Le footing proustien

Le footing proustien

 

Pas de « marche à pied », mais quarante-cinq « à pied » dans À la recherche du temps perdu

 

Glissons sur la « glace à pieds quadrangulaires », sur une autre « grande » et « à pieds » sur « à pied d’œuvre » (deux fois), sur « à pieds joints » (deux fois), sur les « chasseurs à pieds ».

Qui se déplace « pedibus cum jambis ? Voici les personnages de Proust dont il est précisé qu’ils font du chemin « à pied » :

Françoise fait « quatre lieues à pied » ;

Odette monte « à pied la rue Abbatucci », traverse à pied « l’allée des Acacias », descend à pied « l’allée qui vient de la porte Dauphine », le Héros la croise à pied « les matins d’hiver », elle se promène à pied dans « l’avenue du Bois » ;

Swann fait « quelques pas à pied », rentre « à pied, par le Bois » ;

Mme Cottard va « à pied d’une maison à l’autre »,

Vers Balbec, des créatures montent « la côte » à pied ;

À Balbec, à cause d’un mal de tête, le Héros préfère rentrer « seul à pied » ; il part à pied avec « Albertine, Andrée, Rosemonde, d’autres parfois » ; à Doncières, il aime se « rendre à pied » à l’hôtel de Saint-Loup ; au Bois, avec Albertine, il fait « quelques pas à pied », sous une « grotte verdâtre » ; il peut devenir amoureux de jeunes filles « même sans les avoir vues passer en voiture ou à pied » ; au Grand-Hôtel il peut préférer « remonter à pied » à son étage plutôt qu’en ascenseur ; il souffre de voir une « femme inconnue » dont il va rêver passer « devant la maison, tantôt à pied, tantôt avec toute la vitesse de son automobile ; il assure à Brichot qu’il est « toujours en omnibus ou à pied » ; à Venise, il revient « à pied par de petits calli » ; aux Champs-Élysées, il fait arrêter la voiture et vas s’« apprêter à descendre pour faire quelques pas à pied » quand il voit Charlus dans une autre voiture ;

Charlus, « très adonné aux exercices physiques, surtout aux longues marches », fait « en grande partie à pied, en couchant la nuit dans les fermes »,  « la route entre son château et Balbec ; dans ses voyages à pied, après des heures de course », il se jette « brûlant dans des rivières glacées » ; il propose sèchement au Héros de « faire quelques pas à pied » dans la cour de l’hôtel des Guermantes ;

Mme de Guermantes sort « le matin à pied », « comme si l’opinion des passants dont elle faisait ressortir la vulgarité en promenant familièrement au milieu d’eux sa vie inaccessible, pouvait être un tribunal pour elle » ; elle va « à pied déjeuner chez la princesse de Parme » ; elle sort « pour des courses à pied » ;

Arnulphe de Surgis fait de « la course à pied » ;

Au Grand-Hôtel, un joueur de tennis peut ne pas vouloir « monter à pied » ;

« Si, à pied », le lift s’est « dépêché pour être à l’heure, pour signifier qu’il avait marché vite il disait : « Vous pensez si on a pédalé ! » ;

Pour monter à la Raspelière, certains invités peuvent ne pas avoir « la force de faire une telle ascension à pied » ; à l’un on veut « faire faire une promenade à pied avant son départ » ; Morel vient avec les Verdurin et les invités « en promenade à pied, où il [doit] jouer du violon dans les arbres ;

Lors de sorties avec le Héros, Albertine peut avoir eu très chaud « dans le long trajet à pied » ;

Enveloppé dans sa peau de bique » un chauffeur gagne « à pied son garage » ;

La duchesse de Létourville passe « à pied à côté » du Héros et de Charlus ;

Il semble que M. de Cambremer pourrait trouver admirable que des vieillards aillent « à pied à la messe ».

Le plus adonné à la marche sportive est sans conteste le baron de Charlus, mais Odette Swann n’a pas son pareil pour le « footing » :

*Ce qui augmentait cette impression que Mme Swann se promenait dans l’avenue du Bois comme dans l’allée d’un jardin à elle, c’était — pour ces gens qui ignoraient ses habitudes de « footing » — qu’elle fût venue à pieds, sans voiture qui suivît, elle que dès le mois de mai, on avait l’habitude de voir passer avec l’attelage le plus soigné, la livrée la mieux tenue de Paris, mollement et majestueusement assise comme une déesse, dans le tiède plein air d’une immense victoria à huit ressorts. À pieds, Mme Swann avait l’air, surtout avec sa démarche que ralentissait la chaleur, d’avoir cédé à une curiosité, de commettre une élégante infraction aux règles du protocole, comme ces souverains qui sans consulter personne, accompagnés par l’admiration un peu scandalisée d’une suite qui n’ose formuler une critique, sortent de leur loge pendant un gala et visitent le foyer en se mêlant pendant quelques instants aux autres spectateurs. II

 

Pour ce qui me concerne, je vous raconterai une autre fois comment je me suis préparé pour ma marche méridienne.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

2 comments to “Le footing proustien”

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  1. Ouh là là, le dernier extrait est tout mélangé, et la pauvre Madame Swann remet ses pieds dans ses propres traces, comme les Dupontd leurs pneus, dans le pays de l’Or Noir…

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