Sur les fonts baptismaux

Sur les fonts baptismaux

 

Marcel Proust a été baptisé.

Où ?

(Plan du Paris de Marcel Proust par l’Hôtel littéraire Le Swann)

 

Il a reçu ce sacrement à Saint-Louis d’Antin [index] dans le IXe arrondissement de Paris. Est-ce avant 2 ans quand ses parents habitent 8, rue Roy [1], dans le VIIIe voisin, ou après, quand ils déménagent au 9, boulevard Malesherbes [2], tout aussi près de l’église à pied ? Je l’ignore.

 

En tous cas, l’eau du baptême a été de peu d’effet sur lui car l’écrivain mène une vie de libre penseur et, dans son œuvre, l’événement baptismal est absent.

 

*Et il y eut un jour aussi où elle me dit : « Vous savez, vous pouvez m’appeler Gilberte, en tous cas moi, je vous appellerai par votre nom de baptême. C’est trop gênant. » I

*j’éprouvais le plaisir réservé à ceux qui ne pouvant faute d’argent constituer un médaillier, une pinacothèque, recherchent les vieux noms (noms de localités, documentaires et pittoresques comme une carte ancienne, une vue cavalière, une enseigne ou un coutumier, noms de baptême où résonne et s’entend, dans les belles finales françaises, le défaut de langue, l’intonation d’une vulgarité ethnique, la prononciation vicieuse selon lesquels nos ancêtres faisaient subir aux mots latins et saxons des mutilations durables devenues plus tard les augustes législatrices des grammaires) et, en somme, grâce à ces collections de sonorités anciennes se donnent à eux-mêmes des concerts, à la façon de ceux qui acquièrent des violes de gambe et des violes d’amour pour jouer de la musique d’autrefois sur des instruments anciens. II

*[Brichot :] du temps où Elstir et Swann allaient chez Mme Verdurin, Dechambre était déjà une notoriété parisienne, et, chose admirable, sans avoir reçu à l’étranger le baptême du succès. Ah ! il n’était pas un adepte de l’Évangile selon saint Barnum, celui-là. IV

*[Albertine] Dès qu’elle retrouvait la parole elle disait : « Mon » ou « Mon chéri » suivis l’un ou l’autre de mon nom de baptême, ce qui, en donnant au narrateur le même nom qu’à l’auteur de ce livre, eût fait : « Mon Marcel », « Mon chéri Marcel ». V

*[À Venise] Voyant où j’avais à rester longtemps devant les mosaïques qui représentent le baptême du Christ, ma mère, sentant la fraîcheur glacée qui tombait dans le baptistère, me jetait un châle sur les épaules. VI [Il est cinq autres occurrences de « baptistère », toujours à propos de celui de Saint-Marc.]

 

 

Absents de la Recherche, les fonts baptismaux (fonts avec un t, comme dans le latin fons fontis, qui donne fontaine ; de Fons (ou Fontus ou Fontanus, dieu des sources, fils de Janus et de Juturne).

 

De l’église Saint-Hilaire, à Combray, Marcel Proust signale le bénitier, pas la cuve baptismale.

*Que je l’aimais, que je la revois bien, notre Église ! Son vieux porche par lequel nous entrions, noir, grêlé comme une écumoire, était dévié et profondément creusé aux angles (de même que le bénitier où il nous conduisait) I

 

Les fonts baptismaux sont bien à l’entrée de la nef de Saint-Jacques.

 

Pour ce qui me concerne (si ça ne vous passionne pas, vous pouvez cesser-là votre lecture), j’ai été baptisé sur l’autre rive de la Seine, à Notre-Dame des Champs, boulevard du Montparnasse.

 

Autre souvenir du temps où j’habitais rue Delambre, l’école communale de la rue Notre-Dame des Champs…

 

 

… et le bassin du jardin du Luxembourg où nous faisions voguer des voiliers.

(Photos PL)

 

Toujours une histoire d’eau.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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