Le Figaro selon Bloch

Le Figaro selon Bloch

 

Proust fait son miel du moindre épisode de sa vie…

(Ce qui suit est une énième illustration de la sottise de refuser de trouver quelque intérêt à ce qu’a vécu un écrivain pour saisir son œuvre — n’en déplaise au Marcel de Contre Sainte-Beuve.)

 

Dans La Fugitive, Bloch égratigne l’auguste Figaro en le qualifiant de « journal du sabre et du goupillon, des five o’clock, sans oublier le bénitier ».

 

En réalité, sous la plume du romancier, cette pique est une réplique à une agression caractérisée dont il a été victime à l’occasion de son prix Goncourt.

Le vendredi 12 décembre 1919, l’Œuvre commente férocement la toute fraîche récompense — décernée l’avant-veille. Sous le titre Cuisine électorale, G. de La Fouchardière charge sabre au clair :

 

« M. Marcel Proust a mérité le Prix Goncourt. Suivant le désir des testateurs, il doit être choisi parmi les jeunes écrivains ; il n’est âgé que de quarante et onze ans, pour employer l’ingénieux mode de numérotation imaginé par Mouézy-Eon. Il est homme du monde, ce qui est essentiel à une époque où la réputation des écrivains se fait sur le coup du five o’clock et où l’homme de lettres, soucieux de gloire et d’argent, doit tremper sa plume attentivement dans la théière et le bénitier. Enfin, M. Marcel Proust a trouvé (c’est la première fois, à ma connaissance, qu’un homme du monde trouve quelque chose), M. Marcel Proust a trouvé un titre de bouquin qui est un vrai poème : A l’ombre des jeunes filles en fleurs. »

 

Dans Le Temps retrouvé, Albert Bloch se fait appeler Jacques du Rozier, mais son vrai nom est Georges de La Fouchardière.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

L’extrait

*Une amitié de collège oubliée, et qui avait vingt occasions de se rappeler à vous, vous donne signe de vie, non sans compensation d’ailleurs. C’est ainsi que Bloch, dont j’eusse tant aimé savoir ce qu’il pensait de mon article, ne m’écrivit pas. Il est vrai qu’il avait lu cet article et devait me l’avouer plus tard, mais par un choc en retour. En effet, il écrivit lui-même quelques années plus tard un article dans le Figaro et désira me signaler immédiatement cet événement. Comme il cessait d’être jaloux de ce qu’il considérait comme un privilège, puisqu’il lui était aussi échu, l’envie qui lui avait fait feindre d’ignorer mon article cessait, comme un compresseur se soulève ; il m’en parla, mais tout autrement qu’il ne désirait m’entendre parler du sien : « J’ai su que toi aussi, me dit-il, avais fait un article. Mais je n’avais pas cru devoir t’en parler, craignant de t’être désagréable, car on ne doit pas parler à ses amis des choses humiliantes qui leur arrivent. Et c’en est une évidemment que d’écrire dans le journal du sabre et du goupillon, des five o’clock, sans oublier le bénitier. » VI

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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