Plus on est de fous… (3)

Plus on est de fous… (3)

 

Pour une déraison ou pour une autre, les personnages de Proust auxquels est associé le mot sont plus d’un.

 

Parmi la septentaine de « folle » et la centaine de « fou » (ajoutons la soixantaine d’occurrences de « « folie »), voici, dans l’ordre, les protagonistes qui sont directement incriminés.

 

Du côté de chez Swann :

La mère du Héros supplie son fils de ne pas rester dans le couloir à l’attendre comme un fou alors que son mari approche.

Le grand-père traite presque de folle son épouse pour les livres qu’elle veut donner au Héros.

La fille du jardinier court comme une folle.

Françoise trouve que les soldats qui n’ont plus peur de la mort, dans ces misérables guerres, sont ni plus ni moins des fous.

La grand’mère envisage que Bloch soit fou puisqu’il pleure en apprenant qu’elle est souffrante alors qu’il ne la connaît pas.

Odette dit à Swann qu’il est fou de proposer cesser de replacer les catleyas de son corsage.

Oriane deviendrait folle s’il lui fallait voir des gens qu’elle ne connaît pas.

La mère du Héros a toujours pensé que Mme Blatin était une espèce de folle.

 

À l’ombre des jeunes filles en fleurs :

À propos de Norpois, Bergotte assure que lui serait devenu fou s’il avait fallu que la femme qu’il aimait habitât Paris pendant qu’il serait retenu à Rome.

Mme de Villeparisis se désole que son neveu [Saint-Loup] soit tombé dans les griffes d’une mauvaise femme dont il est fou.

Albertine dit d’une personne qu’elle est parfaitement folle, mais très gentille tout de même.

Après avoir assisté à des cour­ses de chevaux, Elstir dit qu’il est revenu fou, avec un tel désir de travailler.

Albertine s’autoproclame folle pour avoir gardé dans sa poche une lettre de Gisèle.

D’Andrée et Rosemonde qui la contrarie, Albertine dit que ces folles font les enfants de huit ans.

Le Héros traite Mme Bontemps d’espèce de folle.

 

Le Côté de Guermantes :

Le Héros se dit fou de n’avoir pas songé qu’Oriane est la tante de Robert.

Jaloux, Robert envisage que Rachel soit folle (elle le trouve un peu piqué).

Au bout d’une heure avec Mme de Cambremer, cette énorme herbivore, Oriane a pensé devenir folle.

Mme de Marsantes traite son fils de jeune fou.

Robert assure qu’il deviendrait fou si Rachel souffrait sans pouvoir se le représenter.

Le grand-père dit de ses deux belles-sœurs qu’elles sont folles à lier.

Oriane traite de fou celui qui dit de M. de Bréauté qu’il est snob, car c’est tout le contraire.

Bloch prend Mme Alphonse de Rothschild pour une vieille Anglaise un peu folle.

Oriane a avec son mari cette espèce de hardiesse des dompteurs ou des gens qui vivent avec un fou et qui ne craignent pas de l’irriter.

Oriane trouve que la défunte impératrice d’Autriche était un peu folle, une gentille folle très aimable.

 

Sodome et Gomorrhe :

Mme de Citri (qui trouve tout le monde idiot) estime que c’est si ennuyeux les belles choses et les tableaux à vous rendre fou.

Oriane traite le Héros d’un peu fou (mon pauvre petit) d’oser lui demander de le présenter dans le salon de la baronne Putbus.

Swann dit à Odette qu’elle est folle de se faire présenter à quelque dame nationaliste.

Le Héros reconnait agir en véritable fou de s’informer sur la camériste de M. Putbus.

Marie Gineste réprimande Céleste Albaret de traiter durement au Héros comme si c’était un enfant : « Es-tu pas folle de parler à Monsieur comme cela ? »

Mme Verdurin dit que les imbéciles, les gens qui l’ennuient, ça la rend folle.

De son aveu, la non-perception de la réalité fait du Héros qui dort un fou.

Le Héros considère que la nature de Morel est folle dans son genre.

L’idée qu’Albertine puisse voir les cousines de Bloch rend le Héros fou.

Albertine répond au Héros qu’il est fou, que tout le monde voudrait vivre auprès de lui alors qu’il s’affirme immariable, souffrant et si ennuyeux.

 

La Prisonnière :

Câline, Oriane a l’air de penser que le Héros est fou qui lui rappelle sa robe et ses souliers rouges.

Le Héros traite Albertine de petite folle. Peu après il considère qu’elle n’est pas folle.

Le Héros plaint Charlus de voir avec Morel en ayant ignoré au début qu’il était fou.

Croisant Charlus et le Héros, Brichot leur dit qu’ils ont l’air de s’amuser comme deux petites folles.

  1. Verdurin traite Saniette, son souffre-douleur, de fou, ajoutant qu’on devrait l’emmener.

Albertine répond au Héros qu’il est fou de penser qu’elle était persuadée que sa tendresse pour elle était une comédie.

Le Héros envisage que son lecteur le croit à peu près fou.

 

La Fugitive :

Le Héros imagine qu’un homme sensé et intelligent le traite de fou en envisageant devant lui qu’Albertine parte brusquement (C’est impossible, ajouterait-il).

Le Héros dit à Françoise qu’elle est folle d’être en désaccord avec lui sur l’origine de deux bagues d’Albertine.

Le Héros se souvient quand il était assez fou pour désirer qu’Albertine ne fût pas vertueuse.

Guy Saumoy, qui avait enlevé deux jeunes filles, était complètement fou.

Selon Mme Sazerat, la future Mme de Villeparisis a rendu fou son père, l’a ruiné et abandonné.

 

Le Temps retrouvé :

Gilberte dit qu’elle a été traitée de folle d’avoir quitté Paris pour Tansonville à la fin de 1914, où elle est arrivée en même temps que les Allemands.

En lisant ses articles, Mme Verdurin croit que Brichot devient fou.

Les clients de Jupien recherchant des partenaires particuliers (valet de pied, enfant de chœur, chauffeur nègre) sont des vieux fous.

 

On ne sait plus à quel « sain » se vouer !

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

Write a Reply or Comment

Your email address will not be published.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Articles populaires

Abonnez-vous

Un flux RSS proustien pour recevoir tous les articles du Fou de Proust
Et également sur et