Proust en cire

Proust en cire

 

Il est un passage de la Recherche où un personnage se métamorphose en être de cire. Dans Du côté de chez Swann, Mme Verdurin est contrariée par l’ami d’Odette et son visage se rigidifie en cire perdue, plâtre, pierre, marbre avant de se réanimer. Il est même comparé à ces bustes que le public du Palais de l’Industrie peut admirer à Paris.

 

C’est la première occurrence des dix du mot « cire ». Les autres portent sur la cire blanche qui scelle les paquets, les cachète ; sur un vernis de cire ; sur une poupée de cire (adieu, France Gall, chanteuse candide de ma jeunesse avec notamment sa célèbre Poupée de cire, poupée de son) ; sur une jour de cire rosée ; sur la cire d’alvéoles ; et, une fois encore, sur des personnages de cire.

 

Eh bien, à partir de 2019 — le journal Le Parisien nous l’a appris avant-hier —, c’est au musée Grévin, mythique conservatoire de personnages célèbres que Marcel Proust va faire son entrée. Sa reproduction en cire accompagnera celle d’Emmanuel Macron et du Guillaume Apollinaire.

L’affiche de l’ouverture en 1882, par Jules Chéret

 

Donc, Proust en cire, mais pas seulement : trônant au musée Grévin, ce sera aussi Proust en sire.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 

Deux extraits

*[Mme Verdurin] avait soudain dépouillé son visage de toute vie, de toute motilité ; son front bombé n’était plus qu’une belle étude de ronde bosse où le nom de ces La Trémoïlle chez qui était toujours fourré Swann, n’avait pu pénétrer ; son nez légèrement froncé laissait voir une échancrure qui semblait calquée sur la vie. On eût dit que sa bouche entr’ouverte allait parler. Ce n’était plus qu’une cire perdue, qu’un masque de plâtre, qu’une maquette pour un monument, qu’un buste pour le Palais de l’Industrie devant lequel le public s’arrêterait certainement pour admirer comment le sculpteur, en exprimant l’imprescriptible dignité des Verdurin opposée à celle des La Trémoïlle et des Laumes qu’ils valent certes ainsi que tous les ennuyeux de la terre, était arrivé à donner une majesté presque papale à la blancheur et à la rigidité de la pierre. Mais le marbre finit par s’animer et fit entendre qu’il fallait ne pas être dégoûté pour aller chez ces gens-là, car la femme était toujours ivre et le mari si ignorant qu’il disait collidor pour corridor. I

*on suit au bord de l’eau frémissante ces belles allées où déjà une première feuille rouge fleurit comme une dernière rose, on scrute cet horizon où, par un artifice inverse à celui de ces panoramas sous la rotonde desquels les personnages en cire du premier plan donnent à la toile peinte du fond l’apparence illusoire de la profondeur et du volume, III

 

 


CATEGORIES : Non classé/ AUTHOR : patricelouis

2 comments to “Proust en cire”

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  1. Savez-vous dans quelle pose ? Assis, rêveur, nous regardant le menton sur le poing ?

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