Et Wauquiez débina Proust

Et Wauquiez débina Proust

 

Bardé de diplômes comme un chapon de lard, le chef de la droite française continue de sculpter sa propre statue. Point de fins outils, il attaque à la pioche comme s’il fallait d’abord détruire.

L’ennui avec M. Wauquiez, c’est qu’il est trop prévisible. Ayant décidé d’incarner le peuple provincial opposé à l’élite parisienne dont il est pourtant le rejeton, il joue au chamboule-tout.

 

L’entretien qu’il vient d’accorder à l’hebdomadaire Le Point l’illustre lumineusement. Convié à livrer ses goûts littéraires, il commence par critiquer. On l’imagine tellement choisir sa posture : Qu’est-ce qui symbolise le génie français ? Alors, à bas Proust, feu sur la bien-pensance.

 

Dès ses première réponse, il choisit la démagogie : « happé » par un manga « plong[é] » dans la SF, il ne « dédaigne pas » un polar de gare. « Dans mon panthéon personnel, je place certains romans policiers ou de science-fiction au-dessus des gribouillages narcissiques parfois portés au pinacle des prix littéraires. » Non seulement tout ne se vaut pas, mais face à des livres sans prétention un Goncourt ne vaut pas tripette. Le 1919 ?

 

Céline ou Proust ? demande le journal : « Céline. Je chéris son humour féroce, son style étincelant, sa façon de voir là où plus personne ne voit. J’en sais les détours obscurs. Mais Céline pose l’énigme terrible de la noirceur. »

 

Le média insiste : Quel classique vous est tombé des mains ? « Proust, hélas. Il est sans doute insolent de trouver Proust trop sinueux, trop immobile, trop mondain. C’est le temps suspendu. C’est peut-être l’œuvre la plus exactement opposée à mon caractère. »

 

Wauquiez l’insolent ! Avec Proust comme avec Sarkozy ? Sans m’appesantir sur un décorticage chronophage, je remarque que le monsieur succombe aux détours obscurs céliniens mais trouve Marcel trop sinueux. Sa ligne est périlleuse à suivre. Chacun appréciera l’œuvre de l’auteur opposée au caractère du lecteur —je ramasse les copies dans quatre heures.

 

Il ne faut pas s’étonner que le roi du bullshit débinât la Recherche (comme « l’ancienne maîtresse de Saint-Loup débinât la Berma ». (Le Temps retrouvé).

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

2 comments to “Et Wauquiez débina Proust”

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  1. Pfff… Plus aucun politique ne parle vrai(déjà qu’avant…) . Les réponses sont répétées d’avance, soupesées par des « communicants » (non plus vases, mais vaseux…) et toutes animées par la volonté de correspondre aux attentes des électeurs. Si, pour sa publicité, M. Wauquiez avait dû apparaître comme un lettré déclaré, nul doute qu’il aurait été jusqu’à citer Proust dans le texte. Mais quand on prône une ligne politique comme la sienne, le polar du kiosque ferroviaire est plus cohérent. C’est tout, ça s’appelle le marketing politique, et nous sommes au vingt-et-unième siècle.

  2. Avouerais-je qu’à la lecture de l’article du Point, article au titre accrocheur, j’ai éprouvé comme un soulagement. Pour moi, qui, et depuis si longtemps, à peine la dernière page du « Temps Retrouvé » finie, retourne aussitôt à « Combray », j’aurais éprouvé comme une gêne à imaginer qu’un Wauquiez pouvait être en train de partager le même plaisir que moi. Il est déjà suffisamment pénible de le savoir maire d’une ville aussi extraordinaire que la ville du Puy.

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