La Place de l’Église d’Illiers-Combray

La Place de l’Église d’Illiers-Combray

 

De la fiction à la réalité, elle ne change pas de nom… Place de l’Église — ou Place tout court, parfois même sans majuscule — à Combray, elle reste Place de l’Église dans la vraie vie.

Dans les deux cas, dominée par l’église, Saint-Hilaire ou Saint-Jacques, et son clocher, elle est le cœur battant de la commune.

 

Dans À la recherche du temps perdu, elle est pavée mais aussi recouverte de la paille du marché tumultueux et bariolé ; un magasin à store vend de la toile écrue et des mouchoirs ; un autre est concurrent de chez Camus qui, comme lui, vend des biscuits roses ; le dimanche, les boutiques ferment quand la messe commence ; des gamins s’y chamaillent et l’on y discute à la sortie de l’office ; elle manque d’abri quand il pleut, mais quand le Héros en parle, elle est à chaque fois sous le soleil et il y fait chaud.

 

In real life, si elle n’accueille plus le marché, déplacé place Maunoury.

Demeurent un tabac-presse tout en haut, deux pharmacies presque côte à côte (l’une va déménager à côté de l’Intermarché qui s’agrandit et l’autre fermera à la fin de ce mois), un coiffeur (Profil’Hair), une agence immobilière (MGN), deux kébabs (L’Oriental, l’Oasis), une fleuriste (L’Atelier floral), un hôtel (de l’Image), un libre-service (Rapid’Market), une banque (Crédit agricole), un assureur (Swiss Life), une boutique de décoration (Le Grenier d’Amarine), une épicerie (de Combray), un café-tabac (Café de la Place), un restaurant (La Madeleine d’Illiers), un expert-comptable (dans la maison natale du père et de la tante de Marcel) et un atelier de peintre (Mireille Lépine).

 

Il y a en tout vingt maisons à étage et grenier dont une à colombage.

Ajoutez une fontaine, un banc, six grilles pour garer des vélos, vingt emplacements de parking voitures notamment le long de l’église — mais aucun arbre, pas même un arbuste.

Pour circuler, un trottoir et une grand’rue à sens unique qui descend, reliant le carrefour des rues de Chartres, Florent d’Illiers et de l’Ancienne Mairie à la rue Léon-Ferré. Une ruelle, de l’Égout, débouche entre la rue des Trois Maries et celle des Lavoirs.

 

La municipalité nourrit le projet de rendre cette place plus plaisante et vivante en réduisant le stationnement automobile donc en agrandissant l’espace pour les piétons, en végétalisant, en clair en ajoutant du vert.

 

Hier, au mitan du siècle dernier :

 

Aujourd’hui :

(Photo PL)

 

 

Et demain ? Certes, ce ne sera jamais ni la new-yorkaise Times Square ni la parisienne Place des Vosges, mais celles-là se désolent peut-être parfois de ne pas ressembler aux places de l’Église qui jalonnent la France.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 

Les extraits

*la Place où on m’envoyait avant déjeuner, I

*l’église qui les dominait sur la Place, I

*Mais ma tante savait bien que ce n’était pas pour rien qu’elle avait sonné Françoise, car, à Combray, une personne « qu’on ne connaissait point » était un être aussi peu croyable qu’un dieu de la mythologie, et de fait on ne se souvenait pas que, chaque fois que s’était produite, dans la rue de Saint-Esprit ou sur la place, une de ces apparitions stupéfiantes, des recherches bien conduites n’eussent pas fini par réduire le personnage fabuleux aux proportions d’une « personne qu’on connaissait », soit personnellement, soit abstraitement, dans son état civil, en tant qu’ayant tel degré de parenté avec des gens de Combray. I

*un sourire momentané de soleil ; il était aussi reconnaissable dans le flot bleu et doux dont il baignait les pierreries que sur le pavé de la place ou la paille du marché ; I

*[Le clocher] élevant dans le ciel au-dessus de la Place, sa tour qui avait contemplé saint Louis et semblait le voir encore ; […] Souvent sur la place, quand nous rentrions, ma grand’mère me faisait arrêter pour le regarder. I

