La duchesse et la Chine

La duchesse et la Chine

 

Oriane de Guermantes a pressenti le réveil de la Chine…

Par deux fois à trois tomes d’écart, elle s’exprime sur ce lointain empire qui se prend pour le milieu du monde.

Dans Le Côté de Guermantes, la duchesse exprime son désaccord à l’homme politique français Paul Deschanel et au représentant de Berlin à Paris, à propos de la Chine.

Dans La Fugitive, sur le même sujet, elle fait part de son inquiétude.

 

En réalité, c’est la même scène racontée deux fois. Elle se passe en 1887.

Cette année-là (premier extrait), Paul Deschanel est député. C’est la Triple Alliance et la France et l’Allemagne traversent une crise.

À Paris, le gouvernement est dirigé par Maurice Rouvier (second extrait).

Cette fois (n° 2), le Héros, qui dîne chez son amie avec M. de Bréauté, ne fait que répéter ce qui s’est passé chez les Doudeauville (n° 1).

On craint la guerre entre les deux voisins, mais c’est la Chine qui inquiète Oriane.

 

Encore un de ses contrepieds dont elle a le secret !

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 

Les extraits

*[La duchesse de Guermantes] Hier soir, chez les Doudeauville, où, entre parenthèses, elle était splendide sous son diadème d’émeraudes, dans une grande robe rose à queue, elle avait d’un côté d’elle M. Deschanel, de l’autre l’ambassadeur d’Allemagne : elle leur tenait tête sur la Chine ; le gros public, à distance respectueuse, et qui n’entendait pas ce qu’ils disaient, se demandait s’il n’y allait pas y avoir la guerre. Vraiment on aurait dit une reine qui tenait le cercle. III

 

*Un des jours les plus graves de la crise où, pendant le ministère Rouvier, on crut qu’il allait y avoir la guerre entre la France et l’Allemagne, comme je dînais seul chez Mme de Guermantes avec M. de Bréauté, j’avais trouvé à la duchesse l’air soucieux. J’avais cru, comme elle se mêlait volontiers de politique, qu’elle voulait montrer par là sa crainte de la guerre, comme un jour où elle était venue à table si soucieuse, répondant à peine par monosyllabes ; à quelqu’un qui l’interrogeait timidement sur l’objet de son souci elle avait répondu d’un air grave : « La Chine m’inquiète. » VI

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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