Proust s’abreuve à La Fontaine (2)

Proust s’abreuve à La Fontaine (2)

 

L’affable La Fontaine plaît à Proust… Suite des références à lui et à son œuvre.

 

*Tous les jours suivants ma mère descendit s’asseoir sur la plage, pour faire exactement ce que sa mère avait fait, et elle lisait ses deux livres préférés, les Mémoires de Mme de Beausergent et les Lettres de Mme de Sévigné. Elle, et aucun de nous, n’avait pu supporter qu’on appelât cette dernière la « spirituelle marquise », pas plus que La Fontaine « le Bonhomme ». Mais quand elle lisait dans les lettres ces mots : « ma fille », elle croyait entendre sa mère lui parler. IV

 

 

*[M. de Cambremer] Il parlait du reste fort peu, sachant qu’il avait épousé une femme supérieure. « Moi, indigne », disait-il à tout moment, et citait volontiers une fable de La Fontaine et une de Florian qui lui paraissaient s’appliquer à son ignorance, et, d’autre part, lui permettre, sous les formes d’une dédaigneuse flatterie, de montrer aux hommes de science qui n’étaient pas du Jockey qu’on pouvait chasser et avoir lu des fables. Le malheur est qu’il n’en connaissait guère que deux. Aussi revenaient-elles souvent. IV

 

*[M. de Cambremer :] « Ah ! eh bien, l’auteur, comment dirais-je, de cette géographie, de ce glossaire, épilogue longuement sur le nom d’une petite localité dont nous étions autrefois, si je puis dire, les seigneurs, et qui se nomme Pont-à-Couleuvre. Or je ne suis évidemment qu’un vulgaire ignorant à côté de ce puits de science, mais je suis bien allé mille fois à Pont-à-Couleuvre pour lui une, et du diable si j’y ai jamais vu un seul de ces vilains serpents, je dis vilains, malgré l’éloge qu’en fait le bon La Fontaine (L’Homme et la couleuvre était une des deux fables). — Vous n’en avez pas vu, et c’est vous qui avez vu juste, répondit Brichot. Certes, l’écrivain dont vous parlez connaît à fond son sujet, il a écrit un livre remarquable. — Voire ! s’exclama Mme de Cambremer, ce livre, c’est bien le cas de le dire, est un véritable travail de Bénédictin — Sans doute il a consulté quelques pouillés (on entend par là les listes des bénéfices et des cures de chaque diocèse), ce qui a pu lui fournir le nom des patrons laïcs et des collateurs ecclésiastiques. Mais il est d’autres sources. Un de mes plus savants amis y a puisé. Il a trouvé que le même lieu était dénommé Pont-à-Quileuvre. Ce nom bizarre l’incita à remonter plus haut encore, à un texte latin où le pont que votre ami croit infesté de couleuvres est désigné : Pons cui aperit. Pont fermé qui ne s’ouvrait que moyennant une honnête rétribution. — Vous parlez de grenouilles. Moi, en me trouvant au milieu de personnes si savantes, je me fais l’effet de la grenouille devant l’aréopage » (c’était la seconde fable), dit Cancan qui faisait souvent, en riant beaucoup, cette plaisanterie grâce à laquelle il croyait à la fois, par humilité et avec à-propos, faire profession d’ignorance et étalage de savoir. IV

 

L’Homme et la Couleuvre

 

