Et vive le subjonctif imparfait !

Et vive le subjonctif imparfait !

 

Il y a un concours d’entrée… Je l’ai réussi avec brio.

Après avoir répondu à une question, j’ai donc été admis dans un groupe « fermé » dont les membres sont invités à donner ses lettres de noblesse à un temps à un temps grammatical huppé, tordu et suranné —marque de fabrique de Marcel Proust (marque au fer rouge pour ses détracteurs) .

 

A peine entré, j’ai lancé un appel :

Nouveau membre· 37 min. Fou de Proust, il m’est arrivé de recenser des subjonctifs dans la Recherche, mais pas à l’imparfait. Quelqu’un s’y est-il attelé ?

 

Le premier à me répondre, quasi instantanément, ne m’était pas inconnu, Jérôme Bastianelli : J’en lisais justement un ce matin : « « Bravo, la vieille ! » s’écriait le grand duc Wladimir en battant des mains comme au théâtre. Mme d’Arpajon ne fut pas sensible à ce qu’on vantât sa dextérité aux dépens de sa jeunesse ».

 

Jean-François Sené a enchaîné : Du côté de chez Swann (Paris, Quarto Gallimard, 1999)

« Ou bien en dormant j’avais rejoint sans effort un âge à jamais révolu de ma vie primitive, retrouvé telle de mes terreurs enfantines comme celle que mon grand-oncle me tirât par mes boucles et qu’avait dissipée le jour — date pour moi d’une ère nouvelle — où on les avait coupées. J’avais oublié cet événement pendant mon sommeil, j’en retrouvais le souvenir aussitôt que j’avais réussi à m’éveiller pour échapper aux mains de mon grand-oncle, mais par mesure de précaution j’entourais complètement ma tête de mon oreiller avant de retourner dans le monde des rêves. » p. 14

« Que vers le matin, après quelque insomnie, le sommeil le prenne en train de lire, dans une posture trop différente de celle où il dort habituellement, il suffit de son bras soulevé pour arrêter et faire reculer le soleil, et à la première minute de son réveil, il ne saura plus l’heure, il estimera qu’il vient à peine de se coucher. Que s’il s’assoupit dans une position encore plus déplacée et divergente, par exemple après dîner assis dans un fauteuil, alors le bouleversement sera complet dans les mondes désorbités, le fauteuil magique le fera voyager à toute vitesse dans le temps et dans l’espace, et au moment d’ouvrir les paupières, il se croira couché quelques mois plus tôt dans une autre contrée. Mais il suffisait que, dans mon lit même, mon sommeil fût profond et détendît entièrement mon esprit ; alors celui-ci lâchait le plan du lieu où je m’étais endormi, et quand je m’éveillais au milieu de la nuit, comme j’ignorais où je me trouvais, je ne savais même pas au premier instant qui j’étais … ». p. 15

 

Et puis, la conversation a bifurqué.

Rose Staub : A vous de les relever ! Achetez dix gros cahiers ou plusieurs ramettes de papier pour votre imprimante !

 

Sophonisba de Carthage : C’est un travail de Romain.  Il y en a à chaque ligne ! Il faut former des équipes.

 

Rose Staub est revenue à la charge : Ce relevé ( pardonnez-moi ! ) n’a pas d’intérêt. A quoi sert de sortir les verbes de leur contexte ?

 

Moi : Et le plaisir ?

 

Elle : Bon, si cela vous amuse ! Cela me faisait plutôt penser à un relevé très « savant  » tel qu’on en trouve dans certaines thèses ou cours de fac ! (J’ai suivi à la fac de Nanterre, il y a fort longtemps, un cours sur les Fables de La Fontaine qui étaient au programme de l’Agrégation de Lettres. Le professeur à passé un semestre à relever les occurrences des mots : poule : 63, chien : 75, bœuf : 32, lion : 24, etc., etc. (mes chiffres sont fantaisistes, je n’ai pas retenu les chiffres exacts !). Je ne sais pas si le professeur ressentait du plaisir…mais nous, étudiants, nous barbions profondément !

 

Annie Girafe : Je trouve savoureuse l’idée de rechercher un imparfait du subjonctif, temps perdu ou oublié, dans la Recherche, justement!
Proust n’avait sans doute pas imaginé cela!

 

Catherine Choupin : Il y en a vraiment beaucoup, dans mon souvenir.

 

Gisèle Dessieux : Moi je fais comme pour la Bible : j’ouvre au hasard et aux innocents les mains pleines.

 

Ineffables réseaux sociaux. Je garde ma carte de membre.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

PS : Clin d’œil à Olivier qui en est un admirateur avisé : Alphonse Allais a consacré à ce temps une complainte amoureuse.

 

Oui, dès l’instant que je vous vis,
Beauté féroce, vous me plûtes !
De l’amour qu’en vos yeux je pris,
Sur-le-champ vous vous aperçûtes.
Mais de quel air froid vous reçûtes
Tous les soins que pour vous je pris !
Combien de soupirs je rendis ?
De quelle cruauté vous fûtes ?
Et quel profond dédain vous eûtes
Pour les vœux que je vous offris !
En vain je priai, je gémis,
Dans votre dureté vous sûtes
Mépriser tout ce que je fis.
Même un jour je vous écrivis
Un billet tendre que vous lûtes,
Et je ne sais comment vous pûtes
De sang-froid, voir ce que je mis.
Ah, fallait-il que je vous visse,
Fallait-il que vous me plussiez,
Qu’ingénument je vous le disse,
Qu’avec orgueil vous vous tussiez !
Fallait-il que je vous aimasse,
Que vous me désespérassiez.
Et qu’en vain je m’opiniâtrasse
Et que je vous idolâtrasse,
Pour que vous m’assassinassiez !

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

2 comments to “Et vive le subjonctif imparfait !”

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  1. Et l’inénarrable Jacqueline Maillant ? L’avez-vous croisée dans ces parages dangereux du subjonctif ? Sinon rendez-vous sur youtube !

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