Le pinceau plutôt que le stylo

Le pinceau plutôt que le stylo

 

Il n’y a qu’un Proust artiste et créateur. Il était écrivain.

Mais quid de ses homonymes qui peignaient ?

 

La question revient sur le tapis avec le courriel que j’ai reçu d’un certain Guillaume Delvaux :

 

« Bonjour Monsieur,

Je me permets de vous contacter car j’ai trouvé dans le grenier de la maison familiale une jolie petite huile sur panneau (en PJ) signée Proust. M’intéressant à l’art et ne connaissant que son homonyme à la plume, j’ai pu, à travers votre excellent blog, en apprendre un peu plus et vous remercie du partage.

Je pense qu’il pourrait s’agir de Joseph Arthur Proust, car il semblerait que Maurice Proust ajoutait l’initiale de son prénom devant son nom.

Pour autant, j’ai quelques doutes quant à l’authenticité de la signature, et puisqu’il s’agit d’artistes peu connus, je n’ai pu m’assurer avec certitude de l’authenticité de la signature, notamment en la comparant avec d’autres de ses œuvres.

Je me permets donc de solliciter votre œil avisé afin d’y voir plus clair, en vous adressant mille mercis par avance pour le temps que vous voudrez bien y consacrer.

Excellentes fêtes de fin d’année et bien cordialement, »

 

La « jolie petite huile » en question, la voici.

 

Sa signature, agrandie.

 

C’est bien celle de Joseph Arthur Proust (1844-1905) dont j’avais présenté ici « La Pointe de Kerors » vendue aux enchères à Quimper en juillet 2014.

 

Quant au Maurice Proust, (1867-1944) signalé par mon correspondant, il ne doit pas être confondu avec le joueur de piston de l’Harmonie Saint-Joseph d’Olivet, dans le Loiret, qui porte le même nom.

Maurice Proust, Autoportrait à la cigarette

 

Lors de mes recherches pour ma chronique d’il y a quatre ans, j’avais trouvé deux autres Proust peintres — mais en bâtiment : Serge, à Bougon, Deux-Sèvres, et Franck, à Monthodon, Indre-et-Loire.

D’eux au moins, on ne s’interrogera pas sur le talent artistique. Proust attribue « croûte » à tante Léonie s’adressant à Swann (vous devez vous faire repasser des croûtes par les marchands I), au Héros à propos d’un petit magasin de bric-à-brac de Doncières (il n’y avait que du toc et des croûtes III) et au duc de Guermantes encore sur Swann (je crois qu’il nous a collé des croûtes III).

On ne s’étonnera pas que l’ami d’Oriane lui renvoie à la figure une des formules les plus sarcastiques de la Recherche. À Basin qui lui demande à qui attribuer un portrait qu’il possède et qu’il croit peint par Velasquez, Charles, qui le trouve affreux, répond : « À la malveillance ! »

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 

L’extrait

[Le duc de Guermantes à Swann :] — Tenez, Charles, vous qui êtes un grand connaisseur, venez voir quelque chose ; après ça, mes petits, je vais vous demander la permission de vous laisser ensemble un instant pendant que je vais passer un habit ; du reste je pense qu’Oriane ne va pas tarder. Et il montra son « Velasquez » à Swann. « Mais il me semble que je connais ça, » fit Swann avec la grimace des gens souffrants pour qui parler est déjà une fatigue.

— Oui, dit le duc rendu sérieux par le retard que mettait le connaisseur à exprimer son admiration. Vous l’avez probablement vu chez Gilbert.

— Ah ! en effet, je me rappelle.

— Qu’est-ce que vous croyez que c’est ?

— Eh bien, si c’était chez Gilbert, c’est probablement un de vos ancêtres, dit Swann avec un mélange d’ironie et de déférence envers une grandeur qu’il eût trouvé impoli et ridicule de méconnaître, mais dont il ne voulait, par bon goût, parler qu’en « se jouant ».

— Mais bien sûr, dit rudement le duc. C’est Boson, je ne sais plus quel numéro, de Guermantes. Mais ça, je m’en fous. Vous savez que je ne suis pas aussi féodal que mon cousin. J’ai entendu prononcer le nom de Rigaud, de Mignard, même de Velasquez ! » dit le duc en attachant sur Swann un regard et d’inquisiteur et de tortionnaire, pour tâcher à la fois de lire dans sa pensée et d’influencer sa réponse. « Enfin, conclut-il, (car, quand on l’amenait à provoquer artificiellement une opinion qu’il désirait, il avait la faculté, au bout de quelques instants, de croire qu’elle avait été spontanément émise) voyons, pas de flatterie. Croyez-vous que ce soit d’un des grands pontifes que je viens de dire ?

— Nnnnon, dit Swann.

— Mais alors, enfin moi je n’y connais rien, ce n’est pas à moi de décider de qui est ce croûton-là. Mais vous, un dilettante, un maître en la matière, à qui l’attribuez-vous ?

Swann hésita un instant devant cette toile que visiblement il trouvait affreuse : « À la malveillance ! » répondit-il en riant au duc, lequel ne put laisser échapper un mouvement de rage. III

 

 

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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