Saloper le vocabulaire

Saloper le vocabulaire

 

Des insultes, il y en a par poignées dans À la recherche du temps perdu

Une chronique les a listées avec délice (voir Espèce de…) : crétin du Valais, crétine, vieille crétine, cruche (tout court, ou fameuse, ou simple), fripouille, fumier, gourdiflot, gredin, Homère de la vidange, idiote, petit morveux, poutana, putain, salaud, tapette, bougre de truffe.

 

La plus brutale sort de la bouche de Charlus (qui s’y connaît) pour traiter « le petit Châtellerault » de « salaud ». Le mot est accompagné, dans un autre tome, de « saloperie » pour définir ce qu’un jeune abonné de l’hôtel de Jupien fait à son épouse, « peu de chose » au goût du baron (diplômé ès-saloperies).

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 

Les extraits

*« Décidément, baron, dit Brichot, si jamais le Conseil des Facultés propose d’ouvrir une chaire d’homosexualité, je vous fais proposer en première ligne. Ou plutôt non, un institut de psycho-physiologie spéciale vous conviendrait mieux. Et je vous vois surtout pourvu d’une chaire au Collège de France, vous permettant de vous livrer à des études personnelles dont vous livreriez les résultats, comme fait le professeur de tamoul ou de sanscrit devant le très petit nombre de personnes que cela intéresse. Vous auriez deux auditeurs et l’appariteur, soit dit sans vouloir jeter le plus léger soupçon sur notre corps d’huissiers, que je crois insoupçonnable. — Vous n’en savez rien, répliqua le baron d’un ton dur et tranchant. D’ailleurs, vous vous trompez en croyant que cela intéresse si peu de personnes. C’est tout le contraire. » Et sans se rendre compte de la contradiction qui existait entre la direction que prenait invariablement sa conversation et le reproche qu’il allait adresser aux autres : « C’est, au contraire, effrayant, dit-il à Brichot d’un air scandalisé et contrit, on ne parle plus que de cela. C’est une honte, mais c’est comme je vous le dis, mon cher ! Il paraît qu’avant-hier, chez la duchesse d’Ayen, on n’a pas parlé d’autre chose pendant deux heures ; vous pensez, si maintenant les femmes se mettent à parler de ça, c’est un véritable scandale ! Ce qu’il y a de plus ignoble c’est qu’elles sont renseignées, ajouta-t-il avec un feu et une énergie extraordinaires, par des pestes, de vrais salauds, comme le petit Châtellerault, sur qui il y a plus à dire que sur personne, et qui leur racontent les histoires des autres. V

 

Le jeune homme eut beau, comprenant trop tard son erreur, dire qu’il ne blairait pas les flics et pousser l’audace jusqu’à dire au baron : « Fous-moi un rancart » (un rendez-vous) le charme était dissipé. On sentait le chiqué, comme dans les livres des auteurs qui s’efforcent pour parler argot. C’est en vain que le jeune homme détailla toutes les « saloperies » qu’il faisait avec sa femme. M. de Charlus fut seulement frappé combien ces saloperies se bornaient à peu de chose. VII

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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