Quintessence proustienne : le Tout-Paris frémit (1)

Quintessence proustienne : le Tout-Paris frémit (1)

 

L’événement mondain s’annonce considérable. Il promet d’être de ceux que la Capitale a rarement connus.

 

Nous sommes en mai 1891. Marcel Proust n’a encore que 19 ans. Il ne va pas y participer. Et pourtant, ce qui va se passer un certain mardi, nuitamment, boulevard des Invalides, représentera une certaine quintessence proustienne.

 

En voici le récit. S’il trouve sa place ici, c’est qu’À la recherche du temps perdu l’évoque à trois reprises (et demi !).

 

Typiquement proustien : le sujet est d’autant plus important qu’il est dénigré mais la lectrice et le lecteur savent que les hommes de l’œuvre n’aiment que des femmes qui ne sont pas leur genre (Odette) ou qui les exaspèrent (Albertine). Est-il besoin de préciser que l’auteur est homosexuel et juif, ce qui n’empêche pas que son Héros courtise les dames, que les invertis soient cloués au pilori et que l’antisémitisme fleurisse ?

 

Tenons-nous en au sujet. Charles Swann reproche aux journaux d’imposer des sujets sans intérêt, tel un bal costumé que la princesse de Léon donne.

Le Héros y revient pour montrer la contradiction dans laquelle Swann baigne puisqu’il s’adonne à ces plaisirs mondains.

Enfin, toujours dans Du côté de chez Swann, le docteur Percepied montre un journal illustré où la duchesse de Guermantes dans sa tenue au fameux bal.

 

*[Swann :] Ce que je reproche aux journaux c’est de nous faire faire attention tous les jours à des choses insignifiantes tandis que nous lisons trois ou quatre fois dans notre vie les livres où il y a des choses essentielles. Du moment que nous déchirons fiévreusement chaque matin la bande du journal, alors on devrait changer les choses et mettre dans le journal, moi je ne sais pas, les… Pensées de Pascal ! (il détacha ce mot d’un ton d’emphase ironique pour ne pas avoir l’air pédant). Et c’est dans le volume doré sur tranches que nous n’ouvrons qu’une fois tous les dix ans, ajouta-t-il en témoignant pour les choses mondaines ce dédain qu’affectent certains hommes du monde, que nous lirions que la reine de Grèce est allée à Cannes ou que la princesse de Léon a donné un bal costumé. Comme cela la juste proportion serait rétablie.» I

*Je repensai alors à ce dîner où j’étais si triste parce que maman ne devait pas monter dans ma chambre et où il avait dit que les bals chez la princesse de Léon n’avaient aucune importance. Mais c’était pourtant à ce genre de plaisirs qu’il employait sa vie. Je trouvais tout cela contradictoire. I

*Un jour ma mère me dit : « Puisque tu parles toujours de Mme de Guermantes, comme le docteur Percepied l’a très bien soignée il y a quatre ans, elle doit venir à Combray pour assister au mariage de sa fille. Tu pourras l’apercevoir à la cérémonie. » C’était du reste par le docteur Percepied que j’avais le plus entendu parler de Mme de Guermantes, et il nous avait même montré le numéro d’une revue illustrée où elle était représentée dans le costume qu’elle portait à un bal travesti chez la princesse de Léon. I

 

La demi-part supplémentaire intervient dans Sodome et Gomorrhe sous les traits d’une invitée saluée par le baron Charlus au pied du grand escalier à la soirée de la princesse de Guermantes.

 

*Je traversai les jardins et remontai l’escalier où l’absence du Prince, disparu à l’écart avec Swann, grossissait autour de M. de Charlus la foule des invités, de même que, quand Louis XIV n’était pas à Versailles, il y avait plus de monde chez Monsieur, son frère. Je fus arrêté au passage par le baron, tandis que derrière moi deux dames et un jeune homme s’approchaient pour lui dire bonjour.

« C’est gentil de vous voir ici », me dit-il, en me tendant la main. « Bonsoir madame de la Trémoïlle, bonsoir ma chère Herminie. » […] Bonsoir Antioche, bonsoir Louis-René. IV

 

Le personnage qui nous intéresse, c’est Herminie. Tout ce que le Paris mondain et aristocratique compte espère recevoir d’elle un carton d’invitation car la princesse de Léon, c’est elle.

 

Nous faisons sa connaissance demain.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

Has one comment to “Quintessence proustienne : le Tout-Paris frémit (1)”

You can leave a reply or Trackback this post.
  1. j’ai trouvé une piste. Mais j’attends demain.

Write a Reply or Comment

Your email address will not be published.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Articles populaires

Abonnez-vous

Un flux RSS proustien pour recevoir tous les articles du Fou de Proust
Et également sur et