Gustave et Sidonie

 

Qui crache le morceau ? Comment sait-on que M. et Mme Verdurin se prénomment Gustave et Sidonie ? En tous cas, c’est une information qui ne bouleverse pas Marcel Proust, lui qui, une fois cités, les laisse vivre leur vie d’hapax de la Recherche. Les Verdurin restent M. et Mme, figés dans cette dénomination officielle qui en fait des archétypes.

 

Le prénom de l’homme du couple est lâché, incidemment, par son épouse :

*Et tandis que Mme Verdurin attendait avec impatience les émotions qu’elle allait savourer en parlant au virtuose, puis, quand il serait parti, à se faire rendre un compte exact du dialogue qui avait été échangé entre lui et son mari, et ne cessait de répéter : « Mais qu’est-ce qu’ils peuvent faire ; j’espère au moins que Gustave, en le tenant un temps pareil, aura su convenablement le styler », M. Verdurin était redescendu avec Morel, lequel paraissait fort ému. V

*[Mme Verdurin à Charlie :] il vous aime autant que moi, vous savez, Gustave (on apprit ainsi que M. Verdurin s’appelait Gustave). Au fond c’est un sensible V

Bizarrement, c’est à la deuxième occurrence que Proust écrit que c’est une première !

 

Par ailleurs, qui est cet Auguste que, plus loin, Sidonie interpelle ?

*Et comme je parle à Mme Verdurin des paysages et des fleurs de là-bas délicatement pastellisés par Elstir : « Mais c’est moi qui lui ai fait connaître tout cela, jette-t-elle avec un redressement colère de la tête, tout, vous entendez bien, tout, les coins curieux, tous les motifs, je le lui ai jeté à la face quand il nous a quittés, n’est-ce pas, Auguste ? tous les motifs qu’il a peints. VII

Ces propos sont rapportés par le journal inédit des Goncourt lors d’un repas dont les convives sont Gustave Verdurin,Mme Verdurin (Edmond de Goncourt est à côté d’elle) le docteur Cottard et sa femme, le sculpteur polonais Viradobetski, le collectionneur Swann, une grande dame russe (nom en of qui aurait tiré sur l’archiduc Rodolphe), une jeune fille qui n’épouserait qu’un admirateur de la Faustin et l’universitaire Brichot. Qui s’appelle Auguste ?

 

Le prénom de madame est glissé tout aussi distraitement par Bloch :

*La princesse de Guermantes en effet était morte et c’est l’ex-Madame Verdurin que le prince ruiné par la défaite allemande, avait épousée et que Bloch ne reconnaissait pas. « Tu te trompes, j’ai cherché dans le Gotha de cette année me confessa naïvement Bloch et j’ai trouvé le prince de Guermantes, habitant l’hôtel où nous sommes et marié à tout ce qu’il y a de plus grandiose, attends un peu que je me rappelle, marié à Sidonie, duchesse de Duras, née des Beaux. » En effet, Mme Verdurin, peu après la mort de son mari, avait épousé le vieux duc de Duras, ruiné, qui l’avait faite cousine du prince de Guermantes, et était mort après deux ans de mariage. Il avait été pour Mme Verdurin une transition fort utile et maintenant celle-ci par un troisième mariage était princesse de Guermantes et avait dans le faubourg Saint-Germain une grande situation qui eût fort étonné à Combray où les dames de la rue de l’Oiseau, la fille de Mme Goupil et la belle fille de Mme de Sazerat, toutes ces dernières années, avant que Mme Verdurin ne fût princesse de Guermantes, avaient dit en ricanant « la duchesse de Duras », comme si c’eût été un rôle que Mme Verdurin eût tenu au théâtre. VII

 

Tu l’as dit, Sidonie !

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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