Sensationnel ! Du nouveau sur les vertèbres de Léonie

Sensationnel ! Du nouveau sur les vertèbres de Léonie

 

Je viens de recevoir un courriel de l’excellent Jean-Michel Verneiges, homme de spectacle et proustien que j’avais rencontré à Laon :

 

Un replacement de vertèbres ?

Le « triste front pâle et fade » de la tante Léonie aura peut-être suscité plus d’exégèses que le squelette humain ne compte de vertèbres, pour expliquer comment, à l’encontre de toute réalité anatomique et au grand dam de Gide, celles de Léonie transparaissaient sur ce front «  comme les pointes d’une couronne d’épines ».

La lecture de Patrick Mimouni s’impose aujourd’hui pour éclairer ce mystère grâce à une explication objective empruntant à un vocabulaire professionnel, plus convaincante que les erreurs supposées de typographie ou de syntaxe :

« Les perruquiers se servaient d’une résille en métal ou en crin pour supporter le poids des faux cheveux. Une sorte de casque pris aux mesures du crâne à recouvrir. Les mèches, une fois enfilées et nouées aux anses de la résille, formaient des nœuds – des articulations, des vertèbres en termes de métier – renforcés par du tissu sur le pourtour du casque afin de le maintenir sur la tête, de sorte qu’ils marquaient le front des chauves comme les épines celui du Christ. La métaphore la plus troublante chez Proust. » (…) « À part les perruquiers, personne ne savait que les faux cheveux possédaient des vertèbres. Excepté les chauves comme Swann habitués à porter une perruque depuis des années, personne ne savait non plus que les marques de la perruque restaient visibles et comme incrustées sur le front, même après une nuit de sommeil. Proust aurait pu le préciser pour éviter la confusion entre l’ossature du corps et celle de la perruque. Mais, s’il l’avait précisé, ses lecteurs n’y auraient pas porté autant d’attention*. »

Au-delà de l’énigme littéraire, on peut se demander maintenant comment il est possible qu’il n’ait existé depuis un siècle aucun professionnel de soins capillaires susceptible d’apporter cette précision technique. À croire que le lectorat proustien ne compte pas de spécialiste du cheveu, hormis Gide qui en l’occurrence le coupa en quatre…

(À l’époque pour le bonheur de Grasset, qui s’offre avec Mimouni  un clin d’œil historique savoureux).

Jean-Michel Verneiges

*Patrick Mimouni, Les mémoires maudites, Paris, Grasset, 2018, p.162

 

Comme je l’ai écrit en réponse à l’ami Verneiges, j’ai donc de cette information décoiffante fait mes choux gras — bien lire choux et non cheveux gras.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis …

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

6 comments to “Sensationnel ! Du nouveau sur les vertèbres de Léonie”

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  1. C’est une information tout à fait intéressante. L’idéal serait que nous trouvions comment Proust a pu connaître ce terme de métier. Mais c’est convaincant.

  2. Ce serait en effet idéal. La profusion du lexique spécialisé de Proust rend cependant crédible une recherche spécifique de sa part sur cet attribut capillaire, l’amenant à parler ici de ces très techniques vertèbres comme ailleurs de « fleurs hétérostylées trimorphes »…

  3. Dans le cas des fleurs, on dispose de La Flore de Bonnier, que Proust consultait. Ici, il faut voir si cela peut venir de la presse, ou d’une publication, à moins qu’il ne s’agisse d’une conversation qui n’aura pas laissé de traces.
    Si Proust a utilisé le terme exact, cela expliquerait entre autres pourquoi il n’a pas répondu à Gide sur ce point (à moins que sa lettre ne nous soit pas parvenue, bien sûr).

  4. Il y avait dans l entourage de Marcel Proust quelquun qui avait recours à ce ce genre d’artifice …Pas.un inconnu pour vous cher Luc…

  5. Le plus simple à ce stade serait certainement de demander à Patrick Mimouni lui-même la source de son information technique et s’il est en capacité de la relier à l’une ou l’autre de celle(s) auxquelles Proust aurait pu avoir accès.
    Indépendamment de cet aspect, sa supposition que l’ambiguïté de ces vertèbres incongrues et de leurs traces aurait été délibérée pour attirer l’attention du lecteur sur la métaphore de la couronne d’épines n’emporte pas une franche adhésion….
    A part ça, cher Patrice, les « vergettes » sont pour moi d’abord un terme de facture d’orgue qui désigne les éléments reliant les rouleaux d’abrégés aux soupapes des sommiers. Je vous ferai un dessin ! (avec en prime les « registres » qu’évoque Proust en comparant le lift maniant l’ascenseur du Grand-Hôtel à un organiste, à défaut d’avoir jamais parlé de vergettes…).

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