Un livre médicament

Un livre médicament

 

Ça s’appelle Littérature et médecine, Le cas de Proust, et ce serait aussi guilleret qu’une ordonnance s’il n’y avait une photo de Proust en dandy.

Hermann, « Editeur des sciences et des arts depuis 1876 » m’en a adressé un exemplaire en service de presse.

 

Me portant comme le Pont-Neuf, je vous avouerai que, spontanément j’ai considéré l’ouvrage — portant publié « sous la direction de Mireille Naturel » — comme une amère potion avec tous les charmes des notices médicamenteuses.

 

Allais-je être guéri de ma réserve par la table des matières d’où j’extrais ces pilules : « Le névropathe et son Esculape », « La voix comme pharmakon », « Tandis qu’ils agonisent », « De l’obésité et du stress ? »

 

L’index des notions allait-il soigner mes doutes grâce à sa pharmacopée : aphasie, cachexie, dyspepsie, épilepsie, folie, hyperesthésie, neurasthénie, phtisie ou urémie ? Sans oublier unheimlich [concept freudien de l’inquiétante étrangeté] dont j’apprends, page 235, à propos de la jalousie de Swann à l’égard d’Odette que « l’impossible juste distance se perd entre l’oubli forcé et la symbiose complète ; dans cette fente la jalousie se fait unheimlich et persécute le sujet jusqu’au fond de son être ».

 

J’ai l’air de plaisanter alors qu’il ne faut pas prendre les problèmes de santé à la légère. Je sais mon Cottard, mon du Boulbon et mon professeur E… sur le bout du stéthoscope, mais on aura compris qu’un tel livre est plus proche du Vidal (dictionnaire médical) que de La Semaine de Suzette (hebdomadaire édifiant pour fillettes).

 

C’est sérieux en diable, profond comme une bouteille de sirop et scientifique comme une courbe de température. Et puis un livre qui s’offre une « préface » (Margery Vibe Skagen), un « avant-propos » (Mireille Naturel), une « introduction » (Michel Schneider) et une « post-face » (re-Margery Vibe Skagen) ne peut qu’attirer.

 

Concevez simplement que je n’ai pas les diplômes pour le chroniquer savamment et si j’ai tardé à en parler c’est que je voulais l’absorber jusqu’à la dernière goutte.

 

Tout soudain, j’ai une rude envie de m’aliter pour lire.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

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  1. Merci, Patrice Louis, pour cette hilarante recension (il y en a peu des comme cela !). On essaiera d’être plus divertissants la prochaine fois mais ce n’est pas sûr qu’on y arrive…

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