Ronronner de plaisir avec ChatProust

Ronronner de plaisir avec ChatProust

 

C’est le micro-blogue à fréquenter d’urgence…

 

Notre échange a commencé par un félin coup de griffe : « Je vous interdis catégoriquement de prendre cette idiotie au sérieux » !

 

Telle a été la réponse de l’auteur masqué de ChatProust qui se promène sur Twitter depuis le printemps. J’en suis fan absolu ! « Fou » est réservé à Proust, avec ce qu’il faut de profondeur. « Fan » est moins grave — Pardon aux 1 183 membres de la page Facebook Fans de Marcel Proust (dont je suis).

 

Je tenais absolument à savoir qui se dissimulait sous ses moustaches et je l’ai contacté tout en caresses après lui avoir consacré une chronique cet été :

« Un triple Miaou pour ChatProust : Une phrase de Proust. Un GIF de chat. And so on. » On ne peut être plus concis. Le twitteur qui présente ainsi sa jeune présence sur le réseau social ne manque ni d’humour ni de culture. Comment présenter ses interventions sans bégayer ? Il choisit donc un extrait (court et c’est déjà un exploit) d’À la recherche du temps perdu et il l’illustre par un Graphics Interchange Format, nom savant pour ces GIF animés, brefs et drôles. Le résultat offre un regard différent sur l’œuvre de Proust et renouvelé sur les sempiternelles images de chats. Tordant ! »

 

Ce jour-là nous étions 22 à le suivre sur le réseau social. ChatProust m’a d’abord demandé « un peu de temps ». Relancé un trimestre plus tard, voici ce qu’il m’a répondu alors que ça devient sérieux avec 573 abonnés (au dernier relevé).

 

« Je ne comprends pas, s’étonne le matou. Le côté Dada peut-être. C’est twitter, c’est à celui qui sera le plus sarcastique, le plus décalé, le plus con — la concurrence est rude ! J’avais envie, avec mes modestes moyens, de partager un peu mon enthousiasme pour Proust. Je ne voyais vraiment pas quoi inventer. Et puis cette idée est venue. Sans doute je cherchais à moi aussi à être le plus décalé possible, le plus con possible…. Mon compte n’est qu’une blague, une fumisterie. »

 

Comment crée-t-il ? « Je pars du texte. Cela peut être une page aléatoire, ou alors la page que je suis en train de lire et je ne prépare pas les tweets à l’avance. Comme internet regorge de vidéos de chats (ressource illimitée ou presque), je trouve parfois la vidéo qui va créer le contraste qui semble plaire à certains. — Contraste ? J’aurais dit cohérence. — L’absurde peut-être. Ce qui est rigolo, c’est que beaucoup de gens croient que je suis un bot, un robot. »

 

Trois exemples :

 

C’est encore plus drôles quand ça bouge et c’est comme ça tous les jours.

 

Et pourquoi Proust ? « Ce qui me fascine, c’est d’avoir l’impression en le lisant de plonger aux racines de notre civilisation, aux racines du monde dans lequel nous vivons encore aujourd’hui. Tout est là ! C’est fantastique. Il donne toutes les clefs pour comprendre le monde. »

 

ChatProust veut bien dire qu’il a 40 ans, qu’il exerce « un obscure travail de bureau » dans l’administration et qu’il vit « plus près de Baden-Baden que de Trouville »…

 

Assurant qu’il est « tout sauf un proustien » et qu’il a découvert la Recherche « il y a peu d’années », ChatProust confie qu’il est marié et père d’une fille. Enfin, il a un chat, « bleu russe ».

(Photo sans valeur contractuelle chipée sur internet)

 

Je sens que je tiens mon scoop. L’animal s’appelle Chouchou. « C’est un nom ridicule » conclue Chat-Proust. Non, non, ce qui le serait c’est le choix de Prince Muichkine (de L’Idiot), Lénine ou Raspoutine (tous trois cités naturellement dans À la recherche du temps perdu).

 

Sur Twitter, vous vous pourlècherez les babines en allant voir ChatProust.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 

Les extraits

*[Le Héros sur Dostoïevski :] Grouchenka, Nastasia, figures aussi originales, aussi mystérieuses, non pas seulement que les courtisanes de Carpaccio mais que la Bethsabée de Rembrandt. Remarquez qu’il n’a pas su certainement que ce visage éclatant, double, à brusques détentes d’orgueil, qui fait paraître la femme autre qu’elle n’est (« Tu n’es pas telle », dit Muichkine à Nastasia dans la visite aux parents de Gania, et Aliocha pourra le dire à Grouchenka dans la visite à Katherine Ivanovna). Et en revanche quand il veut avoir des « idées de tableaux », elles sont toujours stupides et donneraient tout au plus les tableaux où Muichkine voudrait qu’on représente un condamné à mort au moment où etc., la Sainte Vierge au moment où etc. V

*[Charlus] Il eût cru, en prenant partie contre les Allemands, agir comme il n’agissait que dans les heures de volupté, c’est-à-dire en sens contraire de sa nature pitoyable, c’est-à-dire enflammé pour le mal séduisant, et écrasant la vertueuse laideur, il en fut encore ainsi au moment du meurtre de Raspoutine (meurtre auquel on fut surpris d’ailleurs de trouver un si fort cachet de couleur russe), dans un souper à la Dostoïewsky (impression qui eût été encore bien plus forte si le public n’avait pas ignoré de tout cela ce que savait parfaitement M. de Charlus), parce que la vie nous déçoit tellement que nous finissons par croire que la littérature n’a aucun rapport avec elle et que nous sommes stupéfaits de voir que les précieuses idées que les livres nous ont montrées s’étalent, sans peur de s’abîmer, gratuitement, naturellement, en pleine vie quotidienne et par exemple, qu’un souper, un meurtre, événement russe, ont quelque chose de russe. VII

*Certes, les articles de Brichot étaient loin d’être aussi remarquables que le croyaient les gens du monde. La vulgarité de l’homme apparaissait à tout instant sous le pédantisme du lettré. Et à côté d’images qui ne voulaient rien dire du tout (« les Allemands ne pourront plus regarder en face la statue de Beethoven ; Schiller a dû frémir dans son tombeau; l’encre qui avait paraphé la neutralité de la Belgique était à peine séchée ; Lénine parle, mais autant en emporte le vent de la steppe »), c’étaient des trivialités telles que : « Vingt mille prisonniers, c’est un chiffre ; notre commandement saura ouvrir l’œil et le bon ; nous voulons vaincre, un point c’est tout ». VII

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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