Loi du 29 juillet 1881

Loi du 29 juillet 1881

 

Marcel Proust venait d’avoir dix ans… La grande loi sur la liberté de la presse date du 29 juillet 1881 et reste aujourd’hui la référence, connue sous le nom du jour de son adoption. Mais si les Français retiennent encore cette date, c’est qu’elle a été inscrite sur les murs de leurs communes car elle est aussi la loi réglementant l’affichage public.

 

Toutes les formes sont bonnes. La peinture…

 

… comme l’émail.

 

Figurez-vous que le mur du musée Marcel Proust à Illliers-Combray en garde la trace aussi et d’une façon que je n’avais jamais vue, gravée dans la pierre. Cela se trouve côté rue Saint-Hilaire.

De loin on ne voit rien.

 

Il faut s’approcher pour voir le premier mot…

 

… puis la suite.

 

Après, on ne lit que « et de ».

 

Le mur redevient alors muet.

Il est sûr cependant que les caractères respectent les codes, identiques à ceux-ci.

 

Le Héros d’À la recherche du temps perdu n’est pas insensible à l’affichage. Celui qui l’attire se trouve sur un endroit dédié au théâtre, la colonne Morris.

 

En 1839, le préfet de la Seine autorise l’installation à Paris des « colonnes moresques » : l’affichage municipal est placardé sur un panneau de bois adossé à l’extérieur des urinoirs. Ces édicules sont améliorés sous Napoléon III par le Service des promenades et plantations qui isole l’intérieur du regard par un écran et éclaire l’intérieur avec un bec de gaz. La construction est redessinée par l’architecte en chef de ce service, Gabriel Davioud, qui remplace la maçonnerie par une structure en fonte mais sa double fonction (affichage et urinoir) provoque des critiques, si bien que le ministre d’État et surintendant général des Théâtres, lance, en 1868, un concours pour trouver un nouveau support exclusivement réservé à l’affichage.

Les imprimeurs Morris, père et fils, entre autres spécialisés dans la promotion des spectacles parisiens, le remportent en créant les « colonnes-affiches », qui portent ensuite leur nom, coiffant ses édicules en fonte verte d’une toiture (composée d’une marquise hexagonale, décorée aux angles de six mufles de lions, le tout surmonté d’un dôme bombé, décoré d’écailles et d’une flèche ornée de feuilles d’acanthe) pour protéger les affiches de la pluie. Le baron Haussmann concède ainsi à l’entreprise « Typographie Morris père et fils » le monopole des colonnes d’affichage encollé suivant des durées allant de neuf à douze ans, l’entreprise s’engageant à couvrir tous les frais de construction des supports et d’affichage. La dernière colonne moresque disparaît en 1877 et est désormais remplacée par la vespasienne.

La surface d’affichage des Colonnes Morris est d’environ 4 m². À la fin du XIXe siècle il y en a deux cent vingt-cinq dans Paris, rapportant annuellement à la ville la somme de 100 000 francs-or. Originellement, l’intérieur de la colonne servait de resserre destinée à entreposer le matériel d’affichage.

 

*Tous les matins je courais jusqu’à la colonne Morris pour voir les spectacles qu’elle annonçait. Rien n’était plus désintéressé et plus heureux que les rêves offerts à mon imagination par chaque pièce annoncée et qui étaient conditionnés à la fois par les images inséparables des mots qui en composaient le titre et aussi de la couleur des affiches encore humides et boursouflées de colle sur lesquelles il se détachait. Si ce n’est une de ces œuvres étranges comme le Testament de César Girodot et Œdipe-Roi lesquelles s’inscrivaient, non sur l’affiche verte de l’Opéra-Comique, mais sur l’affiche lie de vin de la Comédie-Française, rien ne me paraissait plus différent de l’aigrette étincelante et blanche des Diamants de la Couronne que le satin lisse et mystérieux du Domino Noir, et, mes parents m’ayant dit que quand j’irais pour la première fois au théâtre j’aurais à choisir entre ces deux pièces, cherchant à approfondir successivement le titre de l’une et le titre de l’autre, puisque c’était tout ce que je connaissais d’elles, pour tâcher de saisir en chacun le plaisir qu’il me promettait et de le comparer à celui que recélait l’autre, j’arrivais à me représenter avec tant de force, d’une part une pièce éblouissante et fière, de l’autre une pièce douce et veloutée, que j’étais aussi incapable de décider laquelle aurait ma préférence, que si, pour le dessert, on m’avait donné à opter entre du riz à l’Impératrice et de la crème au chocolat. I

 

La colonne Morris, un spectacle urbain.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

3 comments to “Loi du 29 juillet 1881”

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  1. Ah, merci pour l’étymologie de ces colonnes Morris ! Mais qu’en est-il des fontaines Wallace ?

    • Sir Richard Wallace (1818-1890), philanthrope britannique installé à Paris, finance leur édification dans la capitale. Les premières sont installées en 1872.

  2. « Que je boive à fond
    L’eau de toutes les fon
    Taines Wallace

    Si votre érudition
    Qui semble sans fond
    un jour passe ! »

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