Myosotis et premier bouquet

Myosotis et premier bouquet

 

Elles sont là, arrivées à leur heure. En avance ou en retard ? On s’en fiche.

Les premières fleurs éclosent petit à petit à Illiers-Combray et Violette a pu faire son premier bouquet de printemps avec des épines de prunelliers cueillies dans une haie du côté de la Védière.

 

De l’autre côté du Loir, à la Grève, nous avons bien évité de piétiner des petits myosotis au bord du chemin.

 

Un peu plus loin, celui-là s’est prudemment rangé le long du mur.

(Photos PL)

 

Fleur bleue, je fonds d’émotion de devant la simple pureté de la nature.

Ne m’oubliez pas ? Il n’y a pas de risque !

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

PS : Il est huit occurrences de myosotis dans la Recherche (et aucune de prunellier).

 

 

 

Les extraits

*[Les vitraux de l’église de Combray] et, même à nos premiers dimanches quand nous étions arrivés avant Pâques, il me consolait que la terre fût encore nue et noire, en faisant épanouir, comme en un printemps historique et qui datait des successeurs de saint Louis, ce tapis éblouissant et doré de myosotis en verre.

I

*[À Tansonville] au pied de l’allée qui dominait l’étang artificiel, s’était composée sur deux rangs, tressés de fleurs de myosotis et de pervenches, la couronne naturelle, délicate et bleue qui ceint le front clair-obscur des eaux, et que le glaïeul, laissant fléchir ses glaives avec un abandon royal, étendait sur l’eupatoire et la grenouillette au pied mouillé, les fleurs de lis en lambeaux, violettes et jaunes, de son sceptre lacustre. I

*ce qui était sans cesse devant ses yeux, c’était un parc qu’il [Swann] possédait près de Combray, où, dès quatre heures, avant d’arriver au plant d’asperges, grâce au vent qui vient des champs de Méséglise, on pouvait goûter sous une charmille autant de fraîcheur qu’au bord de l’étang cerné de myosotis et de glaïeuls, et où, quand il dînait, enlacées par son jardinier, couraient autour de la table les groseilles et les roses. I

*Swann possédait une merveilleuse écharpe orientale, bleue et rose, qu’il avait achetée parce que c’était exactement celle de la vierge du Magnificat. Mais Mme Swann ne voulait pas la porter. Une fois seulement elle laissa son mari lui commander une toilette toute criblée de pâquerettes, de bluets, de myosotis et de campanules d’après la Primavera du Printemps. II

*[Charlus au Héros :] Je vous ai prêté un livre de Bergotte dont j’ai besoin. Faites-le moi rapporter dans une heure par ce maître d’hôtel au prénom risible et mal porté, qui je suppose n’est pas couché à cette heure-ci. Vous me faites apercevoir que je vous ai parlé trop tôt hier soir des séductions de la jeunesse, je vous aurais rendu meilleur service en vous signalant son étourderie, ses inconséquences et son incompréhension. J’espère, Monsieur, que cette petite douche ne vous sera pas moins salutaire que votre bain. Mais ne restez pas ainsi immobile, vous pourriez prendre froid. Bonsoir, Monsieur.

Sans doute eut-il regret de ces paroles, car quelque temps après je reçus, — dans une reliure de maroquin sur le plat de laquelle avait été encastrée une plaque de cuir incisé qui représentait en demi-relief une branche de myosotis — le livre qu’il m’avait prêté et que je lui avais fait remettre, non par Aimé qui se trouvait « de sortie », mais par le liftier. II

*[Charlus au Héros :] Vous offrez à votre derrière une chauffeuse Directoire pour une bergère Louis XIV. Un de ces jours vous prendrez les genoux de Mme de Villeparisis pour le lavabo, et on ne sait pas ce que vous y ferez. Pareillement, vous n’avez même pas reconnu dans la reliure du livre de Bergotte le linteau de myosotis de l’église de Balbec. Y avait-il une manière plus limpide de vous dire : « Ne m’oubliez pas ! » III

*[Charlus à Mme Verdurin :] La duchesse de Guermantes n’est pas venue, mais on ne sait pas, c’était peut-être mieux ainsi. Nous ne lui en voudrons pas et nous penserons tout de même à elle pour une autre fois ; d’ailleurs on ne peut pas ne pas se souvenir d’elle, ses yeux mêmes nous disent : ne m’oubliez pas, puisque ce sont deux myosotis (et je pensais à part moi combien il fallait que l’esprit des Guermantes — la décision d’aller ici et pas là — fût fort pour l’avoir emporté chez la duchesse sur la crainte de Palamède). V

*[Goncourt :] des assiettes de Saxe plus mièvres dans le gracieux de leur faire, à l’endormement, à l’anémie de leurs roses tournées au violet, au déchiquetage lie-de-vin d’une tulipe, au rococo d’un œillet ou d’un myosotis, VII

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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