Comme un fou

Comme un fou

 

Comme une communauté de compagnons compatissants… Après le « Pom, pom, pom, pom ! » de la Ve de Beethoven, voici que sonne le « Comme, comme, comme, comme » de Daniel Lefebvre.

 

J’ai donc croisé à Cabourg ce Proustien auteur du site danslaparenthese.com et confirme qu’il est aussi souriant que sa photo d’accueil.

 

Après lui avoir déjà consacré une chronique (Les « comme » de Proust), je rebelote à la suite du courriel qu’il m’a envoyé.

 

Le voici transmis aux pros de Proust.

 

« Cher Patrice,

D’abord laissez-moi vous dire que vous rencontrer aux journées Musicales de Cabourg a été un réel grand plaisir.

Je voudrais ensuite laisser à votre sagacité les éléments suivants. Leur point de départ concerne mon site « danslaparenthèse » et… un peu vous.

Je vous rappelle l’objet de mon site : publier les « …comme » présents dans la Recherche. Vous m’aviez souhaité bon courage par rapport au plus de 7 000 occurrences que vous aviez dénombrées. Ce n’était pas mon ambition !

Suite à la publication de votre décorticage me concernant, il y a eu un commentaire de Luc Fraisse, indiquant que l’étude des comparaisons proustiennes était la thèse de l’une de ses étudiantes, Ilaria Vidotto.

J’ai lu certaines de ses publications (mises sur mon site) et il apparaît qu’elle avait dénombré environ 2 000 «  comme » expliquant avec force talent leurs significations syntaxique et stylistique.

Ma démarche avait été très intuitive. En lisant et en écoutant Proust, j’avais été frappé par la pertinence de certaines de ses digressions, justement celles « derrière » les « comme », cette pertinence se caractérisant par l’autonomie de la phrase. Exemple « comme le collégien qui a relu à plusieurs reprises avant de s’endormir une leçon qu’il croyait ne pas savoir et qui la récite par cœur le lendemain matin »

J’ai pris le parti donc de me passer du comparé et de ne laisser que le comparant, dont on peut dire qu’il a vraiment une vie bien à lui.

La lecture des textes d’Ilaria Vidotto et le contact que j’ai pu avoir avec elle ont structuré ma pensée et m’ont conforté  dans mon choix de ne pas mettre le comparé dans les extraits retenus.

(certains s’en plaignaient…)

J’ai eu aussi la conscience de l’existence de cette grande communauté autour de Proust : Ilaria m’a vraiment consacré du temps, avec une grande gentillesse et une grande patience.

 

Mais si je vous écris, au-delà de ce partage dont vous êtes à l’origine, c’est aussi pour vous faire part de quelques remarques.

Je n’ai pas toujours été rigoureux dans ma démarche et comme elle a pris un certain temps j’ai sûrement changé de méthode entre le début et la fin. Je pense toutefois qu’elle a une certaine cohérence et que ses résultats peuvent être regardés.

J’ai identifié environ 370 « comme » (finalement c’est peu, à comparer aux quelque 2000 trouvés par Ilaria, mais qui sont eux de plusieurs natures).

J’avais eu l’impression que plus j’avançais dans la lecture et plus le nombre de « comme » diminuait. J’ai voulu en avoir le cœur net. Alors j’ai pris l’édition de la Pléiade de Pierre Clarac et André Ferré (je sais ce n’est pas la dernière…), j’ai compté les pages de chaque livre pour ne pas avoir d’incohérences au travers d’éditions différentes et j’ai rapporté le nombre de « comme » au nombre de pages. Voici les résultats :

Mon impression semble à peu près vérifiée. Si les « comme » étaient représentatifs du retravaillage de Proust sur son texte (et pourquoi pas, je le verrais bien faire !) alors on pourrait effectivement constater que  les livres les plus relus par lui, les plus travaillés sont les 3 premiers. J’avais un problème avec Albertine disparue mais la lecture d’une publication d’Elyane Dezon Jones (« Éditer Proust : hier, aujourd’hui et peut-être demain ») m’a expliqué ce qui me paraissait être une anomalie. Bien que venant  en « 6 ème » position dans le roman, Elyane Dezon Jones indique que ce livre a bien donné lieu à une relecture de Proust, juste après Sodome et Gomorrhe. J’aurais bien aimé que cette relecture vienne juste après Le Côté de Guermantes car ainsi la linéarité aurait été mieux respectée. Mais voilà, cela ne semble pas être le cas et de ce fait met Sodome et Gomorrhe « en anomalie ».

 

Cette lecture m’a fait également découvrir que mon exemplaire de la Pléiade n’est pas celui qui révèle les volontés de Marcel Proust sur ce volume d’Albertine disparue qui aurait dû être beaucoup plus court (réduction des deux tiers).  En prenant l’hypothèse d’un volume qui aurait moins de pages,  et  que mon comptage des « comme » se serait fait sur la « bonne » version, le pourcentage de « comme » d’Albertine disparue  augmenterait encore.

 

Voilà ! Avec qui d’autre cher Patrice échanger mes pensées, peu scientifiques en l’état je le reconnais. J’attends avec impatience les analyses syntaxiques par Intelligence Artificielle, qui nous diront tout ou presque. »

 

Bien amicalement

Daniel

 

Avec qui d’autre ? Mais avec tout le monde ! C’est pourquoi je reproduis ce courrier après en avoir demandé l’autorisation à son auteur. Il revient à qui le souhaite d’en faire à son tour son miel.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

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  1. Bravo pour ce « comme ». Le bonheur serait qu’une statistique identique puisse être établie pour la conjonction de coordination « car ».

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