La Place de l’Église d’aujourd’hui à demain

La Place de l’Église d’aujourd’hui à demain

Sans nul doute, ce n’est pas le plus emblématique des lieux proustiens à Illiers-Combray mais il a — si j’ose dire — toute sa … place.

 

La municipalité a décidé de redessiner la place du centre-bourg, que les automobilistes descendent sansy prêter attention et que les piétons traversent entre trottoirs, marches et chaussée. En partie parking, en partie avant-scène de l’église `Saint-Jacques, grignotée par des étalages ou des terrasses, faux forum, agora minimale, passage ou stationnement, lieu de solitudes et d’échanges, l’endroit peine à se définir.

 

Avec pour maître-mot (s’il m’en souvient) « végétalisation », la place centrale de la commune va donc être redessinée ainsi que le montre le bulletin illiersois d’octobre.

 

Aujourd’hui ? Pour une bonne comparaison, je suis allé frapper à la porte d’un appartement qui m’a semblé situé au bon endroit. Merci à Margot qui m’a ouvert et donné accès à sa fenêtre.

 

La première fois qu’il évoque ce lieu dans Du Côté de chez Swann, Marcel Proust écrit : « la Place où on m’envoyait avant déjeuner »… Suivent une dizaine d’occurrences.

Sur la Place, l’église et son clocher dominent les maisons ; y apparaissent des gens qu’on ne connaît pas, dont Legrandin ; le soleil baigne son pavé ; tante Léonie remarque qu’il n’y a pas d’abri quand il y pleut ; les gamins s’y chamaillent ; les fidèles de la messe n’attendent pas de s’y trouver pour discuter ; le magasin de la Place, enfin, vend des biscuits roses un peu chers.

 

Début des travaux ? Sortant de la maison à la photo (dont je ne suis pas mécontent !), hier, j’ai vu un homme affairé sur le porche de l’Église, réparant les joints.

(Photos PL)

 

*Que je l’aimais, que je la revois bien, notre Église ! Son vieux porche par lequel nous entrions, noir, grêlé comme une écumoire, était dévié et profondément creusé aux angles I

 

À croire que l’encre qui a servi pour cette phrase n’est pas sèche !

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 

Les extraits

*ces rues de Combray existent dans une partie de ma mémoire si reculée, peinte de couleurs si différentes de celles qui maintenant revêtent pour moi le monde, qu’en vérité elles me paraissent toutes, et l’église qui les dominait sur la Place, plus irréelles encore que les projections de la lanterne magique ;

*à Combray, une personne « qu’on ne connaissait point » était un être aussi peu croyable qu’un dieu de la mythologie, et de fait on ne se souvenait pas que, chaque fois que s’était produite, dans la rue de Saint-Esprit ou sur la place, une de ces apparitions stupéfiantes, des recherches bien conduites n’eussent pas nous vîmes sur le seuil brûlant du porche, dominant le tumulte bariolé du marché, Legrandin, […] Et une lavallière à pois qu’agitait le vent de la Place continuait à flotter sur Legrandin comme l’étendard de son fier isolement et de sa noble indépendance.

*un sourire momentané de soleil ; il était aussi reconnaissable dans le flot bleu et doux dont il baignait les pierreries que sur le pavé de la place ou la paille du marché ;

*[Le clocher] élevant dans le ciel au-dessus de la Place, sa tour qui avait contemplé saint Louis et semblait le voir encore ; […] Souvent sur la place, quand nous rentrions, ma grand’mère me faisait arrêter pour le regarder.

*[Tante Léonie :] quand il pleut sur la place, il n’y a pas grand abri. »

*Nous causions un moment avec M. Vinteuil devant le porche en sortant de l’église. Il intervenait entre les gamins qui se chamaillaient sur la place, prenait la défense des petits, faisait des sermons aux grands.

*comme la messe finissait et qu’avec le soleil et le bruit du dehors quelque chose de si peu sacré entrait dans l’église que Mme Goupil, Mme Percepied (toutes les personnes qui tout à l’heure, à mon arrivée un peu en retard, étaient restées les yeux absorbés dans leur prière et que j’aurais même pu croire ne m’avoir pas vu entrer si, en même temps, leurs pieds n’avaient repoussé légèrement le petit banc qui m’empêchait de gagner ma chaise) commençaient à s’entretenir avec nous à haute voix de sujets tout temporels comme si nous étions déjà sur la place,

*l’échelle des prix dans le « magasin » de la Place ou chez Camus où étaient plus chers ceux des biscuits qui étaient roses.

 

 

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

Write a Reply or Comment

Your email address will not be published.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Articles populaires

Abonnez-vous

Un flux RSS proustien pour recevoir tous les articles du Fou de Proust
Et également sur et