Un Homme vit une Couleuvre :
« Ah ! méchante, dit-il, je m’en vais faire une œuvre
Agréable à tout l’univers ! »
À ces mots, l’animal pervers
(C’est le serpent que je veux dire
Et non l’homme : on pourrait aisément s’y tromper),
À ces mots, le serpent, se laissant attraper,
Est pris, mis en un sac ; et, ce qui fut le pire,
On résolut sa mort, fût-il coupable ou non.
Afin de le payer toutefois de raison,
L’autre lui fit cette harangue :
« Symbole des ingrats, être bon aux méchants,
C’est être sot, meurs donc : ta colère et tes dents
Ne me nuiront jamais. » Le Serpent, en sa langue,
Reprit du mieux qu’il put : « S’il fallait condamner
Tous les ingrats qui sont au monde,
À qui pourrait-on pardonner ?
Toi-même tu te fais ton procès. Je me fonde
Sur tes propres leçons ; jette les yeux sur toi.
Mes jours sont en tes mains, tranche-les : ta justice,
C’est ton utilité, ton plaisir, ton caprice ;
Selon ces lois, condamne-moi ;
Mais trouve bon qu’avec franchise
En mourant au moins je te dise
Que le symbole des ingrats
Ce n’est point le serpent, c’est l’homme. » Ces paroles
Firent arrêter l’autre ; il recula d’un pas.
Enfin il repartit : « Tes raisons sont frivoles :
Je pourrais décider, car ce droit m’appartient ;
Mais rapportons-nous-en. – Soit fait », dit le reptile.
Une Vache était là, l’on l’appelle, elle vient ;
Le cas est proposé ; « c’était chose facile :
Fallait-il pour cela, dit-elle, m’appeler ?
La Couleuvre a raison ; pourquoi dissimuler ?
Je nourris celui-ci depuis longues années ;
Il n’a sans mes bienfaits passé nulles journées ;
Tout n’est que pour lui seul ; mon lait et mes enfantsLe font à la maison revenir les mains pleines ;
Même j’ai rétabli sa santé, que les ans
Avaient altérée, et mes peines
Ont pour but son plaisir ainsi que son besoin.Enfin me voilà vieille ; il me laisse en un coin

Sans herbe ; s’il voulait encor me laisser paître !
Mais je suis attachée ; et si j’eusse eu pour maître
Un serpent, eût-il su jamais pousser si loin
L’ingratitude ? Adieu : j’ai dit ce que je pense ».

L’homme, tout étonné d’une telle sentence,
Dit au Serpent : « Faut-il croire ce qu’elle dit ?
C’est une radoteuse ; elle a perdu l’esprit.
Croyons ce Bœuf. – Croyons, » dit la rampante bête.
Ainsi dit, ainsi fait. Le Bœuf vient à pas lents.
Quand il eut ruminé tout le cas en sa tête,
Il dit que du labeur des ans
Pour nous seuls il portait les soins les plus pesants,
Parcourant sans cesser ce long cercle de peines
Qui, revenant sur soi, ramenait dans nos plaines
Ce que Cérès nous donne, et vend aux animaux ;
Que cette suite de travaux
Pour récompense avait, de tous tant que nous sommes,
Force coups, peu de gré ; puis, quand il était vieux,
On croyait l’honorer chaque fois que les hommes
Achetaient de son sang l’indulgence des Dieux.
Ainsi parla le Bœuf. L’Homme dit : « Faisons taire
Cet ennuyeux déclamateur ;
Il cherche de grands mots, et vient ici se faire,
Au lieu d’arbitre, accusateur.
Je le récuse aussi. » L’arbre étant pris pour juge,
Ce fut bien pis encore. Il servait de refuge
Contre le chaud, la pluie, et la fureur des vents ;
Pour nous seuls il ornait les jardins et les champs.
L’ombrage n’était pas le seul bien qu’il sût faire ;
Il courbait sous les fruits ; cependant pour salaire
Un rustre l’abattait, c’était là son loyer,
Quoique pendant tout l’an libéral il nous donne
Ou des fleurs au Printemps, ou du fruit en Automne ;
L’ombre l’Eté, l’Hiver les plaisirs du foyer.
Que ne l’émondait-on, sans prendre la cognée ?
De son tempérament il eût encor vécu.
L’Homme trouvant mauvais que l’on l’eût convaincu,
Voulut à toute force avoir cause gagnée.
« Je suis bien bon, dit-il, d’écouter ces gens-là. »
Du sac et du serpent aussitôt il donna
Contre les murs, tant qu’il tua la bête.
On en use ainsi chez les grands.
La raison les offense ; ils se mettent en tête
Que tout est né pour eux, quadrupèdes, et gens,
Et serpents.
Si quelqu’un desserre les dents,
C’est un sot. – J’en conviens. Mais que faut-il donc faire ?
– Parler de loin, ou bien se taire.

