Les mots du curé font écho

Les mots du curé font écho

 

L’abbé Cornic n’a non seulement qu’un discours, mais il le développe… Tout honnête homme sait qu’il est préférable de ne pas dire tout et son contraire et, dans le cas précis, d’ailleurs, nul n’imagine le curé d’Illiers-Combray tergiverser sur les vertus du Bon Dieu.

 

J’aime bien ce prêtre qui a plus d’un fidèle (ah le beau mot !) à visiter. J’ignore combien sa paroisse — Notre-Dame de Combray ! — compte d’églises, mais il ne ménage pas sa peine pour y officier.

 

À plusieurs reprises, ce blogue a eu le plaisir de lui rendre hommage, notamment à propos de Marcel Proust. Saint-Jacques d’Illiers est la Saint-Hilaire de Combray et les lecteurs de la Recherche en pèlerinage au pays de Léonie ne manquent pas d’en gravir les marches, leur bible (Du côté de chez Swann) à la main :

*Que je l’aimais, que je la revois bien, notre Église ! Son vieux porche par lequel nous entrions, noir, grêlé comme une écumoire, était dévié et profondément creusé aux angles (de même que le bénitier où il nous conduisait) comme si le doux effleurement des mantes des paysannes entrant à l’église et de leurs doigts timides prenant de l’eau bénite, pouvait, répété pendant des siècles, acquérir une force destructive, infléchir la pierre et l’entailler de sillons comme en trace la roue des carrioles dans la borne contre laquelle elle bute tous les jours. Ses pierres tombales, sous lesquelles la noble poussière des abbés de Combray, enterrés là, faisait au chœur comme un pavage spirituel, n’étaient plus elles-mêmes de la matière inerte et dure, car le temps les avait rendues douces et fait couler comme du miel hors des limites de leur propre équarrissure qu’ici elles avaient dépassées d’un flot blond, entraînant à la dérive une majuscule gothique en fleurs, noyant les violettes blanches du marbre ; et en deçà desquelles, ailleurs, elles s’étaient résorbées, contractant encore l’elliptique inscription latine, introduisant un caprice de plus dans la disposition de ces caractères abrégés, rapprochant deux lettres d’un mot dont les autres avaient été démesurément distendues. Ses vitraux ne chatoyaient jamais tant que les jours où le soleil se montrait peu, de sorte que fît-il gris dehors, on était sûr qu’il ferait beau dans l’église ; l’un était rempli dans toute sa grandeur par un seul personnage pareil à un Roi de jeu de cartes, qui vivait là-haut, sous un dais architectural, entre ciel et terre ; (et dans le reflet oblique et bleu duquel, parfois les jours de semaine, à midi, quand il n’y a pas d’office — à l’un de ces rares moments où l’église aérée, vacante, plus humaine, luxueuse, avec du soleil sur son riche mobilier, avait l’air presque habitable comme le hall de pierre sculptée et de verre peint, d’un hôtel de style moyen âge — on voyait s’agenouiller un instant Mme Sazerat I

 

Quand nous nous croisons dans la maison du Seigneur, le curé ne manque jamais de me rappeler qu’en ces lieux,il  y a des priorités.

Par deux fois je l’ai raconté…

 

En juin 2015 :

L’excellent curé de la paroisse, l’abbé Cornic, ne manque pas une occasion de me rappeler l’essentiel quand j’accompagne des proustiens désireux de visiter l’église. Si d’aventure j’oubliais (ce qu’à Dieu ne plaise) la destination de l’édifice, il me prévient : « Alors M. Louis, vous êtes encore là pour Proust, mais n’oubliez pas : Jésus d’abord ! » Et il a bien raison.

 

En février 2016 :

Jean-Pierre Cornic, curé de la paroisse, à la sortie de la messe dominicale. Il aime à rappeler aux visiteurs de l’église Saint-Jacques que Jésus a la priorité sur Proust.

 

Il est donc tout-à-fait logique que le journal Les Échos de vendredi l’ait choisi pour illustrer l’empreinte de la littérature dans la vraie vie, avec un article de sa correspondante à Orléans, Christine Berkovicius, Dans le Centre, les demeures d’écrivain à livre ouvert :

« Vous venez pour Proust ou pour Jésus ? » A l’entrée de l’église d’Illiers-Combray, le curé apostrophe les visiteurs avec le sourire… Il connaît d’avance la réponse, habitué aux touristes du monde entier qui viennent en pèlerinage dans ce petit bourg beauceron immortalisé par Marcel Proust dans la première partie d’« A la recherche du temps perdu ». Outre l’église et les vieilles rues, le clou de la visite est la maison de tante Léonie, là où il attendait, angoissé, que sa mère vienne lui donner le baiser du soir. Entre souvenirs de famille et photos, la déambulation ne manque pas de charme, et peut se prolonger par le Pré Catelan, le jardin créé par l’oncle de Proust où, tous les ans, les inconditionnels de l’écrivain viennent fouler le fameux chemin des aubépines…

 

Les paroissiens de Notre-Dame de Combray ont bien de la chance d’avoir un tel berger.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

PS : En ce dimanche, j’aime à dire que je n’oublierai jamais que l’abbé Cornic m’a obligeamment confié un jour une soutane à vingt-quatre boutons et une barrette pour que j’endosse le personnage du curé de Combray lors d’un dîner proustien.

 

Qu’il en soit une fois de plus remercié.

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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