*je savais exactement la couleur qu’avait le soleil sur la place, la chaleur et la poussière du marché, l’ombre que faisait le store du magasin où maman entrerait peut-être avant la messe dans une odeur de toile écrue, faire emplette de quelque mouchoir, I

*[Tante Léonie :] Françoise, regardez-moi ce nuage noir derrière le clocher et ce mauvais soleil sur les ardoises, bien sûr que la journée ne se passera pas sans pluie. Ce n’était pas possible que ça reste comme ça, il faisait trop chaud. Et le plus tôt sera le mieux, car tant que l’orage n’aura pas éclaté, mon eau de Vichy ne descendra pas, ajoutait ma tante dans l’esprit de qui le désir de hâter la descente de l’eau de Vichy l’emportait infiniment sur la crainte de voir Mme Goupil gâter sa robe.

— Peut-être, peut-être.

— Et c’est que, quand il pleut sur la place, il n’y a pas grand abri. I

*Nous causions un moment avec M. Vinteuil devant le porche en sortant de l’église. Il intervenait entre les gamins qui se chamaillaient sur la place, prenait la défense des petits, faisait des sermons aux grands. I

*comme la messe finissait et qu’avec le soleil et le bruit du dehors quelque chose de si peu sacré entrait dans l’église que Mme Goupil, Mme Percepied (toutes les personnes qui tout à l’heure, à mon arrivée un peu en retard, étaient restées les yeux absorbés dans leur prière et que j’aurais même pu croire ne m’avoir pas vu entrer si, en même temps, leurs pieds n’avaient repoussé légèrement le petit banc qui m’empêchait de gagner ma chaise) commençaient à s’entretenir avec nous à haute voix de sujets tout temporels comme si nous étions déjà sur la place, nous vîmes sur le seuil brûlant du porche, dominant le tumulte bariolé du marché, Legrandin, que le mari de cette dame avec qui nous l’avions dernièrement rencontré, était en train de présenter à la femme d’un autre gros propriétaire terrien des environs. […] Et une lavallière à pois qu’agitait le vent de la Place continuait à flotter sur Legrandin comme l’étendard de son fier isolement et de sa noble indépendance. I

*l’échelle des prix dans le « magasin » de la Place ou chez Camus où étaient plus chers ceux des biscuits qui étaient roses. I

*[Mme de Guermantes] Ses yeux bleuissaient comme une pervenche impossible à cueillir et que pourtant elle m’eût dédiée ; et le soleil menacé par un nuage, mais dardant encore de toute sa force sur la place et dans la sacristie, donnait une carnation de géranium aux tapis rouges qu’on y avait étendus par terre pour la solennité et sur lesquels s’avançait en souriant Mme de Guermantes, et ajoutait à leur lainage un velouté rose, un épiderme de lumière, cette sorte de tendresse, de sérieuse douceur dans la pompe et dans la joie qui caractérisent certaines pages de Lohengrin, certaines peintures de Carpaccio, et qui font comprendre que Baudelaire ait pu appliquer au son de la trompette l’épithète de délicieux. I

*la titubation de cloches retentissantes et déchaînées (pareilles à celles qui incendiaient de chaleur la place de l’église à Combray, V

*je pensai aux boutiques de Combray sur la place de l’Église, qui, le dimanche, étaient sur le point de fermer quand j’arrivais à la messe, tandis que la paille du marché sentait fort sous le soleil déjà chaud. VI

*Ainsi jadis, par exemple le jour où je devais aller pour la première fois chez la princesse de Guermantes, de la cour ensoleillée de notre maison de Paris j’avais paresseusement regardé, à mon choix, tantôt la place de l’Église à Combray, ou la plage de Balbec, comme j’aurais illustré le jour qu’il faisait en feuilletant un cahier d’aquarelles prises dans les divers lieux où j’avais été et où avec un plaisir égoïste de collectionneur, je m’étais dit en cataloguant ainsi les illustrations de ma mémoire : « J’ai tout de même vu de belles choses dans ma vie ». VII

*on m’avait fait habiter une semaine la petite chambre qu’Eulalie avait sur la place de l’Église, où il n’y avait qu’une sparterie par terre et à la fenêtre un rideau de percale, bourdonnant toujours d’un soleil auquel je n’étais pas habitué. VII

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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