 

[« Aucune fable de La Fontaine, ni de Florian, ne met en scène une grenouille et l’aréopage. Proust notait pourtant de la Carnet 1 déjà, en 1908 : « Le singe montrant la lanterne magique, le grenouilles du Nil, l’aéropage [sic] » où le singe qui montre la lanterne magique est bien une fable de Florian (livre II, fable 7). » (Note in Du côté de chez Swann, Folio Classique)]

 

*— Mon arrière-grand’mère était une d’Arrachepel ou de Rachepel, comme vous voudrez, car on trouve les deux noms dans les vieilles chartes, continua M. de Cambremer, qui rougit vivement, car il eut, seulement alors, l’idée dont sa femme lui avait fait honneur et il craignit que Mme Verdurin ne se fût appliqué des paroles qui ne la visaient nullement. L’histoire veut qu’au onzième siècle, le premier Arrachepel, Macé, dit Pelvilain, ait montré une habileté particulière dans les sièges pour arracher les pieux. D’où le surnom d’Arrachepel sous lequel il fut anobli, et les pieux que vous voyez à travers les siècles persister dans leurs armes. Il s’agit des pieux que, pour rendre plus inabordables les fortifications, on plantait, on fichait, passez-moi l’expression, en terre devant elles, et qu’on reliait entre eux. Ce sont eux que vous appeliez très bien des piquets et qui n’avaient rien des bâtons flottants du bon La Fontaine. Car ils passaient pour rendre une place inexpugnable. Évidemment, cela fait sourire avec l’artillerie moderne. IV

 

Le Chameau et les Bâtons flottants

 

Le premier qui vit un chameau
S’enfuit à cet objet nouveau ;
Le second approcha ; le troisième osa faire
Un licou pour le dromadaire.
L’accoutumance ainsi nous rend tout familier :
Ce qui nous paraissait terrible et singulier
S’apprivoise avec notre vue
Quand ce vient à la continue.
Et puisque nous voici tombés sur ce sujet,
On avait mis des gens au guet,
Qui voyant sur les eaux de loin certain objet,
Ne purent s’empêcher de dire
Que c’était un puissant navire.
Quelques moments après, l’objet devint brûlot,
Et puis nacelle, et puis ballot,
Enfin bâtons flottants sur l’onde.

J’en sais beaucoup de par le monde
À qui ceci conviendrait bien :
De loin, c’est quelque chose, et de près, ce n’est rien.

 

 

* M. de Cambremer considérait l’affaire Dreyfus comme une machine étrangère destinée à détruire le Service des Renseignements, à briser la discipline, à affaiblir l’armée, à diviser les Français, à préparer l’invasion. La littérature étant, hors quelques fables de La Fontaine, étrangère au marquis, il laissait à sa femme le soin d’établir que la littérature, cruellement observatrice, en créant l’irrespect, avait procédé à un chambardement parallèle. V

 

*[Brichot :] des ananas du jeune homme figurèrent tout dernièrement sur la table du quai Conti, faisant dire à Mme Verdurin, qui, à ce moment, n’y mettait pas malice : « Vous avez donc un oncle ou un neveu d’Amérique, M. de Charlus, pour recevoir des ananas pareils ! » J’avoue que, si j’avais alors su la vérité, je les eusses mangés avec une certaine gaieté en me récitant in petto le début d’une ode d’Horace que Diderot aimait à rappeler. En somme, comme mon collègue Boissier, déambulant du Palatin à Tibur, je prends dans la conversation du baron, une idée singulièrement plus vivante et plus savoureuse des écrivains du siècle d’Auguste. Ne parlons même pas de ceux de la Décadence, et ne remontons pas jusqu’aux Grecs, bien que j’aie dit à cet excellent M. de Charlus qu’auprès de lui je me faisais l’effet de Platon chez Aspasie. À vrai dire, j’avais singulièrement grandi l’échelle des deux personnages et, comme dit La Fontaine, mon exemple était tiré « d’animaux plus petits ». Quoi qu’il en soit, vous ne supposez pas, j’imagine, que le baron ait été froissé. Jamais je ne le vis si ingénument heureux. V

 

Voir plus haut la remarque de l’ambassadrice de Turquie.

