebis ou le Livre de la misère, recueil de nouvelles d’un auteur régionaliste, le Lorrain Émile Chénin, dit Émile Moselly. Les personnages en sont d’humbles ruraux.

 

Seulement, le bouquin est sorti trois ans plus tôt. Terres lorraines, affichant le bon millésime, le remplace. Le roman narre les mésaventures malheureuses d’un pêcheur qui abandonne sa Moselle pour s’embarquer sur un navire.

 

Lauréat 1908, Francis de Miomandre raconte, dans Écrit sur de l’eau…, la vie de Jacques du Meillan son alter ego, jeune oisif de la Belle Époque, qui s’interroge sur l’amour en traînant dans son Marseille natal en attendant son premier bal. La plume de l’auteur est trempée dans l’eau de rose.

Pris de court, l’éditeur (de Cavaillon !) tarde à réimprimer l’ouvrage auréolé qui n’avait été tiré qu’à cinq cents exemplaires et se retrouve avec des milliers d’ouvrages sur les bras, les lecteurs attirés ayant renoncé faute d’en trouver d’en librairie.

 

Encore un duo en 1909. Georges Athénas et Aimé Merlo sont cousins, et Réunionnais. Leur nom de plume : Marius-Ary Leblond. Dans leur roman, En France, le héros est un jeune créole venu à Paris pour étudier à la Sorbonne et qui éprouve quelques difficultés d’adaptation.

 

(Recalé : Jean Giraudoux.)

 

La littérature animalière entre dans le palmarès en 1910. Louis Pergaud, instituteur franc-comtois est récompensé pour De Goupil à Margot. Les héros s’appellent Miraut, Fuseline, Roussard, Guerriot, Rana, croisés dans la forêt et les champs. Point d’hommes mais un renard, un chien, une fouine, un lièvre, un écureuil, une grenouille, une pie.

Pergaud laisse son nom dans les mémoires, mais pour un autre livre, paru deux ans plus tard, La Guerre des boutons, que se livrent les bandes d’enfants de deux villages rivaux, Longeverne et Velrans.

L’auteur meurt dans une autre, trop vraie, sur le front près de Verdun en 1915.

(Recalés : Colette — mais future jurée, première dame — , Guillaume Apollinaire.)

 

Prochain épisode mardi, Les premiers primés, nouvelle suite.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


CATEGORIES : Feuilleton/ AUTHOR : patricelouis

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