Assez de chichis avec Proust

Assez de chichis avec Proust

 

En communication, il n’est rien de pire que de ressembler à sa caricature… Comme il y a des tue-l’amour, il est des mots qui flinguent les meilleures initiatives.

Vouloir rendre Proust attrayant est heureux, le faire prétentieusement est calamiteux. Prenez ce qui s’est passé hier soir à Illiers-Combray.

 

L’idée est séduisante, l’affiche, moins. Offrons-nous le décorticage d’un texte qui commence en disant à son lecteur qu’il perd son temps.

Je sais d’avance que je risque de déplaire, que l’on va m’accuser de pinailler. J’assume. Avec la langue française, la rigueur s’impose quand il est question de littérature. Nul besoin pour autant d’avoir un style contourné.

 

Mais qui a pu pondre ça ?

 

Escale littéraire ? Bête et bêcheur. Escale : En parlant d’un navire ou d’un avion, action de se ravitailler quelque part, d’y faire des opérations commerciales, d’y débarquer ou d’embarquer du fret ou des passagers. Larousse

(Au passage, le mot est absent de la Recherche, sauf çà retenie Escalecliff avec cette assertion de Brichot : « Douville s’appelait autrefois Escalecliff, l’escalier de la pente. Vers 1233, Eudes le Bouteiller, seigneur d’Escalecliff, partit pour la Terre-Sainte ; » IV Mais ça ne compte pas !)

 

Voyage mémoriel. Sentencieux et maladroit. Mémoriel n’est pas même connu par l’Académie française, sauf dans une page « Addenda » (Les évolutions rapides de l’usage et, en particulier, le développement sans précédent du vocabulaire des sciences et des techniques, appellent, étant donné l’étalement de la publication du Dictionnaire de l’Académie française (tome 1 en 1992 ; tome 2 en 2000 ; tome 3 en 2011), l’addition de termes qui étaient peu employés au moment de la rédaction des tomes.) : « Relatif à la mémoire, au passé d’un pays, d’un peuple, d’un groupe social. Beaucoup d’historiens contestent le principe des lois mémorielles. »

Robert le date de 1921 et le définit comme « relatif à la mémoire, relatif aux mémoires d’un ordinateur » tandis que Larousse le réserve à ce qui est « relatif aux mémoires d’un système informatique ».

Et pourquoi pas, pendant que nous y sommes, mnémique, mnémonique, ou mnésique ?

 

Bref, promenade dans le passé, balade proustienne, voire souvenirs en marche n’auraient-elles pas suffi ?

 

Quitte à chipoter, pourquoi écrire du « centre-bourg » (administratif ou propre aux urbanistes, à mon goût) qu’il est « ponctué » (se dit d’un discours marqué par des gestes ou des exclamations) de maisons typiques « à colombages » (technique utilisée dans toute l’Europe ) et en briques du Perche-Gouët (nom de cinq baronnies — Alluyes (dite la Riche), Brou (la Noble), Authon (la Gueuse), La Bazoche (la Pouilleuse) et Montmirail (la Superbe), mais pas Illiers) ?

 

Avec le « pointillé (contenu secret ou discret d’une œuvre, d’un discours) de camaïeux », on croit lire le Proust du pastiche des Goncourt, moquant « l’effeuillé turgide », « le fin guillochis » ou encore le « pointillis grumeleux ».

 

La description du Pré Catelan est tout aussi laborieuse et une modestie de bon aloi éviterait de faire de l’église un monument « unique ».

 

C’est déprimant de vanité. Un peu de simplicité, que diable !

 

En réalité, peu importe l’auteur du texte qui a sûrement cru bien faire. La responsabilité — vous aurez compris que je pense même culpabilité — incombe à tous les signataires de l’affiche qui l’ont validé : Mairie, Office de tourisme, Société des Amis de Marcel Proust et des Amis de Combray, Dammann Frères, Maison de la Beauce.

 

Sur la forme, dans le corps d’un texte, le quantième d’un jour à une seule unité s’écrit sans zéro. En clair, le 0 est de trop du 1er au 9 du mois : 3 juillet 2018. On ne dit pas : C’est le zéro trois juillet. Ce zéro n’apparaît que lorsque la date est exprimée en chiffres (03/07/18), par exemple dans les documents administratifs.

 

Quant au clair de lune promis, il brillait par son absence, le soleil se couchant à 21 h 57….

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Tout ce qui précède est nul et non avenu au regard de la réponse du public. Ils étaient près de quatre-vingt à vouloir participer à cette soirée. Très beau succès. Prenez ça, monsieur le critiqueur.

 

Il a même fallu faire deux groupes. Ici, celui mené par l’employée de l’Office que j’ai suivie (l’autre étant confié à Gisèle Maini).

(Photos PL)

 

Et comment était-ce ? Il se fait tard et j’ai déjà été trop long.

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

2 comments to “Assez de chichis avec Proust”

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  1. Sachez, cher Patrice Louis, que je ne suis pas concernée par les chichis de cette affiche : l’affaire s’est réglée directement entre le maire et le président de la Société des amis de Marcel Proust et fut exécutée par notre secrétaire, Mme Chauveau. Ainsi vont les choses. Mireille Naturel.

  2. Beaucoup de bruit pour rien.

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