 

 

*[Journal inédit des Goncourt] Tout un quartier où a flâné mon enfance quand ma tante de Courmont l’habitait et que je me prends à raimer en retrouvant, presque contigu à l’hôtel des Verdurin, l’enseigne du «Petit Dunkerque», une des rares boutiques survivant ailleurs que vignettées dans le crayonnage et les frottis de Gabriel de Saint-Aubin où le XVIIIe siècle curieux venait asseoir ses moments d’oisiveté pour le marchandage des jolités françaises et étrangères et « tout ce que les arts produisent de plus nouveau », comme dit une facture de ce Petit Dunkerque, facture dont nous sommes seuls, je crois, Verdurin et moi, à posséder une épreuve et qui est bien un des volants chefs-d’œuvre de papier ornementé sur lequel le règne de Louis XV faisait ses comptes, avec son en-tête représentant une mer toute vagueuse, chargée de vaisseaux, une mer aux vagues ayant l’air d’une illustration de l’Édition des Fermiers Généraux de « l’Huître et les Plaideurs ». VII

 

L’Huître et les Plaideurs

 

Un jour deux Pèlerins sur le sable rencontrent
Une Huître que le flot y venait d’apporter :
Ils l’avalent des yeux, du doigt ils se la montrent ;
À l’égard de la dent il fallut contester.
L’un se baissait déjà pour amasser la proie ;
L’autre le pousse, et dit : Il est bon de savoir
Qui de nous en aura la joie.
Celui qui le premier a pu l’apercevoir
En sera le gobeur ; l’autre le verra faire.
Si par là on juge l’affaire,
Reprit son compagnon, j’ai l’œil bon, Dieu merci.
Je ne l’ai pas mauvais aussi,
Dit l’autre, et je l’ai vue avant vous, sur ma vie.
Eh bien ! vous l’avez vue, et moi je l’ai sentie.
Pendant tout ce bel incident,
Perrin Dandin arrive : ils le prennent pour juge.
Perrin fort gravement ouvre l’Huître, et la gruge,
Nos deux Messieurs le regardant.
Ce repas fait, il dit d’un ton de Président :
Tenez, la cour vous donne à chacun une écaille
Sans dépens, et qu’en paix chacun chez soi s’en aille.
Mettez ce qu’il en coûte à plaider aujourd’hui ;
Comptez ce qu’il en reste à beaucoup de familles ;
Vous verrez que Perrin tire l’argent à lui,
Et ne laisse aux plaideurs que le sac et les quilles.

 

 

*Ainsi peut-être la vue d’Andrée rappelait à Gilberte le roman de jeunesse qu’avait été son amour pour Robert, et lui inspirait aussi un grand respect pour Andrée de laquelle était toujours amoureux un homme, tant aimé par cette Rachel que Gilberte sentait avoir été plus aimée de Saint-Loup qu’elle ne l’avait été elle-même. Peut-être au contraire ces souvenirs ne jouaient-ils aucun rôle dans la prédilection de Gilberte pour ce ménage artiste et fallait-il y voir simplement, comme chez beaucoup, l’épanouissement des goûts habituellement inséparables chez les femmes du monde de s’instruire et de s’encanailler. Peut-être Gilberte avait-elle oublié Robert autant que moi Albertine, et si même elle savait que c’était Rachel que l’artiste avait quittée pour Andrée, ne pensait-elle jamais quand elle les voyait à ce fait qui n’avait jamais joué aucun rôle dans son goût pour eux. On n’aurait pu décider si mon explication première n’était pas seulement possible, mais était vraie, que grâce au témoignage des intéressés, seul recours qui reste en pareil cas, s’ils pouvaient apporter dans leurs confidences de la clairvoyance et de la sincérité. Or la première s’y rencontre rarement et la seconde jamais. En tous cas la vue de Rachel, devenue aujourd’hui une actrice célèbre, ne pouvait pas être agréable à Gilberte. Je fus donc ennuyé d’apprendre qu’elle récitait des vers dans cette matinée, et, avait-on annoncé, le Souvenir de Musset et des fables de La Fontaine. VII

