Vous avez dit otarie ?

Vous avez dit otarie ?

 

Ah oui, elle rit, l’otarie !

 

Proust nous joue un bon tour en l’évoquant — une fois, une seule.

Qu’est-ce que ce mammifère marin fait dans Du côté de chez Swann ? Il est à sa place.

Que nous dit le romancier ? Que les enfants se réjouissent à l’avance de voir l’animal sauter de son rocher dans l’eau. Et où a-t-on vu un tel spectacle ? Aux portes de Paris, dans un endroit magique qui ne sera nommé que dans le tome II, le Jardin d’Acclimatation.

Une otarie —plusieurs même à une époque — y a vécu et Marcel enfant a dû être de ces enfants transportés de joie.

 

Les autres animaux cités quelques lignes plus haut — hippopotame, zèbres, crocodiles, lapins russes, ours et héron — sont, d’évidence, les autres pensionnaires de ce parc créé sous le Second Empire et qui est associé dans la Recherche aux Swann, à M. Verdurin, à Mme Blatin, à la princesse Mathilde et à celle du Luxembourg. Rien que ça, et nous le détaillerons demain.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

PS : Cinq ans après la publication de Du côté de chez Swann, Le Figaro évoque l’otarie en écrivant, le 17 juillet 1918, que ses repas coûtent à la direction du Jardin d’acclimatation « dix-huit francs par jour ! ».

 

 

 

L’extrait

*Mais le plus souvent — quand je ne devais pas voir Gilberte — comme j’avais appris que Mme Swann se promenait presque chaque jour dans l’allée « des Acacias », autour du grand Lac, et dans l’allée de la « Reine Marguerite », je dirigeais Françoise du côté du Bois de Boulogne. Il était pour moi comme ces jardins zoologiques où l’on voit rassemblés des flores diverses et des paysages opposés ; où, après une colline on trouve une grotte, un pré, des rochers, une rivière, une fosse, une colline, un marais, mais où l’on sait qu’ils ne sont là que pour fournir aux ébats de l’hippopotame, des zèbres, des crocodiles, des lapins russes, des ours et du héron, un milieu approprié ou un cadre pittoresque ; lui, le Bois, complexe aussi, réunissant des petits mondes divers et clos — faisant succéder quelque ferme plantée d’arbres rouges, de chênes d’Amérique, comme une exploitation agricole dans la Virginie, à une sapinière au bord du lac, ou à une futaie d’où surgit tout à coup dans sa souple fourrure, avec les beaux yeux d’une bête, quelque promeneuse rapide —, il était le Jardin des femmes ; et — comme l’allée de Myrtes de l’Énéide —, plantée pour elles d’arbres d’une seule essence, l’allée des Acacias était fréquentée par les Beautés célèbres. Comme, de loin, la culmination du rocher d’où elle se jette dans l’eau, transporte de joie les enfants qui savent qu’ils vont voir l’otarie, bien avant d’arriver à l’allée des Acacias, leur parfum qui, irradiant alentour, faisait sentir de loin l’approche et la singularité d’une puissante et molle individualité végétale ; I

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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