Les rues de Paris (et d’ailleurs)

Les rues de Paris (et d’ailleurs)

 

Si Proust connaît les rois de France par leur numéro, il ignore celui des arrondissements de la capitale !

Le mot lui-même apparaît deux fois dont une pour servir une plaisanterie d’Oriane :

*Plongée dans un sommeil agité, mon adolescence enveloppait d’un même rêve tout le quartier où elle le promenait, et je n’avais jamais songé qu’il pût y avoir un édifice du XVIIIe siècle dans la rue Royale, de même que j’aurais été étonné si j’avais appris que la Porte-Saint-Martin et la Porte Saint-Denis, chefs-d’œuvre du temps de Louis XIV, n’étaient pas contemporains des immeubles les plus récents de ces arrondissements sordides. II

*— Ce pauvre général [de Monserfeuil], il a encore été battu aux élections, dit la princesse de Parme pour changer de conversation.

— Oh ! ce n’est pas grave, ce n’est que la septième fois, dit le duc qui, ayant dû lui-même renoncer à la politique, aimait assez les insuccès électoraux des autres.

— Il s’est consolé en voulant faire un nouvel enfant à sa femme.

— Comment ! Cette pauvre Mme de Monserfeuil est encore enceinte, s’écria la princesse.

— Mais parfaitement, répondit la duchesse, c’est le seul arrondissement où le pauvre général n’a jamais échoué. III

 

Il y a naturellement des bâtiments officiels, des édifices religieux, des gares, des monuments, des musées, etc… et deux maisons numérotées révélant l’adresse de Brichot et celle d’Adolphe, le grand-oncle :

*[M. de Cambremer à M. Verdurin :] Cottard ? vous ne parlez pas du professeur Cottard ? » On entendait précisément la voix dudit professeur qui, embarrassé par un coup, disait en tenant ses cartes : « C’est ici que les Athéniens s’atteignirent. — Ah ! si, justement, il est professeur, dit M. Verdurin. — Quoi ! le professeur Cottard ! Vous ne vous trompez pas ! Vous êtes bien sûr que c’est le même ! celui qui demeure rue du Bac ! — Oui, il demeure rue du Bac, 43. Vous le connaissez ? — Mais tout le monde connaît le professeur Cottard. C’est une sommité ! IV

*autrefois mon grand-oncle demeurait 40 bis boulevard Malesherbes. Il en était résulté que, dans la famille, comme nous allions beaucoup chez mon oncle Adolphe jusqu’au jour fatal où je brouillai mes parents avec lui en racontant l’histoire de la dame en rose, au lieu de dire « chez votre oncle », on disait « au 40 bis ». Des cousines de maman lui disaient le plus naturellement du monde : « Ah ! dimanche on ne peut pas vous avoir, vous dînez au 40 bis. » Si j’allais voir une parente, on me recommandait d’aller d’abord « au 40 bis », afin que mon oncle ne pût être froissé qu’on n’eût commencé par lui. Il était propriétaire de la maison et se montrait, à vrai dire, très difficile sur le choix des locataires, qui étaient tous des amis, ou le devenaient. Le colonel baron de Vatry venait tous les jours fumer un cigare avec lui pour obtenir plus facilement des réparations. La porte cochère était toujours fermée. Si à une fenêtre mon oncle apercevait un linge, un tapis, il entrait en fureur et les faisait retirer plus rapidement qu’aujourd’hui les agents de police. Mais enfin il n’en louait pas moins une partie de la maison, n’ayant pour lui que deux étages et les écuries. Malgré cela, sachant lui faire plaisir en vantant le bon entretien de la maison, on célébrait le confort du «petit hôtel» comme si mon oncle en avait été le seul occupant, et il laissait dire, sans opposer le démenti formel qu’il aurait dû. Le « petit hôtel » était assurément confortable (mon oncle y introduisant toutes les inventions de l’époque). Mais il n’avait rien d’extraordinaire. Seul mon oncle, tout en disant, avec une modestie fausse, mon petit taudis, était persuadé, ou en tous cas avait inculqué à son valet de chambre, à la femme de celui-ci, au cocher, à la cuisinière l’idée que rien n’existait à Paris qui, pour le confort, le luxe et l’agrément, fût comparable au petit hôtel. Charles Morel avait grandi dans cette foi. Il y était resté. Aussi, même les jours où il ne causait pas avec moi, si dans le train je parlais à quelqu’un de la possibilité d’un déménagement, aussitôt il me souriait et, clignant de l’œil d’un air entendu, me disait : « Ah ! ce qu’il vous faudrait, c’est quelque chose dans le genre du 40 bis ! C’est là que vous seriez bien ! On peut dire que votre oncle s’y entendait. Je suis bien sûr que dans tout Paris il n’existe rien qui vaille le 40 bis. » IV

 

Si l’on s’en tient aux voies, les voici :

Rues

Abbatucci, Aboukir, de l’Arcade, de l’Assomption, de l’Ave-Maria, du Bac, de Bellechasse, de Belloy, de Berri, des Blancs-Manteaux, Boissis-d’Anglas, Bonaparte, de Bourgogne, Caumartin, de la Chaise, Chanoinesse, Duphot, de l’École-de-Médecine, de l’Élysée, Garancière, de Gramont, de Grenelle, La Pérouse, Léonce-Reynaud, Lord-Byron, de Monceau, Montalivet, de la Paix, de Parme, Rochechouart, Royale, du Temple, de Tournon, Vaneau, de Varenne, de Washington.

 

Allées du Bois

Des Acacias (comparée à l’allée de Myrtes de l’Énéide), de la Reine-Marguerite.

 

Avenues

Du bois, du Bois de Boulogne, des Champ Élysées, Gabriel, de l’Impératrice, de Messine, de l’Opéra.

 

Boulevards

Les Boulevards, des Capucines, de Clichy, Haussmann, des Italiens, Malesherbes, Montmorency.

 

Faubourg

Saint-Germain, Saint-Honoré.

 

Cours

Cours-la-Reine.

 

Places

De la Concorde, de l’Étoile, Gaillon, du Palais-Bourbon, du Parvis-Notre-Dame, Pigalle, Saint-Sulpice, Vendôme.

 

Portes

Dauphine, Maillot, Saint-Denis, Saint-Martin.

 

Quais

De l’Archevêché, Conti, Malaquais, d’Orléans, d’Orsay.

 

Nous nous arrêterons demain dans une rue de la Capitale dissimulée derrière un nom étranger — Devinez !

En attendant, voici les quelques voies situées dans d’autres villes.

 

Balbec : rue de la Mer, rue de la Plage, avenue des Tamaris.

 

Doncières : Grand’Rue, place de la République.

 

Nice : Promenade des Anglais.

 

Versailles : Place d’Armes.

 

Berlin : Unter den Linden, Willemstrasse.

 

Vienne : Ballplatz.

 

Si vous avez besoin d’un guide, Marcel Proust peut vous aider à ne pas vous perdre.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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