 

 

*La fragmentaire Gilberte d’aujourd’hui écouta ma requête en souriant. Puis, en se mettant à y réfléchir, elle prit un air sérieux. Et j’en fus heureux car cela l’empêcha de faire attention à un groupe qui se trouvait non loin de nous et dont la vue n’eût pu certes lui être agréable. On y remarquait la duchesse de Guermantes en grande conversation avec une affreuse vieille femme que je regardais sans pouvoir du tout deviner qui elle était : je n’en savais absolument rien. « Comme c’est drôle de voir ici Rachel », me dit à l’oreille Bloch qui passait à ce moment. Ce nom magique rompit aussitôt l’enchantement qui avait donné à la maîtresse de Saint-Loup la forme inconnue de cette immonde vieille et je la reconnus alors parfaitement. C’était bien avec elle, devenue une actrice célèbre, et qui allait au cours de cette matinée réciter des vers de Musset et de La Fontaine que la tante de Gilberte, la duchesse de Guermantes causait en ce moment. VII

 

 

*Quand le poème fut fini, comme nous étions à côté de Rachel, j’entendis celle-ci remercier Mme de Guermantes et en même temps, profitant de ce que j’étais à côté de la duchesse, elle se tourna vers moi et m’adressa un gracieux bonjour. Je compris alors qu’au contraire des regards passionnés du fils de M. de Vaugoubert que j’avais pris pour le bonjour de quelqu’un qui se trompait, ce que j’avais pris chez Rachel pour un regard de désir n’était qu’une provocation contenue à se faire reconnaître et saluer par moi. Je répondis par un salut souriant au sien. « Je suis sûre qu’il ne me reconnaît pas, dit en minaudant la récitante à la duchesse. – Mais si, dis-je avec assurance, je vous reconnais parfaitement. » Si pendant les plus beaux vers de La Fontaine cette femme qui les récitait avec tant d’assurance n’avait pensé, soit par bonté, ou bêtise, ou gêne, qu’à la difficulté de me dire bonjour, pendant les mêmes beaux vers Bloch n’avait songé qu’à faire ses préparatifs pour pouvoir dès la fin de la poésie bondir comme un assiégé qui tente une sortie, et passant, sinon sur le corps, du moins sur les pieds de ses voisins, venir féliciter la récitante, soit par une conception erronée du devoir, soit par désir d’ostentation. « C’était bien beau», dit-il à Rachel, et ayant dit ces simples mots, son désir étant satisfait, il repartit et fit tant de bruit pour regagner sa place que Rachel dut attendre plus de cinq minutes avant de réciter la seconde poésie. Quand elle eut fini celle-ci, les Deux Pigeons, Mme de Morienval s’approcha de Mme de Saint-Loup qu’elle savait fort lettrée sans se rappeler assez qu’elle avait l’esprit subtil et sarcastique de son père, et lui demanda : « C’est bien la fable de La Fontaine, n’est-ce pas ? », croyant bien l’avoir reconnue mais n’étant pas absolument certaine, car elle connaissait fort mal les fables de La Fontaine et de plus croyait que c’était des choses d’enfants qu’on ne récitait pas dans le monde. Pour avoir un tel succès l’artiste avait sans doute pastiché des fables de La Fontaine, pensait la bonne dame. Or, Gilberte, jusque-là impassible, l’enfonça sans le vouloir dans cette idée, car n’aimant pas Rachel et voulant dire qu’il ne restait rien des fables avec une diction pareille, elle le dit de cette nuance trop subtile qui était celle de son père et qui laissait les personnes naïves dans le doute sur ce qu’il voulait dire : « Un quart est de l’invention de l’interprète, un quart de la folie, un quart n’a aucun sens, le reste est de La Fontaine », ce qui permit à Mme de Morienval de soutenir que ce qu’on venait d’entendre n’était pas les Deux Pigeons de La Fontaine mais un arrangement où, tout au plus un quart était de La Fontaine, ce qui n’étonna personne vu l’extraordinaire ignorance de ce public. VII

 

Voir plus haut.

 

Ne jamais réserver la Fontaine aux enfants.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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